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Keren Ann à New York |
Keren Ann à New York "Retour à Nolita"
Globe-trotteuse invétérée, Keren Ann promène ses chansons d’un pays à l’autre. Après une tournée française passée par l’Olympia à Paris, le 5 mai dernier, la chanteuse a depuis visité ses deux autres « chez soi » : Tel-Aviv le 28 mai et New York, le 4 juin. C’est dans la ville qui ne dort jamais que nous sommes allés l’écouter…
Quelques mois après avoir quitté Manhattan, la « Parisian chanteuse », comme on l’appelle à tort ici, revient donner un concert dans le quartier qui a vu naître son précédent album (Nolita, Capitol, 2005). La dernière fois qu’on a pu entendre Keren Ann à New York, c’était en octobre 2006, lors d’un concert organisé par Blue Note - son label aux Etats-Unis - où elle partageait l’affiche avec d’autres artistes du label, à savoir The Bird and the Bee et son idole de toujours, Suzanne Vega. Ce soir-là, nuit d’Halloween, Keren Ann venait, six mois avant la sortie de son album présenter la plupart de ses nouvelles chansons, encore très fragiles (Éponyme Delabel, 2007). Un point de départ très intéressant pour percevoir aujourd’hui l’évolution de ce nouveau répertoire sur scène.
Keren Ann a laissé passer l’hiver, le printemps saillant mieux à son nouvel album, et est revenue avec des chansons mieux rôdées. Force est de constater que sa disparition américaine lui a été clairement bénéfique. On la retrouve ce soir, habillée « en fille » sur la scène du Bowery Ballroom. Robe sobre, jambes nues et… talons aiguilles. De mémoire, on ne l’avait encore jamais vue aussi distinguée sur scène !
Mais le virage le plus significatif de Keren Ann est surtout musical. On avait déjà remarqué à plusieurs reprises qu’elle était une bête de scène (ceux qui l’ont vue au Trianon en 2002, s’en rappellent encore !) et que ses chansons prenaient une véritable ampleur en concert. Ce soir, dès les premières notes de In my back, on comprendra que la musique de Keren Ann a de nouveau franchi un cap. La voix est plus rugueuse, moins douce. Le phrasé est plus brutal. La jeune femme semble avoir fini d’arrondir les angles... Elle assume complètement ce revirement de situation et en joue clairement avec ses musiciens. Autour d’elle pour la tournée américaine, Albin de la Simone a laissé son clavier à l’acolyte de Rufus Wainwright, Jason Hart, Mathias Fish est à la batterie, Thomas Semence à la guitare et Avishai Cohen à la trompette. La jubilation et le plaisir de jouer ensemble est flagrant. Une belle énergie se propage, tandis que les chansons s’emportent facilement.
Ça se confirme surtout dans la suite du concert, où alternent chansons anciennes et nouvelles. Le déjà très référencé Lay your head down semble tout droit sorti de l’album du Velvet Underground & Nico (Éponyme, UMG records. 1967), quelque part entre Waiting for the man et There she goes again. La chanson Nolita, belle à pleurer quel que soit l’arrangement, ne souffre en rien de l’absence de violons. La puissance des guitares esseulées lui donne une force émotionnelle étonnante. Pour The harder ships of the world, presque trop propre sur album, Keren Ann se braque et laisse apparaître les accrocs et la rudesse annoncés dans le titre. Brillant. Et puis, cerise sur le gâteau, Keren Ann est rejointe par la chanteuse Dayna Kurtz et sa lap steel guitare, sur Chelsea burns, pour une version à deux voix de pure beauté.
On notera qu’à New York, Keren Ann chante plus en français que dans la plupart des concerts donnés en France. Alors qu’elle s’est cantonnée à une seule chanson en français la plupart du temps, elle offre ce soir deux titres. Sûrement parce qu’elle sait qu’une petite partie de la salle est française, ce soir. Ce qui est plus étonnant enfin, c’est d’entendre son public américain réclamer des chansons en français. Au premier rang, un new-yorkais visiblement familier avec le répertoire français de la belle, s’énerve quand il s’aperçoit que Keren Ann a choisi d’interpréter les versions anglaises de chansons comme Les sables mouvants ou Mes pas dans la neige. Il partira en très bons termes quand Keren Ann reviendra en rappel pour lui chanter L’onde amère, sa chanson préférée…
Crédit photo 1 : Jennifer Taylor (New York Times).

Alexandre Barbera
En savoir plus :
Le site de Keren Ann
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