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Les femmes s'en mêlent - 

Les femmes s’empoignent (Tourcoing)

Les femmes s’empoignent (Tourcoing) "The Slits, Ebony Bones, Plastiscines, Bunny Rabbit"


Programmation à haut voltage pour l’édition lilloise du festival Les Femmes s’en mêlent cette année, avec Bunny Rabbit, les Plasticines, Ebony Bones et les légendaires Slits. Un peu de grabuge aussi, forcément, dans le contexte.

par Fanny Chiarello | le 01/05/2007

Les femmes s’empoignent </b><i>(Tourcoing) Ce vendredi soir, Les Femmes s’en mêlent mais peu les suivent au Grand Mix de Tourcoing. Au point que le premier concert commence à l’heure et que, du coup, je le rate, trop habituée que je suis aux retards d’une bonne petite heure. Exit donc de cette chronique le set de Bunny Rabbit (photo ci-contre), qui devra se contenter d’y faire de la figuration – avec toutes mes excuses.

Les Plastiscines (photo ci-dessous), deuxième groupe programmé, affichent une bonne volonté et une énergie très louables face à une salle aux deux tiers vide, mais ne recueillent que de mous applaudissements. Les formats courts et nerveux sonnent d’autant plus punk (enfin, punk Bisounours) que l’on sent bien les très jeunes femmes peu suspectes de faire primer la technique sur la conviction. Pas mauvais, le concert est plus dépourvu d’originalité que de vitalité.

Les femmes s’empoignent </b><i>(Tourcoing) Une reprise de These boots are made for walking donne vaguement envie de rentrer chez soi pour s’écouter l’originale de Nancy Sinatra. « Est-ce qu’on sait taper des mains à Tourcoing? » lance la chanteuse. La réponse, je la connais bien pour fréquenter aussi souvent que possible cette salle très recommandable, mais ce soir Tourcoing choisit de répondre par la négative, et la chanteuse baisse les bras : « Apparemment, non », dit-elle. A se demander si les poulettes auront à nouveau envie de s’aventurer hors de la ville qui a fabriqué leur succès. D’après le personnel du Grand Mix, c’est un peu agacées qu’elles sortent de scène : « Ils sont vraiment cons, les gens, ici ». En tout cas, « les gens, ici » rendent bien leur mépris aux Parisiennes. Le moment est venu de vous présenter une pote, appelons-la Meredith ; une punk ethnique, si vous me passez le raccourci (elle en aurait horreur), qui nous est arrivée de la capitale il y a un an à peine. « T’as vu comment elles sont gaulées? » elle s’énerve. « A la Boule Noire, ça passe, mais elles ont rien dans le bide. Moi, j’attends les Slits ». Sur ce, elle esquisse un pas de danse, un gobelet de bière dans chaque main, et s’en renverse un sur le dos dans l’opération. J’attends qu’elle se soit éloignée en titubant, avec un gobelet plein et un vide, pour pleurer de rire.

Les femmes s’empoignent </b><i>(Tourcoing) Dommage que les Plasticines ne se trouvent pas au pied de la scène avec Bunny Rabbit pour constater que les ploucs de Tourcoing peuvent aussi danser, comme ils le font volontiers pendant l’excellent set des timbrés Ebony Bones (photo ci-contre). Les trois femmes sont accoutrées comme des Marie Laveau de carnaval Kilo Shop, des grappes de sifflets et de squelettes en plastique rebondissant sur leurs poitrines tandis qu’elles dansent, soulèvent leurs robes bouffantes ou soufflent dans des cornes de brume ; quant aux musiciens, tous des hommes, ils portent le costume et des masques. Guitare, basse, batterie et trompette jouent un rock à tendance punk évoquant parfois les Contorsions de James White, tandis que la chanteuse embrasse une palette très large allant du punk au hip-hop et que les deux choristes balancent entre soul et R&B. Le spectacle de ces espèces de Temptations déglinguées s’avère le plus réjouissant de la soirée.

Celui que fourniront les Slits sera pour le moins déconcertant. Revenons à Meredith – « Les Slits, ça fait quinze ans que je rêve de les voir, c’est énorme, c’est énorme ». Quand le groupe mythique s’installe sur scène, la salle s’est considérablement remplie. Ari Up et Tessa Politt, les seuls membres historiques du groupe, sont désormais entourées de petites jeunes, rien que des filles. « Ces meufs, me dira Meredith dans la Supercinq du retour, tu ne sais pas ce qu’elles ont fait pour l’Angleterre, c’est énorme, énorme. Et pis t’imagines, toi? S’appeler les Fentes en Angleterre dans les années 70? »

Les femmes s’empoignent </b><i>(Tourcoing) Pour l’instant les Slits attaquent leur premier morceau, Ari Up agite la main pour indiquer que le son ne lui convient pas du tout et qu’elle veut plus de réverb ; je décide d’aller au pied de la scène, assurée que le show se déroule aussi à son pied, où je ne doute pas que Meredith se trouve, et pas rien qu’un peu déchaînée. Pliée en deux, les bras en l’air, elle investit effectivement un périmètre impressionnant de ses grands cercles sautillants. Espérons qu’elle a bien profité de cette unique chanson passée face à son idole : dès la fin, la salle assiste, médusée, à un pugilat entre une post-punk quasi cinquantenaire, sur scène, et une de ses fans bientôt trentenaire un mètre plus bas, coupable d’avoir lancé une phrase un peu trop enthousiaste. « Les gens qui boivent ou qui se droguent, déclare Ari Up, en anglais dans le micro, ils dégagent de là. Sortez-la de cette salle, elle appelle les vigiles, et que je ne la voie plus ». Les vigiles s’exécutent à contrecœur et vident une Meredith révoltée, tandis qu’Ari Up nous promet une énorme fête, qui ne fait là que commencer. Bientôt Bunny Rabbit l’a rejointe sur scène pour se trémousser, puis c’est les deux tiers d’Ebony Bones, sifflets, cornes de brumes, chœurs et trompette, qui vient ajouter son énergie au punk reggae dub des Slits. Ari Up s’énerve, le son ne lui plaît toujours pas ; « Elle nous a fait chier toute la journée avec les balances, nous apprend une responsable de la salle. Jamais vu ça ». Le trompettiste d’Ebony Bones se tortille, souffle trois notes dans le micro, Ari Up se jette sur lui, lui dit un truc plein de mouvements des bras, et il n’approchera plus du micro jusqu’à la fin du concert. Il restera là pourtant, à souffler sans qu’on puisse en profiter : juste parce que c’est la fête. Ari Up l’a dit. « Mon idole de quinze ans, râle Meredith, effondrée sur la banquette arrière de la Supercinq. Quelle conne, elle était en beauté, merde, quelle conne, t’imagines pas ce qu’elle a fait pour le punk, c’est énorme, énorme. »

Crédit photos: Robert Gil

Fanny Chiarello
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Dans ce dossier
Les Femmes s'en mêlent 2007
Dans la chaleur du festival
Interview
Stéphane Amiel, fondateur et programmateur
Bataclan, Paris
Juliette & the Licks, Plastiscines, Rose Kemp
Les femmes s’empoignent (Tourcoing)
The Slits, Ebony Bones, Plastiscines, Bunny Rabbit
Fond d’air électrique (La Cigale, Paris)
Electrelane, Gomm, Tender Forever

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