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Justice "Nous devenons un groupe pop"

Leurs maxis D.A.N.C.E, We are your friends de Simian et Waters of Nazareth ont fait se trémousser les clubs de la planète avant de débarquer en France, via myspace. Décomplexé vis-à-vis de l’électro, mêlant habillement pop, sons brut, funky et numériques, Justice (Xavier de Rosnay et Gaspard Augé) ressuscitent la french touch. Et les jeux de mots christiques vont déjà bon train sur leur compte : le graal de l’électro, les sauveurs du clubbing, Justice pour tous… Rencontre avec ce duo de même pas trentenaires, colocataires, qui se sont fixé une mission ici bas : faire sourire et danser les foules.

propos recueillis par Aena Léo | le 27/06/2007

Justice :

« Notre croix intrigue. Des gens pensent qu'elle signifie que nous sommes des cathos intégristes, d’autres que nous sommes gays… Les deux interprétations nous amusent, on n’en dit pas plus. »


Photo © DR

Etes-vous étonnés par votre succès ?
Justice :
En France, oui ! Ce n’était pas gagné d’avance ici. En Angleterre tout a démarré plus vite. Mais depuis deux mois, c’est en train de s’inverser : la France s’emballe complètement. Justice est en train de passer du statut d’un groupe électro à celui d’un groupe pop. C’est ce qu’on voulait, parce qu’on ne vient pas de la scène électro.

Vous avez pourtant commencé comme DJ ?
Oui, car nous n’avions pas encore d’album ! C’est le processus classique en électro. Quand un morceau marche bien, les gens présupposent que tu sais le jouer en club. On l’a fait parce que l’idée nous semblait intéressante. On s’est donc retrouvé un peu par accident sur la scène club. Aujourd’hui, on essaie de tirer notre musique vers quelque chose de moins obtus que l’électro, qui est parfois un milieu un peu fermé.

Pourquoi avoir choisi le nom de Justice ?
C’est un peu la stratégie Volkswagen, qui donne à ses voitures des noms qui se comprennent dans toutes les langues : golf, polo… On voulait un nom français mais pas franchouillard, que les non francophones comprennent aussi.

Et la croix ?
Ecrivez ce que vous voulez, on vous laisse chercher. Des gens pensent que la croix signifie que nous sommes des catho intégristes, d’autres qu’on est gays… Les deux interprétations nous amusent, on n’en dit pas plus.

Du coup, la presse s’en donne à cœur joie avec les métaphore autour de votre nom…
Oui. Le vocabulaire christique (graal, justice pour tous…) revient souvent, à cause de la croix. On a vite compris que les images sont une nourriture pour les journalistes. Ça ne nous déplait pas. Quand un groupe n’a pas d’image, les articles tombent vite dans des platitudes imbitables. On trouve que les jeux de mots autour de notre nom sont plus amusants. Ça forge l’identité du groupe. Prenez les White Stripes : le fait de ne pas savoir s’ils sont frères ou amants, leur look à coucher dehors, tout ça les rend attachants. Le principe même de la pop est de créer des personnages et des images autour de la musique. C’est plus fun pour tout le monde.


Justice :

« On ne veut pas devenir grand public, mais plutôt tout public. On veut emmener notre son vers la pop, sans renier l’électro, mais sans nous y enfermer. »


Photo © DR

Vous parlez de pop, vous voulez plaire à tout le monde ?
C’est souvent mal interprété. Bien sûr, tous les groupes font de la musique pour plaire au plus de gens possible. Nous aussi. Mais ça n’influence pas la façon dont on travaille. On ne compose pas en se disant : tiens, ça ça plaira… En fait, on ne veut pas devenir grand public, mais plutôt tout public. On veut emmener notre son vers la pop, sans renier l’électro, mais sans nous y enfermer.

Cela se retrouve dans votre disque, pas vraiment grand public. On entre pas si facilement que ça dedans.
Oui. Mais on y a semé quelques clés pour faciliter l’accès aux titres plus difficiles. Par exemple, D.A.N.C.E, est l’un des morceaux les plus faciles. Il est suivi par un titre qui l’est un peu moins. Il y a aussi des sons récurrents d’un morceau à l’autre pour aider leur lecture.

Votre succès a démarré à l’étranger, il y a deux ans et demi. Pourquoi a-t-il suivi si tard en France ?
Peut-être parce qu’on a longtemps refusé de jouer ici. Parce qu’on y voyait toujours le même public, un peu hostile. Aujourd’hui, il s’est renouvelé. Mais à l’époque, on faisait ça pour s’amuser, alors que le public français électro avait des attentes plutôt cérébrales, espérait des morceaux avant-gardistes, voire militants. On n’était pas à la hauteur, et ça n'est vraiment pas notre trip.

Vous êtes plutôt dans l’entertainement ?
Xavier :
Complètement. Je n'ai jamais acheté des disques pour remettre en question le sens de ma vie ou les fondements de la civilisation occidentale. Quand j'écoute les Beatles, c’est d’abord pour passer un bon moment, danser, pleurer, rire. Des émotions simples. C’est ce qui nous intéresse dans la musique.

Sur scène, on voit vraiment que vous vous amusez.
On l’espère ! La dernière fois, à la Cigale, on était un peu tendu : on testait du nouveau matériel pour la première fois, il y avait des post-it partout, l’angoisse ! On s’en ait voulu de ne pas avoir répété avant. En même temps, cette petite prise de risque, ce léger trac est délicieux, c’est ce qui rend la scène vibrante.

