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Kevin Michael "Je veux faire ma révolution musicale"

C’est le nouveau visage de la soul-R’n’B made in US : auteur-compositeur, Kevin Michael, 23 ans, tisse doucement sa toile dans un univers pourtant surchargé d’aspirants-stars. Une coupe afro à la Jackson Five, une voix à couper le souffle et surtout, beaucoup de présence. Wycleff Jean et Lupe Fiasco s’invitent sur son premier album, Yael Naim et Nagui pour Taratata l'ont invité sur scène, mais son public est encore confidentiel. Malgré un emploi du temps surchargé, Kevin, de passage à Paris, a accepté de nous rencontrer. Conversation à bâtons rompus, sans langue de bois, dans un grand hôtel parisien.

propos recueillis par Solenne Robin | le 16/12/2007

Kevin Michael :

« Je veux construire quelque chose de nouveau. Regarde Outkast, ou même avant, Stevie Wonder et Prince : ils sont inimitables, ils ont créé leur univers. Je veux faire ma révolution musicale. »


Photo © DR

Tu as déjà parcouru le monde pour la promo de ton album. En quelques mots, dis-nous : qui est Kevin Michael ?
J’ai grandi à Chester, une petite ville à 50 minutes au sud de Philadelphie, dans un ghetto, dont je suis devenu la star locale. Je ne suis pas toujours très à l’aise en relations humaines, simplement parce que je suis très timide. J’aime les gens qui ont de véritables valeurs humaines. Parfois, les Américains sont très étroits d’esprit, alors j’aime beaucoup venir en Europe, où je suis toujours très bien accueilli.

Pourquoi la musique ?
Je n’ai pas choisi. C’est la musique qui m’a choisi. C’est toute ma vie. Mais l’industrie de la musique telle qu'elle est aujourd'hui, c’est vraiment l’enfer. C'est pourquoi j’ai volontairement signé dans une maisons de disque indépendante début 2006, Downtown Records LLC [ndlr : le label qui signe actuellement Carla Bruni, Gnarls Barkley ou encore Justice]. J’étais le tout premier à signer chez eux, j’en suis très fier. Nous bénéficions du réseau de distribution de la major Atlantic [Warner Music en Europe].

Tout petit, tu passais ton temps à chanter, au grand dam de ta mère… Comment tu a décidé d’en faire ton métier ?
C’est vrai, je chantais tout le temps, à la maison, au supermarché. En fait, jusqu’au lycée, je n’avais jamais pensé que je pouvais vraiment « faire de la musique » professionnellement. J’étais excellent élève, j’adorais l’école. Mais ça ne me faisait pas vibrer. J’hésitais à aller à la fac. Ma mère me demandait ‘et si tu fais de la musique, c’est quoi ton plan B ?’ Et moi j’ai toujours dit ‘les plans B, c’est pour les losers’. Je disais à ma mère : ‘attend, comment cela, je ne vais pas trouver un label’, j’étais sûr de moi.

Et avant de signer chez Downtown Records, tu as fait quoi ?
(Rires gênés) En fait, j’ai été vendeur. Pendant six mois. Je vendais des vestes en cuir. J’ai arrêté pour me consacrer entièrement à la musique. Là, ma mère a vraiment flippé. Elle s’est sacrifiée pour que je puisse aller dans une bonne école, elle pensait que je serais le premier de la famille à faire des études. J’ai deux frères plus jeunes, adolescents, aujourd’hui ils ne veulent pas forcément suivre ma trace. Mais le conseil que je leur donne, c’est de suivre leurs rêves, tout en étant toujours d’une grande prudence et en ayant les pieds sur terre. Il faut vivre dans le futur.


