Jacques Loussier
"Des notes de Jean-Sébastien Bach au piano de Jacques Loussier"
Deux doigts de jazz sur un air de Bach. Le trio Loussier a marqué les années 60 en faisant swinguer le grand répertoire. Quelques millions de disques vendus, des milliers de concerts, au bout de 45 années de carrière, le pianiste Jacques Loussier continue son travail de création tout en jouant un peu partout à travers le monde.
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Jacques Loussier
: « Dans les années 60, j’ai collaboré avec Jean-Pierre Melville, Jacques Cardiff et Michel Audiart. »
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Le nom de Loussier n’évoque pas forcément grand chose pour les générations nouvelles. L’auditeur averti, par contre, identifiera immédiatement ce pianiste de jazz à l’œuvre de Jean-Sébastien Bach. En mettant le nez dans les rayons classiques des anciennes grandes maisons de disques, il n’est pas difficile de se procurer le fameux «Play Back». Le disque date de 1959, suivront 15 années de tournée et 6 millions d’albums vendus.
Je me suis toujours un peu amusé à faire des improvisations sur la musique de Jean-Sébastien Bach à l’époque où j’étais au conservatoire. Il y a des gens qui ont apprécié et d’autres qui n’ont pas aimé. A l’époque cela a été une surprise assez importante. Il y avait vraiment quelque chose d’intéressant là-dedans et de très grand. Après tant d’années, ce travail continue à vivre. Aujourd’hui encore, il y a les fans des premières heures, plus les enfants des enfants des fans. J’ai beaucoup de jeunes à mes concerts.
Mais avant de toucher à la consécration avec son trio jazz (Christian Garros à la batterie et Pierre Michelot à la contrebasse), les notes de Loussier se sont échappées vers le music-hall.
Ses transcriptions feront le tour du monde et repasseront par le théâtre des Champs-Elysées pour l’enregistrement d’un double album en public devenu mythique. Loussier bouscule le grand répertoire et attire l’attention de prestigieux cinéastes. Ses années 60 et 70 seront marquées par une incursion dans le septième art, la télévision et la publicité.
J’ai accompagné Aznavour, Catherine Sauvage, Léo Ferré. J’ai fait beaucoup de choses comme ça au début de ma carrière. C’était surtout le moyen de gagner sa vie. J’ai aussi travaillé sur des orchestrations pour des séances d’enregistrement dans les compagnies des disques françaises. Dans les années 60, j’ai collaboré avec Jean-Pierre Melville pour Le Doulos, Jacques Cardiff pour Dark of the Sun et Michel Audiart sur Une veuve en or. J’ai aussi composé quelques génériques comme Thierry La Fronde, Rocambole, Vidocq et Rouletabille. Depuis 1959 jusqu'à il y a un an, j’ai dû en faire une cinquantaine entre les feuilletons et les téléfilms.
Dans les années 80, Pulsion est un morceau qui a très bien marché. C’était une commande de l’EDF pour sa campagne publicitaire. C’est devenu un style musical que j’ai retravaillé et avec lequel j’ai eu beaucoup de succès. Pas autant que Play Bach, bien sûr, mais dans le domaine de la publicité c’est un thème qui a beaucoup marqué.
Le dernier film dont j’ai fait la musique c’est «Le peuple singe» avec Jacques Perrin. D’ailleurs, nous allons retravailler ensemble sur un nouveau montage. Je ne peux pas tous les énumérer, j’ai du en faire plus d’une centaine.
Une carrière énorme et pourtant peu mise en lumière sur le sol français. En une vie de jazz et des concerts par milliers, Loussier s’est taillé sa réputation de l’autre côté des frontières. C’est peut-être la raison pour laquelle son nom s’est discrètement estompé des tabloïdes. Artiste discret sur ses terres, Loussier prend alors le virage de la production en s’exilant dans le maquis Varois.
«C’est un problème de circonstances. J’ai tout de suite été demandé à l’étranger et une fois que l’on a pris ces habitudes, difficile d’en changer. Le Japon, la Corée, la Nouvelle Zélande, l’Allemagne, Singapour, ça marche très bien là-bas. On m’appelle, on me redemande et pour le marché français, on ne s’en ait finalement pas occupé.
