À l’annonce d’un nouvel album de Keren Ann, j’avais déjà sorti le parapluie, préparé à une belle inondation de mélancolie et de tristesse… Déjà la pochette (signée Mondino) annonçait l’averse. Un brouillard épais dans lequel émane la beauté pâle de la jeune femme… Une nouvelle escapade en Islande ? Un autre hiver à Nolita ? Un détail m’empêchait pourtant d’ouvrir complètement le parapluie. Ce regard lançant un « Je-ne-suis-pas-celle-que-vous-croyez ». Intrigué, je le fus encore plus par les premières notes de l’album - Pas tellement sur sa géographie, mais plutôt sur l’époque… Dans ce cinquième album, Keren Ann remonte le temps à la rencontre des vestiges de Nico, et du Velvet Underground. De nombreux morceaux invitent à une excursion sombre dans une Amérique consommée : Lay your head down, It ain’t no crime, It’s all a lie, The harder ships of the world… La chanteuse aurait pu se limiter à copier ses modèles, mais elle se « contente » simplement de les sublimer... Plutôt qu’une reproduction fidèle de standards velveltiens, l’album, sobrement intitulé Keren Ann, nous emmène au-delà des racines du folk et du rock… Et c’est sûrement ce qui est le plus intéressant dans ce nouvel album… Si le point de départ est l’Amérique, on s’éloigne assez vite, vers des contrées moins prévisibles : l’Islande, avec la présence angélique d’une chorale sur Liberty, un détour par les terres de ses origines (les Pays-Bas et la Russie) sur Between the Flatland and caspian Sea... Les voyages forment les chansons de Keren Ann. Une jeunesse infinie coule de ces neuf titres et affirme l’empreinte raffinée d’une artiste qui ne parvient jamais à décevoir. Il est sûrement un peu tôt pour parler de classique, pour cela laissons-nous le temps de patienter encore quelques années... En attendant, laissons-nous tremper par la mélancolie des chansons de Keren Ann. Ce n’est pas tous les jours qu’un chef d’œuvre nous tombe dessus…
Keren Ann est en tournée dans toute la France. Elle sera le 18 juillet 2007 à Chambéry, le 19 juillet 2007 à Lyon et le 12 décembre 2007 au Café de la danse à Paris.