CD/Disque
Kanye West "Graduation"
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 Très attendu, ce troisième opus est le parfait "bébé" de son auteur. Tantôt on frise le génie, souvent la platitude mégalo.
Bon, en guise d'introduction, je vous annonce que malgré quelques belles choses ce troisième album est aussi le moins bon de Kanye West. Le premier, College dropout en 2003 était une pépite brute, un OVNI hyper léché et audacieux, de la part d'un mec qui n'était encore "que" producteur ambitieux pour Jay-Z, Alicia Keys et la crème des artistes-vendeurs de disques. Malgré ce départ en altitude, Kanye avait réussi un deuxième album (de la maturité, arf arf) excellent. Avec toujours la même démarche. Des productions très soul, des boucles très modernes quant on les aurait crues réchauffées. Des invités de marque, et surtout des lyrics soit engagées (All falls down) soit cyniques et hilarantes (The new workout plan). Depuis, le temps a passé et l'argent a coulé à flots. Kanye West est devenu une superstar interplanétaire, barbotant avec Pharrell dans des piscines ou des morceaux nuls, posant pour Vuitton, et produisant encore des trucs très précieux malgré son nouveau statut (pour Jay-Z ou Common, notamment). Bref, avec tout ça, on pressentait le plantage (du moins artistique) au troisième album. Et-que-croyez-vous-qu-il-arriva ?
Il serait paresseux et malhonnête de parler ici d'un raté. On se retrouve plutôt avec un truc indigeste, et-pour se l'avouer franchement-bâclé. Comment expliquer que des magazines crient au génie pour le single Stronger, qui sample avec flemme les Daft Punk, sous des paroles épuisantes de bêtise ? Surtout lorsqu'on sait que Kanye West est devenu célèbre JUSTEMENT grâce à sa créativité. Le très bon cotoie ici le plus discutable. Un titre comme Good life, presque scandaleux de nullité, aurait dû rejoindre la corbeille du desktop, ou une hypothétique Face B à paraître plus tard. A l'inverse, Champion, deuxième track du lot, est une pure tuerie, avec sample vitaminé à l'appui. Mais on retombe très vite dans l'electro barbouillée, avec le Drunk and hot girls en compagnie de Mos Def. On cherche une nouvelle fois l'inventivité, et surtout la patate. Rien. Les synthés bourrins sont utilisés avec plus d'intelligence sur Flashing lights, qui invite le crooner Dwele. Très joli aussi, le Everything I am, une pige en mode "cooltempo" de DJ Premier. Mais bon au total, 13 pistes dont la moitié sont mauvaises, ça reste du foutage de gueule. Un peu comme le Miami Vice de Michael Mann. Vous en trouverez toujours qui vous explqueront que vous avez raté un chef d'oeuvre. Passez votre chemin.
Matteu Maestracci
Barclay (Septembre 2007)
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