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Laurent Garnier & B. Wesseltoft "L'avenir de la techno, c'est la scene"

Après 20 ans de deejaying à travers le monde, Laurent Garnier a délaissé temporairement les disques et les platines. Cet été, il est en tournée avec le jazzman norvégien Bugge Wesseltoft. Un live en grande partie inédit, puisant largement son inspiration dans le jazz. Rencontre, le 1er juillet dernier à Nantes, en backstage, lors du festival Scopitone…

propos recueillis par Olivier Sibille | le 11/07/2006

Laurent Garnier & B. Wesseltoft :

« On s’est aperçu que les gens voulaient des morceaux avec un début et une fin, pour pouvoir applaudir… »


Photo © DR

Sur scène, vous paraissez plutôt complices. A quand remonte votre première rencontre ?
Bugge Wesseltoft : La première fois que j’ai rencontré Laurent, c’était lors de mon 1er ou 2ème passage à Paris. Il y avait des rumeurs disant que Laurent Garnier pourrait être dans la salle.
Laurent Garnier : … et que même j’étais peut-être déjà un fan ! (rires)
Bugge Wesseltoft: A la fin, on est venu me voir en me disant : « Laurent Garnier est dans les loges ! » Il est venu me féliciter et m’a dit qu’il avait adoré mon concert. Je n’arrivais pas à y croire.


Et ensuite ?
Laurent : On a sympathisé. On a joué ensuite plusieurs fois ensemble, en mélangeant dj et live. Le premier vrai concert, c’était au Nouveau Casino, à Paris, il y a quatre ans. C’était génial ! Mais tout a vraiment commencé l’été dernier : on a donné trois concerts, à Montreux, au festival Jazz à Vienne et au festival de La Villette. Pendant 3 heures, on mélangeait des disques avec des morceaux à moi. Ca s’est très bien passé. Et le dernier soir, on s’est dit que ça serait bien de repartir l’année suivante, avec un vrai concert. On s’est aperçu en effet que trois heures, c’était un peu long pour les gens, que ceux-ci voulaient des morceaux avec un début et une fin pour pouvoir applaudir. Dans mon coin, j’ai donc commencé à travailler sur la musique. J’ai composé de nouveaux morceaux. Avec Bugge, on a beaucoup correspondu par e-mail. On a écrit quelques thèmes. Et puis on s’est vu à Arles, il y a quelques semaines, pour trois jours de répétitions.


Laurent Garnier & B. Wesseltoft :

« 50% des morceaux que nous jouons sur scène ne sont jamais sortis. Cela rend le travail plus excitant pour nous deux. J’aime bien ça, c’est plus casse-gueule et surtout plus organique. »


Photo © DR

Au total, ce sont donc essentiellement des nouveaux morceaux ?
Laurent : Oui. 50% des morceaux que nous jouons sur scène ne sont jamais sortis. Donc ce n’est pas un show facile car les gens ne peuvent pas s’identifier aux morceaux, mis à part quelques exceptions (Acid Eiffel, The man with the red face…). Mais je trouve que cela rend le travail plus excitant pour nous deux. J’aime bien ça, c’est plus casse-gueule et surtout plus organique.


Sur scène, y a-t-il une part d’’improvisation ?
Bugge : ça se passe comme dans les concerts que je fais tout seul. Nous avons des séquences prédéfinies pour chaque morceau. Mais nous les enchainons comme nous voulons. L’interprétation est donc différente chaque jour. Pour moi, c’est un point commun entre le jazz et le travail d’un dj en musique électronique : dans les deux cas, on joue sur la dynamique, sur l’improvisation dans la construction des morceaux à l’intérieur d’un cadre prédéfini.


Sauf qu’à la différence d’un concert de jazz, le public dans la salle danse et crie… ?
Laurent : Bien sûr, notre musique est groovy. Bien sûr on fait danser les gens ! Mais ce n’est vraiment pas le but principal. Ce spectacle est avant tout un concert.


Laurent Garnier & B. Wesseltoft :

« En tournée, tu deviens un peu le responsable d’une garderie. Tu dois faire attention à tout le monde, à ne pas en perdre un… et il y en a qui se perdent facilement ! »


Photo © DR

Après des années à parcourir seul le monde comme dj, la vie de tournée doit être bien différente ?
Laurent : Ah, c’est sûr, que dj, c’est souvent beaucoup plus simple ! Tu te pointes avec ton carton de disques, tu joues et puis tu te casses. Le live, c’est beaucoup plus casse-gueule. Techniquement tout d’abord, il faut gérer les problèmes de balances, de son. Et puis il y a les rapports humains. En tournée, tu deviens un peu le responsable d’une garderie. Tu dois faire attention à tout le monde, à ne pas en perdre un… et il y en a qui se perdent facilement ! (rires). Sans citer de noms, on a un ingénieur du son, par exemple, si tu ne fais pas attention, il est vite distrait par d’autres personnes… Mais je pense que je suis bien entouré. J’ai eu des problèmes au début, il y a quelques années, quand j’ai commencé à faire des live, avec des gens qui étaient chiants, qui avaient trop d’égo. Mais sur cette tournée, on a un groupe qui est très soudé.

Et la suite alors ?
Bugge : Moi, je travaille sur un nouveau projet pour l’an prochain. Mais ce sera très différent, plus "ambiant-piano", avec peu d’électronique. Mais quelque chose de très beau !
Laurent : On a enregistré tous les concerts jusque là. Mais je ne sais pas ce qu’on va en faire, si on va sortir des morceaux en version "live". J’ai fait cela parce que j’ai fait tellement de concerts par le passé où je me suis dit, à la fin, "fuck, mais pourquoi n’as tu pas tout enregistré !". Ces dernières semaines, on a enregistré 3 ou 4 morceaux incroyables ! Avec une vraie énergie, notamment sur un passage drum-and-bass. Quelque chose que l’on n’aurait jamais réussi à faire en studio. Moi, je connais des jazzman qui sont incroyables sur scène et beaucoup moins bon en studio. Mais qui dans toute leur vie n’ont jamais immortalisé leurs performances live. Quel dommage !

Plus généralement, la scène, ça reste donc une vraie motivation ?
Laurent : Indéniablement. Je crois que de toutes façons, l’avenir de la techno, aujourd’hui, c’est la scène. C’est très important pour faire évoluer notre musique. Si on ne veut pas continuer à prêcher pour notre chapelle. Si on a envie de toucher d’autres gens. En 2006, le public découvre plus la musique par la scène que par les clubs. C’est pour cela que ce genre de concerts est si important.


Photos: Patrick Audoux (3), DR (1 et 2)


Propos recueillis par Olivier Sibille
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Lire la chronique du disque The Cloud making machine
 

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