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| Reportage - |
Kanye West au Zénith |
Kanye West au Zénith "Quand la pop fait plouf"
Débauche d'effets spéciaux et mégalo clinquante...qu'il le veuille ou non, Kanye West est devenu une vedette de variétés, pour le plus grand bonheur d'une grande partie de son public.
Un grand "bravo" pour commencer, adressé à l'organisation du concert, samedi soir au Zénith. Les spectateurs ayant eu la bonne idée d'arriver à l'heure (19h30) ont été bloqués près d'une heure aux barrières de l'entrée, piétinant dans le froid, rageant dans le vide. Sans que personne n'ait eu la moindre explication, encore moins de mot d'excuses. Et sans rentrer dans un jeu crétin de discrimination, on doute fort que ce genre de choses arrive pour Madonna ou Robbie Williams. Mais pour certains, ma bonne dame, concert de hip hop = banlieue = débordements = danger. Résultat, un certain nombre de personnes n'auront pas eu la chance de voir Common en première partie, ou seulement pour trois morceaux, d'ailleurs de très bonne tenue. Et ceux qui étaient venus pour voir les deux artistes en auront été pour leurs frais, au vrai sens du terme.
Ce qui nous emmène vers la prestation de Kanye West. Porté par une célébrité desormais planétaire et des fournées de tubes dans tous les sens, on pouvait se douter qu'il débarquerait en vraie star américaine (Ce billet a d'ailleurs failli s'intituler "de la gestion du vedettariat"). Visuellement, ça passe donc par un écran dernier cri (et un générique façon ciné au début), un groupe et plusieurs violonistes. Sans oublier un décor cheap digne d'un Futuroscope géorgien, des animations vidéo, et trois changements de costume avec lunettes et col de veste clignotants. Déjà lourdingue, l'ensemble devait toucher au grotesque avec une séquence interminable où un comédien déguisé en femme-robot dodelinait sur scène. Sans qu'on sache vraiment où tout cela devait nous mener. Autrement dit, une indigestion d'innovations à la fois kitsch et "futuristes", rappelant la mégalo-parade de U2 période Pop.
Une démarche à mettre en rapport avec le complexe qu'a toujours nourri le personnage, propulsé presque malgré lui comme rappeur alors qu'il est resté très longtemps cantonné à un rôle de producteur de génie. D'où ce léger sentiment d'inferiorité l'ayant contraint depuis lors à en faire des tonnes à travers l'équation parano-mégalo, un cran au-dessus des autres. Pour faire simple, "je vous en fous plein la gueule parce que j'ai des lacunes au micro". Sauf que la pilule a beaucoup de mal à passer, et on peut citer de nombreuses scories à cet égard. En premier lieu, le choix de surtout jouer son très limité dernier album. Deuxièmement, cette manière d'expédier ses anciens tubes, sans aucune passion, typique des artistes un poil arrogants (quasiment pas un mot d'échange avec le public, c'est rare). Enfin, partir comme il l'a fait dans des solos ou des dérivations instrumentales ineptes et sirupeuses avait de quoi dégoûter les amateurs de hip-hop pur jus, certainement peu nombreux à participer à ce carnaval. Je le dis sans aucun mépris ou aucune condescendance, mais il y avait une certaine tristesse à observer les spectateurs-teenagers, nourris au dernier album et aux reprises flemmardes de Daft Punk, se réjouir comme si le mec en face d'eux livrait un concert génial, et pas un effort fatigué et ronronnant, ce qui était le cas. Avec Kanye West, le hip-hop a peut-être rejoint la case qu'il a toujours lorgnée sans l'assumer, celle de la variété-spectacles. Certainement au détriment du rap lui-même. Vendredi soir, il n'y avait ni freestyle, ni hommage, ni impro, ni session de DJ. Donc pas de hip-hop. Juste un mec hyper talentueux qui brasse de l'air avec des mains gantées d'or, en essayant de bousculer la marche du temps pour ne pas devenir ringard. C'est presque déjà trop tard.

Matteu Maestracci
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