Jeremy Warmsley
"Une musique singulière, c’est le plus beau compliment"
Jeremy Warmsley est anglais, il a 23 ans, ne porte pas de chaussures pointues et n’a pas la tignasse faussement décoiffée de ses compatriotes qui squattent les couvertures de magazines. Jeremy Warmsley aime Talking Heads et Arcade Fire mais ne cherche pas à les imiter. Bref, un gars bien qui aime brouiller les pistes.
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Jeremy Warmsley
: « J’ai arrêté de me mettre des schémas dans la tête et j’ai commencé à composer de manière beaucoup plus instinctive. »
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Lucie Geffroy |
En deux mots, comment es-tu arrivé à la musique ?
J’ai toujours aimé la musique. Un jour, un pote m’a filé une vieille guitare et une compilation de musique indé, Belle & Sebastian , Mogwai, etc. J’avais ces deux trucs là devant moi et je me suis dit : hum hum, il y a quelque chose à faire. J’avais 16 ans, j’écrivais des chansons, je jouais dans des groupes, etc. Je m’éclatais mais c’était naze. Ce que j’aimais chez les groupes que j’écoutais c’était leur originalité, leur inventivité et moi paradoxalement je jouais des trucs absolument chiants et ennuyeux ! Alors je me suis à jouer de manière beaucoup plus libre et à faire des trucs très différents.
Est-ce l’électro qui t’a permis de te renouveler ?
Oui, en partie parce que je trouve que l’ordinateur permet d’expérimenter plein de choses. J’adore enregistré des sons, les couper, les intercaler, les mettre à l’envers... Mais surtout, j’ai arrêté de me mettre des schémas dans la tête et j’ai commencé à composer de manière beaucoup plus instinctive.
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Jeremy Warmsley
: « J’en ai marre des songwriters qui tartinent leurs albums de leurs états d’âmes en racontant leur vie. »
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Justement, comment tu composes ?
Généralement, je compose d’abord à la guitare ou au piano. Quand j’ai l’idée générale je commence à songer à tous les arrangements et les trucs que je pourrais ajouter pour enrichir la chanson. Ca peut durer plusieurs semaines. C’est comme un puzzle, j’imagine les instruments qui pourraient coller, je réfléchis à des beats électros, etc. A la fin je rassemble toutes les pièces et ça fait la chanson. Par exemple pour Durty Blue Jeans, j’ai d’abord trouver le début au ukulélé « itchi, itchi » (il fait le geste et mime le rythme, ndlr) puis j’ai imaginé que chacune des quatre cordes du ukulélé pourraient représenter un instrument... Ca a donné un quartet à cordes.
Dis-donc, c’est très pensé tout ça, presque cérébral...
Oui mais au final c’est ma sensibilité qui transparaît.
Pourquoi The art of fiction , comme titre d’album ?
C’est le titre d’un bouquin en anglais qui explique très sérieusement comment écrire une histoire. Justement, pour cet album je voulais des paroles qui racontent des histoires très différentes les unes des autres, un peu comme un recueil de nouvelles. J’en ai marre des songwriters qui tartinent leurs albums de leurs états d’âmes en racontant leur vie. Et en même temps, certaines des histoires que je raconte me sont vraiment arrivées. Mais en proclamant que c’est de la fiction, j’avance masqué. Je n’aime pas me dévoiler.
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Jeremy Warmsley
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« J’avais envie un disque « épais », qu’on puisse écouter plus de 100 fois sans se lasser. »
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Lucie Geffroy |
Une forêt d’instruments peuple ton album, comment tu t’y aies pris ?
J’ai travaillé avec plus de quinze personnes sur cet album. Pour moi, c’est très important ce travail de coordination et d’arrangement. Ceci dit, quand j’invite des musiciens à jouer, je les laisse très libres. A moi ensuite de mettre en valeur cette matière. J’avais envie un disque « épais », qu’on puisse écouter plus de 100 fois sans se lasser.
Sur scène, impossible de restituer l’album...à quoi ressemblent tes concerts ?
En concert, j’opte pour le minimalisme, seul sur scène avec ma guitare, éventuellement quelques musiciens. Le concert, ça doit être très direct, immédiat. C’est une nouvelle manière de revisiter mes chansons.
Quels artistes t’inspirent ?
J’ai toujours trouvé cette question intéressante mais je m’en méfie. Que ce soit clair, je ne prétends absolument pas faire la même chose que les compositeurs qui m’inspirent. J’aime le travail d’arrangements de Brian Eno, l’écriture de Tom Waits, le son de Radiohead , le côté triomphal d’Arcade Fire , l’inventivité de Talking Heads. Tous ces groupes ont des univers très personnels. Avoir une musique singulière, voilà le plus beau compliment qu’on puisse me faire!
Ecouter des extraits et lire la chronique de The art of fiction ici 
Propos recueillis par Lucie Geffroy
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