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Katel "Je n'aime pas la chanson réaliste"

Loin de la plupart des formats établis de la chanson française, Katel se révèle avec un premier disque puissant et ravageur. Enregistré dans l'urgence entre Caen, Bruxelles et Paris, Raides à la ville, dont la parution est prévue la semaine prochaine, expose tout le talent de cette artiste émergente mais à suivre de très près. Une approche rock, un vrai sens de la mélodie, une superbe qualité d'écriture, cette jeune trentenaire se livre entièrement, autant sur disque que sur scène, seule ou en groupe. Rencontre.

propos recueillis par Julien Cottineau | le 03/10/2006

Katel :

« Le fait de sentir qu'une sensation artistique pouvait vraiment passer par le corps a vraiment été une révélation. »


Photo © Robert Gil

Quel est ton état d'esprit à la veille de la sortie de Raides à la ville?
C'est un peu excitant, forcément. En même temps, on ne mise pas sur l'effet de sortie ni sur un gros tapage. Ça sort parce qu'on a envie qu'il soit disponible, mais l'idée est de l'installer doucement avec les concerts. On ne voulait pas que ça ressemble à une sortie de disque traditionnelle avec toute cette pression, ce truc qui met un peu à cran. On a juste voulu qu'il soit fait dans la continuité de ce que j'avais fait jusque-là, et le sortir sans attendre.

Peux-tu nous rappeler ton parcours?
Je suis venue à la musique par l'écriture, à un moment où l'écriture devenait difficile. C'était une activité très solitaire, très intérieure. Et une amie musicienne, Elodie, m'a alors entraînée sur scène pour chanter. Le déclic a eu lieu d'emblée. Le fait de sentir qu'une sensation artistique pouvait vraiment passer par le corps a vraiment été une révélation. Pendant neuf ans, j'ai donc monté des groupes divers et variés avec elle. On a joué plein de styles différents, du groove à de l'acid-jazz. Puis nous avons formé Dunleia, un duo pop-rock avec lequel on a sorti, chez EastWest, un album passé complètement inaperçu. Mais je composais très peu, j'étais simplement chanteuse. L'écriture et la musique étaient vraiment séparées pour moi. Après Dunleia, il y a trois ans et demi, j'ai tout arrêté pour faire le point. J'ai alors voulu créer le lien entre écriture et musique. Et j'ai bossé en ayant enfin l'impression de faire ce que je devais.

Tu as tout de suite ré-attaqué la scène?
Non. Je me suis enfermée pendant un an, pour écrire mes chansons et forger le répertoire. J'ai ré-attaqué la scène un an plus tard, en trio d'abord, dans une formule très rock. Je m'en suis pourtant détachée aussi. Je n'avais pas envie de m'enfermer à nouveau et j'ai donc poursuivi seule mon travail. Mais actuellement j'en suis à la phase où je retourne avec des musiciens. Que de phases!


Katel :

« Je voulais saisir une humeur. »


Photo © Robert Gil

Venons en pleinement à Raides à la ville. C'est un huit titres, ce n'est pas vraiment un EP, pas vraiment un album, pourquoi?
C'est vrai, le format est un peu spécial. L'idée était que le disque puisse sortir très vite. Entre le moment où l'on signe un contrat et le moment où le disque sort, il se passe facilement un an et demi voire deux ans, sans que la musique ait eu le temps d'être entendue. Après la signature avec Olympic à l'issue du Printemps de Bourges , je me suis mise au disque de suite. Je voulais pouvoir poser les morceaux tel que je savais les jouer et tel que je les travaillais, c'est-à-dire en maîtrisant et jouant tout toute seule, plutôt que de tout recommencer. Je voulais m'appliquer à la forme aboutie actuelle, sans pression. Ca a donné huit titres, et voilà.

Le disque a été enregistré entre Paris, Bruxelles et Caen, pourquoi?
Il a été mixé, seulement, à Bruxelles, et enregistré entre Paris et Caen. Deux titres très rock ont été réalisés en groupe au studio Vogue à Paris, parce que je n'avais pas les prétentions pour être ingénieur du son ni le matériel d'ailleurs pour ces deux morceaux. Par contre, j'ai enregistré tout le reste dans un petit studio qu'on me prêtait à Caen. Un ingé son bossait le jour et me laissait les lieux toutes les nuits. Ca m'a permis de trouver un fil continu, seule, pour finir souvent les prises à 8 heures du mat, quand l'ingé son revenait travailler.

Ca a pris combien de temps tout ça?
En temps réel, je dirais quinze jours, sur l'ensemble du mois de juillet.

Certains morceaux sont assez récents, d'autres font partie depuis longtemps de ton répertoire mais il y a une vraie homogénéité dans l'ensemble, comment l'expliques-tu?
Certains titres résistent au temps, comme La Vieille. Dans dix ans, je crois que la chanterais toujours. Ces chansons se régénèrent. Les autres ont disparu. En dehors des morceaux en eux-mêmes, j'ai dirigé toutes les sessions d'enregistrement et d'arrangement. Je savais donc comment insérer les morceaux très rock et les autres, plus intimistes. C'est comme un fil qui tient l'ensemble, ce n'était pas vraiment un problème. C'est aussi pour cela que je voulais les enregistrer vite, je voulais saisir une humeur.