Vous jouez plusieurs soirs par semaine à l’étranger, Tokyo, Sydney, Londres… Vous devez être épuisés !
Non ! On ne peut pas se plaindre, on ne fait vraiment pas le métier le plus difficile du monde. Se lever tous les jours à 8 heures est sûrement plus dur…


Justice :

« On n'a aucune idée d'où on sera dans cinq ans. Tout ce qu’on espère, c’est qu'on ne sera habillés de la même façon ! Ne rien changer est la meilleure façon de devenir vite ringard. »


Photo © DR

Vous écoutez tous les deux des choses très différentes. Est-ce que c’est le secret de Justice ?
C’est vrai. Gaspard adore le synthé, le space disco, des mecs un peu has been : moi pas vraiment ! Mais il en tire des choses intéressantes. On a tous les deux nos petits plaisirs plus ou moins avoués, on n’aime pas tout à fait les mêmes choses mais le plus important, c’est qu’on déteste les mêmes choses. Du coup, on sait où on veut aller.

Et si Madonna vous propose demain de bosser pour elle ?
On dirait probablement non car Gaspard ne l’aime pas. Mais on est ouvert à tous. Madonna non, mais Justin Timberlake, pourquoi pas ?

La croix, votre style, votre slogan mystérieux… Vous en dites peu sur vous, mais juste assez pour que le public spécule, s’interroge, lance le buzz. Est-ce que c’est ça, être une rock star ?
Ne pas tout dire sur nous est une façon de garder les choses excitantes, de faire parler les gens, mais tout n’est pas calculé. Bien sûr, il y a une part de marketing là-dedans, comme dans tout ce qui accompagne la musique. On trouve ça marrant, mais pas par calcul ou pour vendre des disques. Plus simplement parce qu’une fois qu’on a écrit la musique, on s’intéresse à tout ce qui l’entoure ! Même si parfois, on fait des choses un peu suicidaires d’un point de vue marketing, comme nos première affiches de concert : il y avait une croix avec la date du show en chiffres romains. Pour ceux qui ne nous connaissaient pas, c’était incompréhensible. Pas terrible pour faire de la pub ! Mais pour les 100 personnes qui ont compris, l’effet est très fort. Dans cinq ans, on repensera à ces pubs avec fierté.

Vous aviez le même style de vêtements avant d’être Justice ?
Pas tout à fait, mais il n’y a rien d’exceptionnel non plus, on n’y fait pas vraiment attention. Tout ce qu’on espère, c’est ne pas être habillés de la même façon dans cinq ans. Ne rien changer est la meilleure façon de devenir vite ringard.

Comment vous vous imaginez dans dix ans ?
Aucune idée ! Il y a deux ans, on était graphistes. Deux ans avant, je voulais devenir anesthésiste. Alors dans dix ans… Qui vivra verra, on s’en fou.


Justice :

« Nos concerts durent une heure. Mais nous en faisons l'heure la plus intense, pharaonique et folle possible. »


Photo © DR

On vous compare toujours à Daft Punk. Ça vous gave ?
Non. On comprend tout à fait pourquoi on nous compare à eux. Ce qui nous lasse, c’est d’en parler à chaque interview. C’est un raccourci journalistique un peu fatiguant : tout groupe d’électro qui sort un peu des sentiers battus est comparé à eux, ça ne veut pas dire grand-chose.

Vous touchez aussi bien le public japonais, australien, suédois… C’est fort !
C’est l’avantage de la musique électro, qui s’est toujours mieux exportée. Les malheureux qui font du rock en français auront plus de mal à dépasser les frontières, c’est sûr. L’électro parle de façon universelle car les morceaux fonctionnent sur des principes physiques. Un titre ou il y a énormément de basses et qui vire tout à coup dans l’aigu, ça soulève les gens, quelque soit le pays.

Comment vous préparez vos concerts ?
On arrive avec des versions simplifiées des morceaux, sur lesquelles on rajoute du son, les voix et synthé en live.

Vous jouez une heure sur scène. Pour le public, c’est un peu frustrant…
Il faut dire qu’on a fait qu’un seul album : ce serait difficile d’en faire plus ! On préfère jouer une heure vraiment intense que traîner en longueur. On aime l’idée de voir le public soufflé quand ça s’arrête, presque frustré car il vient de vivre une heure pharaonique et la plus folle possible. C’est comme au cinéma. Je préfère voir un film d’une heure vingt génial qu’un film de 3h interminable… On préfère la qualité à la quantité.

Vous trouvez que les publics sont très différents d’un pays à l’autre ?
Au début, on sentait des différences notables entre les Etats-Unis, l’Europe, etc. Aujourd’hui, de moins en moins. C’est l’effet You-Tube. On peut y mater énormément de vidéos de soirées. Du coup, quand on joue un soir à Montréal et le lendemain aux Etats-Unis, le public américain regarde la vidéo entre temps et se dit : «hé, nous on est aussi bon public que les canadiens !» Du coup, ils partent au quart de tour et sont déjà à moitié fous sur le premier morceau, même si c’est un mix de Donna Summer pépère… Il y a une émulation complètement folle autour de You Tube et myspace : on adore.


Propos recueillis par Aena Léo
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Aller plus loin (liens) :

Justice sur Myspace
 

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Réactions

némo le 13/09/2007 à 23:42:29
elle est pas mal votre musique.mes gosses vous adore sa les calmes c'est le pied! encore bravo!!!!!!!

Nicolas le 05/07/2007 à 17:21:36
ouais ils sont topissimes ! pour une fois qu'on peut dire Vive la France en le pensant sincèrement ;-)

Justicier le 29/06/2007 à 14:08:01
un vrai phénomène ces deux la...

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