Les Noctibules "Festival des arts de la rue"
Pendant quatre jours, la féerie et les spectacles de rue ont transformé le cœur de la ville d'Annecy. A l’honneur : l’eau sous toutes ses formes, avec des concerts sur les canaux et du théâtre sur d’étranges structures aquatiques.
Les Noctibules donnent un peu de piment aux nuits annéciennes depuis neuf ans déjà. Et à chaque édition, les programmateurs font le pari de l’originalité. Cette année, ce sont les artistes de la compagnie Ilotopie qui ont mis la ville « eau par-dessus tête », en proposant quinze lieux de loufoquerie sur les voies d’eau d’Annecy. Des machines à eau, îles insolites et animations foutraques ponctuaient ainsi le parcours d’un public émerveillé… ou éberlué. Le temps d’un festival, tout le monde s’est tournée vers l’eau, devenue source de poésie et de liberté l’espace de quelques soirs.
Dommage que certains shows étaient trop métaphoriques pour accrocher vraiment le public. A l’exemple de la « sphère du conteur », au sommet de laquelle un acteur déclamait son texte, malheureusement couvert par le brouhaha de passants un peu trop indifférents… Pas facile il est vrai, de faire travailler ses méninges après la prestation de certains groupes à l’enjouement communicatif.
Place Notre-Dame, vendredi, les trois fées de La Tropa télescopaient mélodies rock, jazz, airs gitans et chanson pop. Leur magie tournoye encore dans les têtes quand une musique s’élevant des flots interpelle le chaland... Les musiciens jouent-ils dans l’eau, entourés de canards ? Pas tout à fait… Sur un tapis flottant, les Musettes Survivors font revivre un repertoire musette bien franchouillard.
Mais pas le temps de s'enraciner. Un autre air porté par le vent nous invite déjà à le suivre, et on ne sait plus vraiment où donner de la tête. Entre les groupes programmés en même temps et les musiciens off, la peur de louper la perle rare se fait pressante.
Heureusement, la perle rare, on l’a trouvée. Juste avant l’île verte. Sur une structure de folie, appelée Le kiosque à pétales. Un radeau métallique planté au milieu de l’eau, en forme de corolle, paré de couleurs vertes et jaunes. Féerique. On se demande juste comment les musiciens y ont amené leur matériel… Après Concert dans l’œuf et Landjack, c’est Masaladosa qui animait le kiosque samedi soir. LE groupe du festival.
Masaladosa, c’est le nom d’un plat indien, dont le groupe a tiré son nom. Et ce n’est pas la seule chose qu’ils ont ramené d’Inde. Leur musique est un métissage d’instruments traditionnels indiens et d’électro rock. Le tout donne un voyage épicé entre orient et occident, une invitation à la transe, une plongée dans l’au-delà des frontières… Un régal. Ce son onirique tourne vite au psychédélique et donne des envies folles… Comme celle de descendre danser dans l’eau autour des cinq musiciens. Dommage que le public, composé surtout de touristes un peu trop sages et statiques coupe vite toute pulsion. Mais peu importe. On retiendra de ce festival la créativité et l’ingéniosité d’artistes dont l’art a transmué les rues en un lieu de magie, pour quelques heures. Si l’éphémère pouvait durer…

Marie Charrel
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