J’ai du faire 3000 concerts dans ma carrière, peut être même un peu plus. Pour moi, c’est toujours une grande joie de jouer en trio et de se donner en public. André Arpino me suit à la batterie depuis 22 ans et Benoît Dunoyer de Segonzac à la contrebasse depuis neuf. C’est toujours aussi vivant et les improvisations changent.»
Au milieu des années 70 je me suis retiré en Provence pour créer le studio Miraval. C’était un outil de valeur internationale. On a eu plus de 70 grandes vedettes y compris les Pink Floyd. J’ai assisté à l’enregistrement de The Wall. C’était une ambiance extraordinaire. L’après-midi je jouais au tennis avec Roger Waters et lu,i chantait le soir.
On ne travaillait pas beaucoup le jazz. C’étaient surtout des groupes comme Yes, AC/DC, Sting. On a eu pratiquement tout le monde, sauf les Rolling Stones.»
Si Bach reste l’élément référence dans la carrière de Loussier, l’homme s’est pourtant permis quelques infidélités. Dans les années 90, il revisite les quatre saisons de Vivaldi, fréquente les «Scènes d’enfants» de Schumann, donne du bleu à Ravel et s’attaque aux Gnossiennes et Gymnopédies de Satie.
«Pour 250ème anniversaire de la mort de Mozart, j’ai travaillé sur les concertos n°20 et 23 avec orchestre à cordes et trio. En fait, je prend les choses qui me plaisent et qui sont successibles de swinguer en ayant toujours un grand respect de la partition originale.
En 45 ans de carrière, j’ai eu le temps d’écrire un ou deux concertos de violon et une messe. Je pense avoir fait pas mal de choses. J’espère que tout cela a été suffisamment intéressant pour ne pas ennuyer les gens. Le public m’a suivi. J’ai fait tout ce que je pouvais imaginer musicalement.
La seule choses peut-être qui me manque, c’est un opéra. Mais on ne peut pas tout réaliser, il faut faire des choix.
Entre juillet et septembre, le festival Menuhin s’est posé sur les hauteurs de Gstaad, en Suisse alémanique. Pour son cinquantième anniversaire, ces rencontres de la musique classique ont accueilli Jacques Loussier pour une résidence auprès de l’Orchestre de Chambre de Bâle. Une commande qui a fait office de première mondiale avec un concerto pour improvisation de violon.
«On m’a demandé d’écrire un concerto pour violon solo et orchestre, «Le voyage inachevé». Mais je ne peux pas tout vous dévoiler avant la première.
J’ai rencontré Menuhin en Angleterre à Bath en 1964 et 1965. Il était très intéressé par la musique que je faisais. Nous nous sommes ensuite recroisés plusieurs fois sur des plateaux télés comme le Grand échiquier. Je ne l’ai finalement pas très bien connu. J’ai du le rencontrer une dizaine de fois dans ma vie. Mais le simple fait de parler un peu avec lui, ça a été exceptionnel.
Pour l’instant, je suis uniquement concentré sur ce projet. Je prend un papier avec des lignes et je met des notes dessus. Tous les compositeurs font la même chose depuis des milliers d’années. On a une idée, on l’écris et on fait les arrangements qui vont avec.
C’est une œuvre qui va s’approcher de Menuhin dans le sens où il y a des improvisations de types Sud Américaines dans un mouvement et un peu tzigane dans un autre. J’espère que cela inspirer le violoniste Volker Biesenbender qui doit venir accomplir les parties solistes. C’est la première fois que nous travaillons ensemble. Pour les percussions, j’ai choisi de travaillé avec un tabla. Il s’agit de Burhan Öcal»
A 72 ans, Loussier n’envisage pas un instant de se retirer. Il demeure ce musicien classique qui a appris le langage du jazz. Son œuvre autour du grand répertoire est dispersée chez plusieurs maisons de disques mais parfaitement trouvable. Un style identifiable dès les premières mesures, une sagesse musicale acquise par des années de scènes et un plaisir d’écoute permanent depuis 1959.
Propos recueillis Yannick PERRIN pour le magazine Kaële (juillet 2006). 
Propos recueillis par Yannick Perrin
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