Keren Ann
"Keren, la délicieuse"
Le jardin d’hiver. Ce tube composé pour Salvador en 2000, c’était elle. Depuis, la jolie brune a signé quatre albums, composé des musiques de documentaires, de ballets, des BO de films. Elle est partie vivre quelques temps en Israël, où elle a écrit son nouvel opus. Ces jours-ci sort donc Keren Ann une belle toile sonore aux couleurs automnales, profondément douce et mélancolique, moins urbaine et plus posée que son précédent disque Nolita. Rencontre avec une passionnée de son doublée d’une songwriter de talent.
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Keren Ann
: « Ce dernier album traite du rapport de la musique avec le voyage, la mer. J’associe souvent le musicien et le marin. »
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Des albums en français, en anglais… Tu aimes mélanger les deux. Une manière de brouiller les pistes, une envie de tenter à chaque album d’autres expériences musicales ?
Je ne fais pas d’album pour brouiller des pistes. J’écris en anglais comme en français, selon le lieu. Lorsque je vis en France, j’écris en français. La langue est juste un support physique en rapport avec l’endroit où j’habite.
Composé est aussi une occasion d’expérimenter d’autres sons, d’autres aventures. Comme écrire en hébreu, par exemple ?
C’est une langue que je parle, que je lis mais pour l’instant non, je ne compose pas en hébreu. Je pense qu’il faut aussi vraiment vivre dans l’environnement de la langue pour pouvoir l’écrire.
Comment se sont déroulés l'enregistrement et la réalisation de cet album?
Très bien ! J’aime toutes les facettes de la réalisation d’un album : de la composition au mastering. J’aime le processus de l’écriture. C’est une grande partie du travail. Développer une idée, puis coller des mots sur une mélodie, les voir s’assembler, faire des allers-retours entre les textes et la musique, c’est passionnant. Ensuite vient la production, la partie que je préfère : le choix des arrangements, des instruments, la post- production et le mixage.
Comment composes-tu ? Es-tu de ceux qui collectionnent les mots sur des petits bouts de papier ?
Je ne suis pas de règles précises. Chaque chanson naît différemment. Certaines viennent d’un jet, d’autres s’assemblent phrase par phrase. Ce n’est pas important. Je me lève le matin pour faire de la musique.
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Keren Ann
: « Composer un album, c'est un peu comme peindre. Le peintre remplit sa toile de couleurs, je fais la même chose avec du son. »
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Ton écriture est très imagée, proche la sensibilité d’une Françoise Hardy ou d’un Souchon. Ecoutes-tu les chanteurs français ?
J’adore Françoise Hardy. Mais au niveau de l’écriture, je ne m’identifie pas aux compositeurs français. Je n’écoute aucun chanteur français actuel excepté Benjamin Biolay.
Tu chantes un peu partout à travers le monde. Tes fans en Israël réagissent-ils de la même façon que le public parisien ?
Je n’analyse pas mes spectateurs, je ne suis pas dans leur tête. J’ai la chance d’avoir un public qui me suit. La musique reste la musique…
Souvent, les artistes sont animés et agités par les mêmes sentiments : le plaisir, la souffrance aussi. Existe-t-il un thème récurrent dans tes chansons?
J’ai une écriture plutôt mélancolique comme beaucoup de songwriters. Ce dernier album traite du rapport de la musique avec le voyage, la mer. J’associe souvent le musicien et le marin. Il y a des points communs.
Tu dis, en parlant de ce dernier album, que tu peins avec du son.
Travailler sur le son, c’est presque comme peindre une toile. J’aime écrire mais c’est ce qui me plaît le plus : produire, chercher une musicalité particulière. Vous avez un espace sonore qu’il faut remplir. Le peintre a son canevas, qu’il remplit à l’aide de texture et couleurs qu’il ajoute puis efface. Il fait une série de toiles. Pour moi construire un album relève du même principe : vous pouvez mettre la voix en haut à droite, avec certaines fréquences… Oui, c’est une forme de peinture.
Cette chanson écrite avec Benjamin Biolay t’a ouvert des portes. Concrètement, qu’est-ce que ça a changé ?
Le public qui a acheté cet album n’a pas du tout acheté les autres albums. Mais depuis j’ai fait huit disques dont cinq solos…
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Keren Ann
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« Je fais plus de studio que de scène, mais j'adore ça. Chaque soir est différent, j'aime ce côté éphémère. »
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Tu as grandi en écoutant de la musique. Plus jeune, qui étaient tes idoles ?
Dylan Beatles, Chet Baker, Gainsbourg, Françoise Hardy, Chopin, Joni Mitchell, Carter Family… La liste est longue !
Tu vas remonter sur scène. L’exercice te plaît ou bien est-ce un passage obligé ?
Même si je fais plus de studio que de scène, j’adore être sur scène. En studio, je crée, j’écris. La scène a ce côté éphémère qui me plaît, chaque soir est différent.
As-tu le trac avant une scène ?
Oui, mais cela fait parti du métier de musicien. Tout comme en studio d’ailleurs, on peut avoir le trac. Il faut faire avec. Sur scène, il y a des moments très agréables aussi.
Les reprises, tu aimes ça ? En faites-tu sur scène ?
Tout dépend de mon humeur.
Les artistes ont des petits trucs en tournée. Certains prennent des photos de leurs chambres d'hôtel, d’autres ont des rituels avant de monter sur scène. Et toi ?
Rien je ne m’attache pas ces rituels. Je porte tout en moi.
Quel est ton coin secret à Paris : un bar, un resto, un jardin ?
Chez moi, être chez moi. 
Propos recueillis par Jean-Christophe Mary
Aller plus loin (liens) :
Le site de Keren Ann
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