Kevin Michael :

« Je crois au spirituel… C’est un peu comme si j’avais une mission. »


Photo © DR

Musicalement, qu’attends-tu de ton avenir ?
Je pense qu’il est facile de suivre les tendances, faire de la musique « safe », à la mode. Mais ce n’est pas mon truc, ce n’est pas créatif. Je veux vraiment construire quelque chose de nouveau. Regarde Outkast, ou même avant, Stevie Wonder et Prince : ils sont inimitables, ils ont créé leur univers. Je veux faire ma révolution musicale. Je crois au spirituel… C’est un peu comme si j’avais une mission.

Certains t’appellent déjà le Beyonce au masculin. Tu le prends comment ?
Attends, c’est un super honneur, si j’arrive à avoir sa carrière, alors là je dis oui tout de suite, il y a quand même pire comme comparaison ! Mais il va falloir du temps. Il faut que je trouve l’élément déclencheur qui va faire exploser ma carrière. Je pense que cela commencera d’abord à l’international avant de bien marcher aux USA.
Tout doit être étudié, tu peux être dans la pente ascendante un instant, et l’instant d’après, tu perds tout. En janvier, je reviens en France, et je vais passer à la Star Academy. Ce n’est pas si mal. Après, on verra bien. J’avance, mais j’ai besoin de sentir que les gens m’ont intégré dans le paysage musical.

Allez, sans tricher, crois-tu que le succès peut te monter à la tête ?
Sincèrement, mon objectif premier, c’est de rester le même. Evidemment, en intégrant ce milieu, ta vie change. C’est le jeu, mais ce n’est acceptable que jusqu’à un certain degré. Je me bats pour que la musique ne soit qu’un boulot. Ma vie privée est ailleurs. Mes parents se sont séparés très tôt, j’ai été élevé par ma mère, mais aujourd’hui, mon père est mon meilleur conseiller. Lui sait me dire les choses franco, quelles que soient mes performances.

Et la coupe de cheveux afro, c’est pour le marketing ? Tu as une permanente ?
(Rires) Non, ma mère est moitié afro-américaine, moitié italienne, et mon père afro-américain. On m’a toujours appelé « le noir le plus blanc du ghetto ». J’avais des cheveux courts, ondulés. Et un jour au collège, je les laisse pousser - je voulais des dreadlocks - et là je réalise que j’ai des cheveux afro. Je les ai laissé comme ça. J’étais timide, c’était parfait : une armure pour cacher mes yeux. Et puis j’ai vu que ça plaisait aux filles, alors j’ai gardé. Aujourd’hui, c’est mon identité.


Kevin Michael :

« Lors du dernier Thanksgiving, ma grand-mère italienne nous a montré sa « letter of aknowledgement » qui l’a autorisée à s’établir aux Etats-Unis. Mon rêve est de l’emmener, elle et toute la famille, en Italie. »


Photo © DR

Outre la musique, as-tu d’autres passions ?
Oui, bien sûr, j’aime tout ce qui est en lien avec l’art, la créativité. Les musées, c’est mon truc. Le sport par contre, je suis vraiment nul. Enfin, pas si nul, disons que je ne sors pas du lot. Mais j’admire un mec comme Michael Jordan : dans le sport, il a créé quelque chose que personne n’avait fait avant lui. La créativité, c’est l’essentiel.

Et pour finir, si tu devais réaliser un de tes rêves, là, tout de suite ?
Je veux connaître l’Italie, retourner sur la terre de mes origines, la Sicile. Lors du dernier Thanksgiving, ma grand-mère nous a montré la lettre officiel délivrée à Ellis Island [à proximité de New York, île mythique où les immigrés passaient avant de pouvoir entrer sur le territoire américain], sa « letter of aknowledgement » qui l’a autorisée à s’établir aux Etats-Unis. Je veux aller à Ellis Island. Et ensuite, je veux l’emmener, elle et toute la famille, en Italie. C’est mon prochain rêve à accomplir.


Le premier album, éponyme, de Kevin Michael est disponible chez Warner Music.


Propos recueillis par Solenne Robin
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Aller plus loin (liens) :

Le site officiel de Kevin Michael
Une vidéo exclusive de Kevin Michael sur RKST.org
 

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