Katel :

« La poésie n'a pas besoin de musique. »


Photo © Robert Gil

Revenons sur le lien écriture/musique car tout est extrêmement bien lié dans ton disque. Tu as des textes très poétiques, très forts, parfaitement adaptés à ta musique
En fait ce n'est pas le même travail. La poésie n'a pas besoin de musique. Les textes poétiques n'y sont pas réductibles. Un texte de chanson doit pouvoir être lu seul sans problème, mais doit prendre tout son sens en musique. Il doit être achevé. J'écris toujours la musique avant le texte, jamais l'inverse. La musique impose des mots. Parfois aussi les mots imposent une musique. Le texte est la musique et la musique est le texte. C'est singulier, souvent, mais parfois assez hybride. Ensuite, ça peut être poétique sans être de la poésie. La démarche, elle, oui. Je n'aime pas la chanson réaliste. Je préfère travailler la musicalité des mots. Mais je n'ai pas la prétention de faire de la poésie.

Il y a quelque collaborations sur le disque. Quelle est cette voix d'enfant à la fin de Tigres en papier?
C'est ma voix quand j'avais cinq ans et demi! La seule fois où mon père m'a enregistré et la première fois où j'ai touché une guitare. Forcément, j'ai pris la guitare à l'envers, je suis gauchère, et j'ai joué des accords ouverts. De toute façon je ne savais pas où placer mes doigts. C'était marrant de plaquer ça à la fin des Tigres en papier pour enchaîner avec La Vieille.

Et Yann Tiersen?
On tourne pas mal ensemble. Il m'avait invité à une Black Session pour chanter La Rade. Et on a repris La Vieille avec son groupe et lui au violon. J'ai trouvé sa partie de violon vraiment régénérante, elle apportait un souffle nouveau au morceau. Je lui ai proposer de la jouer sur le disque et il était emballé. On l'a enregistrée à l'arrache dans le salon d'une maison juste à côté d'un festival où il jouait. Il est sorti des balances, m'a rejoint, a joué, et j'ai filé à Paris pour le mix.


Katel :

« Sur scène, tu lâches tout en très peu de temps alors qu'en studio tu décortiques, comme un écrivain, en solitaire. »


Photo © Robert Gil

Tu donnes vraiment l'impression d'être une artiste de scène. Tu retrouves la même passion en studio?
J'adore la scène, mais je crois que je suis plus dans mon élément en studio, pour le travail d'architecte que cela nécessite. Il y a un rapport au temps très différent. Sur scène, tu lâches tout en très peu de temps alors qu'en studio tu décortiques, comme un écrivain, en solitaire. Malgré tout, le disque c'est ce qui reste, la scène n'est qu'éphémère.

Tu rejoues sur scène en groupe régulièrement. C'est un grand changement?
C'est excitant et effrayant. Je suis tellement habituée à étirer les concerts selon mon humeur. Là c'est un collectif, il faut tenir compte de tous, que tout le monde puisse respirer.

Mais, maintenant que tu t'es totalement approprié seule ton répertoire, est-ce plus facile de le rejouer en formation?
C'est plus facile de collaborer sur mes morceaux je crois, d'autant que les musiciens avec qui je travaille ont vraiment envie d'apporter quelque chose.

Pour ta tournée, cet automne, on te verra seule ou en groupe?
Seule en majorité, surtout lors des premières parties. On a prévu de travailler en résidence en décembre tous ensemble.

Quels sont tes projets immédiats?
Travailler les concerts en groupe donc, en décembre, avec en vue le stade ultime des festivals d'été l'an prochain. Mais je suis déjà en train de penser au prochain disque. J'ai déjà envie de m'y remettre. Quand on arrête d'écrire, c'est très usant.

Katel, Raides à la ville, Olympic Disk / Wagram, sortie le 9 octobre 2006.

Ecouter des extraits sur son site, ici.

Tournée:
O6/10 - Villier Le Bel (95) / Théâtre (avec Yann Tiersen)
07/10 - Istres / L'Usine (avec Yann Tiersen)
13/10 - Rambouillet / L'Usine à Chapeaux
14/10 - Le Mans / Le Bar'ouf
20/10 - Montreuil (93) / L'Argo'notes (avec Babx)
21/10 - Janvry (91) / La Petite Ferme (avec Babx)
25/10 - Caen / Forum Fnac
26/10 - Granville / L'Agora
27/10 - Flers (61) / Festival Muzicazimut
02/11 - Hérouville (14) / Le BBC (avec Nosfell)
03/11 - Cholet (49) / Bar'ouf
04/11 - La Rochelle / La Java des Paluches
22/11 - Montpellier / l'Antirouille
23/11 et 24/11 - Bordeaux / El Inca
25/11 - Nantes / La Gargouille
26/11 - Trentemoult (44) / La Guinguette
29/11 - Troyes / Théatre de la Madeleine (avec Dominique A)
08/12 - Rennes / Festival Les Bars en trans / Bar Le Ty-Anna
09/12 - Sannois (95) / L'EMB (avec Babx)
15/12- Annecy / Le Brise Glace
22/12 - St Honoré les Bains (58) / Le Malys Café

Crédit photos: Robert Gil (www.photosconcerts.com)


Propos recueillis par Julien Cottineau
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Aller plus loin (liens) :

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Réactions

ly56 le 04/10/2006 à 00:04:16
Plus que bien , en fait! Le ""presque parfait" est excessif , c'est simplement très , très, très bien , ce qui n'est déjà pas si mal(bon , j'arrête). Katel s'aventure sur la voie escarpée de la "chanson française",rude et ouverte à tous les vents de la critique, mais offrant ici à q(..) lire la suite

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