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Jesse Sykes & The Sweet Hereafter "Un peu plus rock'n'roll que folk"

Le quintet de Seattle s'aventure hors des ses sentiers battus. Le troisième album de Jesse Sykes & the Sweet Hereafter, qui sort ce mardi, semble délaisser ses racines alt-country pour des contrées bien plus folk voire même bien plus pop. Avec Like, love, lust & the open halls of the soul, le groupe s'offre une très jolie promenade de santé. Rencontre avec Jesse Sykes et son guitariste Phil Wandscher avant une tournée en France au printemps.

propos recueillis par Julien Cottineau | le 06/02/2007

Jesse Sykes & The Sweet Hereafter :

« Ce batteur nous a délogé de notre "zone de confort". »


Photo © Robert Gil

Ce dernier album est bien moins alt-country et bien plus folk que vos deux précédents. C'est une évolution naturelle ou une volonté de changement?
Jesse: C'est naturel. Et en même temps, nous souhaitions vraiment évoluer. L'arrivée d'Eric Eagle, notre nouveau batteur, a précipité les choses et réellement contribué à un développement plus rapide du groupe, ce qui est bien. Ce batteur nous a délogé de notre "zone de confort". On s'est laissés porter, en acceptant ce qui se passait plutôt que de s'arrêter en se disant: "ce n'est pas ce qu'on fait d'habitude". Non, là, on a préféré découvrir où ça nous mènerait. On voulait évoluer et accoucher d'un disque ambitieux. Je pense que là-dessus c'est réussi.

A vrai dire, vous avez poussé les choses assez loin. Des morceaux comme Station grey, You might walk away ou Morning it comes sont même très poppy!
Jesse: Effectivement. Je pense que quelque chose a vraiment changé dans ma façon d'écrire. Les premiers disques étaient plutôt pastoraux. C'était un peu plus obscur et minimaliste, alors que sur ce disque les morceaux relèvent d'une structure vraiment plus pop. Je crois même qu'on peut dire qu'ils sont mieux définis.
Phil: Ca vient aussi du groupe. Notre premier disque a été essentiellement écrit entre nous deux. Depuis nous avons monté un vrai groupe, sur lequel on peut vraiment s'appuyer.

D'autant qu'il est devenu stable aujourd'hui, non?
Phil: Clairement! Donc nous avons vraiment écrit cet album tous ensemble. On se connaît tous très bien maintenant et nous savons faire ressortir le meilleur de chacun.
Jesse: Même si j'écris la base des morceaux, c'est vraiment un travail de groupe désormais.


Jesse Sykes & The Sweet Hereafter :

« En réalité, je ne tiens pas à faire des morceaux tristes, mais j'aime aborder des thèmes un peu complexes. »


Photo © DR

Le ton de l'album est lui toujours un peu triste en revanche, ça c'est resté. Si c'est parfois plus poppy, vous ne jouez quand même pas une musique joyeuse...
Jesse: C'est vrai. (En chantant, ndlr): "Chouette, regarde comme le soleil brille"! Je n'écris pas ce genre de conneries! Il y a suffisamment de chansons de ce type qui permettent aux gens de baigner dans la joie et l'allégresse. D'ailleurs, j'aime écouter des morceaux marrants et joyeux, je ne peux simplement pas en écrire. En réalité, je ne tiens pas à faire des morceaux tristes, mais j'aime aborder des thèmes un peu complexes. C'est un peu comme dans un roman. Sans être un roman noir, quand tu écris sur la vie, il y a plein de nuances, dont la tristesse. La musique est là pour l'exprimer, dans un sens. Si on considère la musique classique par exemple, des oeuvres de Bach ou Mozart sont si belles qu'on en pleure parfois. La musique m'a toujours permis de faire ressortir cette part en moi.

Vous êtes basés à Seattle, une ville qui reste très connue pour l'explosion de sa scène rock il y a quinze ans. Comment c'est actuellement?
Jesse: C'est très bien, il y a toujours beaucoup de bons groupes.
Phil: Ca s'est très diversifié depuis. C'est vraiment une communauté qui permet aux groupes d'être particulièrement libres dans leurs choix artistiques. C'est très différent des grosses villes comme San Francisco ou Chicago où les groupes locaux suffoquent un peu, quelque part. Les grands artistes nationaux ou internationaux viennent tous jouer à Seattle mais ça n'empêche pas les groupes du coin d'avoir du public. C'est assez rare.

Et qu'en est-il de la scène folk à Seattle? En sentez-vous proches?
Jesse: Je me sens plus proche d'une scène folk anglaise, de groupes comme Fairport Convention par exemple. Je ne sais pas, je me trompe peut-être, mais je nous perçois comme un peu plus rock'n'roll que folk. Même si, bien sûr, je nous considère comme appartenant à la scène folk. Au-delà, même s'il y a une bonne présence folk ici, avec des gens comme Damien Jurado ou Rosie Thomas, Seattle a toujours été une ville plus rock, plus punk-rock.
Phil: Je trouve quand même que nous sommes un peu à part. Nous ne sommes pas vraiment rattachés à une scène particulière. Beaucoup de groupes comptent sur leurs amis ou leurs liens au sein d'une scène pour partir en tournée et se produire en concert. Il faut savoir à un moment se prendre en charge soi-même et ne compter que sur soi.


Jesse Sykes & The Sweet Hereafter :

« Beaucoup de groupes n'arrivent pas à tourner en France par exemple. »


Photo © Robert Gil

En dehors des Etats-Unis, vous avez bien sûr tourné en Europe. Mais, et c'est étonnant, essentiellement dans trois régions: en Grande-Bretagne, en Scandinavie, où la scène folk est très active, et en France. Il y a une raison particulière?
Phil: C'est vraiment dû à un timing et des opportunités. Certains tournent en Espagne mais ne peuvent pas le faire en Suède par manque de temps du coup. Et vice-versa. Pour être honnête, ce n'est pas toujours évident de tourner dans certains pays. Beaucoup de groupes n'arrivent pas à tourner en France par exemple, donc ils vont en Angleterre ou en Espagne, où c'est plus facile. Avec l'aide de Fargo, notre label, on a évidemment toujours eu plus de chance pour jouer en France.

Après quelques dates en duo en décembre dernier en France, quand aura-t-on la chance de vous revoir?
Jesse: A partir d'avril, on devrait faire une tournée européenne de six semaines, minimum. Et donc bien sûr quelques dates en France. On a toujours voulu tourner bien plus en Europe, et jouer un peu partout. Avec cet album ça va être le cas.


Propos recueillis par Julien Cottineau
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