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Julien Lourau – Omar Sosa |
Julien Lourau – Omar Sosa "Jazz vaudou"
Dans le cadre du festival Banlieues Bleues, le saxophoniste Julien Lourau et le pianiste Omar Sosa ont exploré – chacun leur tour et à leur manière - un rite ancestral : le rite Yoruba, pratique religieuse et musicale d’Afrique subsaharienne à l’origine des rythmes afro caribéens.
La réputation de Julien Lourau n’est plus à faire. Son avidité pour les mélanges sonores non plus. Une nouvelle expérience, un nouveau style décortiqué. Ce soir, ce sera la rumba. On avait déjà perçu cette sensibilité dans certains morceaux de son précédent album Fire and Forget. Le sax soprano sous le bras, le ténor en bandoulière et le Fender Rhodes à portée de main, le saxophoniste attaque fort et en solo. Comme assise harmonique, Eric Löhrer à la guitare et Felipe Cabrera à la basse. Le reste est l’affaire de cinq percussionnistes gonflés à bloc.
La cloche au son métallique du chilien Sebastian Quezada lance la pulsation fétiche si caractéristique des musiques afro caribéennes. Celle qui, quand vous l’écoutez, vous transporte dans ces ambiances fantasmées du continent latino-américain. Vêtus de tuniques d’un blanc éclatants, les percussionnistes s’y greffent dans un tonnerre de rythmes. Tambours Bata, congas, cloches, cymbales, il y a des percus partout. Des phrases colériques dans les suraiguës et des interventions au Fender Rhodes trafiqué rappellent que Julien Lourau mène la barque. Avec sa griffe. Entre Femi Kuti et Paco Séry.
On apprécie la qualité et l’originalité du style dépouillé de tout artifice. Pas de rumba commerciale estampillée bande FM ni de clichés exotiques Havana Club, mais bien une musique qui symbolise un retour aux origines. Le collectif, épris d’un vent de liberté, concilie la spiritualité authentique d’un hommage rendus aux ancêtres et la joie communicative d’une cérémonie traditionnelle et folklorique.
C’est donc un « cuba roots » que Lourau revisite ici. Celui qui a accueilli les communautés africaines Yoruba à l’époque du commerce triangulaire. Les chants interprétés dans la langue des pères et non dans celle du colon en sont l’émouvant témoignage.
La rumba s’emballe. Sur les percussions, les mains tapent de plus en plus fort, la quête d’émotions et le pèlerinage sonore redoublent d’intensité. Mission accomplie au moment où le public se met à taper des mains en rythme. Et de nous faire comprendre que cette musique s’écoute avant tout avec le corps.
Avec Omar Sosa, le style est, pourrait-on dire, plus abrasif ! Dans l’obscurité, la fumée blanchâtre d’un bâton d’encens annonce la messe qui va suivre. Omar Sosa ordonné prêtre Shaman ? C’est à n’en pas douter. En ouverture : un chant traditionnel du Mozambique interprété par le bassiste Childo Tomas. Le temps pour Omar Sosa de chasser les mauvais esprits autour du piano et de déposer un grelot fétiche à côté de son instrument.
Car la musique d’Omar Sosa est une braise incandescente. Un jazz sauvage à la limite du free qui alterne phrases brutales et pauses aériennes. Samples et autres pédales d’effets permettent d’accroître l’ambiance mystique du concert. Le trio avance en déclinant un panel de contrastes musicaux. Dans son fauteuil, l’auditeur est bousculé. Avec des incantations sonores qui combinent héritage classique et harmonie d’un jazz élaboré, le pianiste cubain développe un jeu spectaculaire. Ange Diaz, que l’on a souvent écouté au côté de Steve Coleman, enflamme les percussions et déverse quantités de rythmes fracassants. Dévotions et offrandes musicales aux dieux Yorubas. Ici bas le spectacle impressionne.
La performance est physique. Omar Sosa plaque violemment ses coudes sur les touches d’ivoire tandis que le bassiste frappe le micro avec le manche de l’instrument. Le trio joue jusqu’à s’abîmer et la confrontation charnelle avec l’objet créatif est troublante.
Sur le mode de l’improvisation collective, les trois dévots tentent d’explorer les sonorités afro dans un style tantôt funk, tantôt rock, tantôt folklorique. Mais toujours décalé. La musique est un feu que les musiciens s’évertuent à apprivoiser. On en ressort ébouriffé.
Une belle soirée avec deux approches esthétiques différentes. Et ce pour rendre hommage à une seule et même racine musicale. On dit bravo à l’équipe du festival.

Vincent Fertey
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