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Leeroy "Remettre en avant la création"

Evadé du Saïan Supa Crew, le rappeur à la voix dingue débarque en solo... et en pleine forme.

propos recueillis par Matteu Maestracci

Leeroy :

« C’est un peu un mélange de confiance en moi et d’excitation. L’impression de repartir de zéro, au moment où la musique change de plus en plus. »


Photo © D.R

Décontracté, Leeroy l’est assurément au moment de faire la promo de son premier disque, Open bar, sorti début septembre chez Virgin. Intarissable, speed, ses mains bougent et ses idées partent dans tous les sens. Comme sur son disque.

La dernière fois que je t’ai vu, tu assurais la première partie de Public Enemy au Zénith. A un moment, tu as lancé au public « Allez le calvaire est bientôt terminé ». Provoc ou amertume ?
Un peu des deux. C’est toujours périlleux de faire une nouvelle partie. Surtout si le mec derrière est un gros, où que le style est différent. Parfois, les premières parties sont au final mieux que le reste. Mais il y a toujours un trip où le public ne t’a pas choisi. En plus, c’était le début, on n’avait pas beaucoup répété avec le groupe.

L’album est sorti il y a presque un mois. Ça se passe bien ?
Oui, oui. Je kiffe aller sur les routes, donner envie aux gens de découvrir mon truc à moi. Apporter mon truc, ma vision actuelle de ce qu’est le hip-hop à mes yeux. D’autant que je suis devenu producteur, j’ai envie de tester. En ce moment, les sentiments se mélangent. C’est mon premier truc d’après-Saian. Il y a un petit trac, mais l’accueil du disque me fait me sentir agréablement bien…

Justement, le Saïan vous étiez cinq, Explicit Samouraï juste toi et Specta…là ça se resserre, tu es tout seul. Tu l’as appréhendé comment ?
C’est un peu un mélange de confiance en moi et d’excitation. L’impression de repartir de zéro, au moment où la musique change de plus en plus. Aujourd’hui, je remarque des choses que j’aurais pu faire autrement, mais c’est pas grave. Je me prends la tête, le disque est comme je l’ai voulu. Je préfère être spontané plutôt que passer 6 mois sur chaque morceau. C’est mieux que la perfection à tout prix, faire au feeling.


Leeroy :

« C’est une continuité vis-à-vis du Saïan. C’est un disque qu’on aurait pu faire ensemble. Je ne peux pas oublier cette expérience, le succès, les concerts dans le monde entier. »


Photo © Matteu Maestracci

On remarque forcément au fil du disque ton envie de toucher à tout, avec des clins d’œil au reggae, au rock, à l’electro…Une manière de dire aux gens que tu vas plus loin que ton style de base ?
Mouais, un petit côté mégalo (rires). Mais surtout envie de dire « regardez ce qu’on peut faire ». Porter le hip-hop plus loin, montrer ce qu’il reste à mes yeux de ce genre musical, comment l’enrichir et le diversifier. Au final ça reste du hip-hop, car le lien c’est moi qui rappe. Mais peut-être qu’un jour on appellera plus ça du hip-hop. Et dans un sens j’en serai flatté. Le modèle dans tout ça, c’est Damon Albarn. C’est dingue tout ce qu’il a fait….Gorillaz, Blur, The good etc, Mali Music…

Ca permet aussi de toucher plusieurs publics à la fois. Et donc de vendre plus de disques quelque part...Tu restes dans le trip Saïan, qui plait à la fois aux quartiers et aux bobos.
Oui, et mon public de base je le connais. Surtout des gens de 25-30 ans, qui ont baigné dans le hip-hop, avant, comme moi, de se laisser porter un peu ailleurs. Passer sur des radios aux styles différents, aller chercher les amateurs de rock ou d’electro. Comme Philémon, Oxmo, Abd Al Malik, Hocus Pocus. Mais c’est un piège de croire qu’on vendra plus de disques. Le risque de plaire à tout le monde, c’est de se noyer et de se perdre

Comme avec ton ancienne bande, tu panaches dans le disque des titres dansants et d’autres plus intimes, engagés, amers…
Bah, je suis comme tout le monde. Parfois je vais en teuf, d’autres jours je suis de mauvaise humeur… C’est une continuité vis-à-vis du Saïan. Même si j’en suis parti, c’est un disque qu’on aurait pu faire ensemble. Je ne peux pas oublier cette expérience, le succès, les concerts dans le monde entier, les projets. Aujourd’hui on se voit plus trop, mais le feeling est là, on sait ce qu’on a été.


Leeroy :

« Au début, comme tout le monde, je détestais m’entendre. Puis j’ai travaillé, exploré, perfectionné l’écriture. »


Photo © Matteu Maestracci

Ton morceau Coming out arrive à faire rire à partir d’une idée casse-gueule. Te mettre dans la peau d’un hétéro soudain devenu minoritaire dans la société…
Oui, c’est un titre inspiré par le sketch de Gad Elmaleh sur la cigarette, et le passage d’un truc de Bigard. J’imaginais le concept, et la production d’Alsoprodby faisait tourner un truc en yaourt qui me branchait bien. Le reste est venu tout seul…

Un mot sur cette voix très particulière et reconnaissable qui te permet aussi bien de toaster, rapper, chanter, ou beatboxer ?
J’ai été nourri à Das Efx, les Fu-Schnikens, et plus tard Busta Rhymes. J’ai très vite aimé cet art du flow. J’ai travaillé longtemps le truc pour me démarquer, laisser une trace. Dans le hip-hop, la voix est souvent le truc qui te fait connaître et qui reste dans les esprits. Je voulais être unique, me démarquer, surtout dans un groupe de cinq rappeurs. Au début, comme tout le monde, je détestais m’entendre. Puis j’ai travaillé, exploré, perfectionné l’écriture.

Ta vision du hip-hop d’aujourd’hui, où parfois les trucs les plus paresseux ou inaudibles vendent beaucoup plus que les idées novatrices ?
(Soupir). C’est à la fois simple et compliqué, on pourrait vraiment dire plein de trucs. Les innovations sont parfois moins mises en avant, les médias préfèrent se porter sur la facilité, les trucs sulfureux…Mais on a tous l’impression qu’en hip-hop tout a été fait. On risque de revenir à un truc de base, épuré, et donc de qualité. Remettre en avant la création, les recettes, comme en cuisine. Ou dans un (open) bar…

IAM dit souvent que les rappeurs sont des « journalistes du quotidien ». Tu penses quoi de l’actu de ces derniers mois ?
C’est pas terrible, le pire étant la façon dont les choses qui paraissaient graves se sont aujourd’hui banalisées. La pilule passe lentement, surtout dans les têtes. On a moins peur de ce qui semblait inacceptable. Avant les élections, on aurait jamais cru un instant que tout ce qui se passe maintenant était possible. Et les gens n’ont même plus la force d’aller contre, ou même de réagir. On devient résigné…


Propos recueillis par Matteu Maestracci
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Aller plus loin (liens) :

Chronique du disque Open Bar
 

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