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Les Nuits Atypiques de Langon

Les Nuits Atypiques de Langon "voir le monde autrement"


Les yeux grands ouverts sur le monde, les oreilles branchées sur la sono mondiale : tout va bien, vous êtes à Langon.

par Eglantine Chabasseur

Les Nuits Atypiques de Langon Dans le cœur de la Gironde, enraciné sur les bords de la Garonne, le festival des Nuits Atypiques fait de la planète sa scène. En aller retour permanent entre le local (la région)/ et le global (le monde), le festival surprend, étonne et propose une alternative intelligente à l’artillerie lourde de nombreux festivals. Suite à l’annulation deux années consécutives du groupe Noir désir, dont l’esprit engagé et revendicatif collait bien aux Nuits, le festival a dû repenser sa formule car fragilisé économiquement. 2005, c’est donc plus petit, plus économe, mais pas moins riche. Après avoir accueilli devant des milliers de personnes Manu Chao, Asian Dub Fondation, Manu Dibango, Salif Keita, Yuri Buenaventura, ou …Faudel ( ??) l’équipe des Nuits revoie sa copie et propose cette année un festival moins grand, plus humain et autrement engagé.

Les Nuits Atypiques de Langon Dans les premiers jours, il y a d’abord une programmation « Quel avenir après Tchernobyl », ou une autre « Les réalités de la Françafrique », une présentation de plusieurs films de Toni Gatlif du théâtre, de la parole, du documentaire : bref, de quoi maintenir l’œil du spectateur éveillé sur le monde. Ensuite, de la musique, Macias y Macias, deux frères gascons qui nous baladent simplement à la guitare accoustique et à l’accordéon dans des contrées musicales diverses et variées (Guadeloupe, Réunion, Bretagne…). Ensuite, Tavolo Schmitt et son jazz manouche, en écho au film de Gatlif projeté la veille, préparent l’auditoire à l’arrivée de Taraf de Haidouks. Energiques, ils font claquer plusieurs jeux de cordes. Les Roumains débarquent ensuite, et font valdinguer chaises et retenue initiale. Ca danse, ça saute, ça se déhanche. « Le festival commence à bien prendre » nous glisse un volontaire en servant une bière. Le public est finalement ravi : cette édition est plus petite que les autres années, mais finalement plus conviviale : elle s’annonce bien.
Le lendemain, même son de cloche pour les artistes, pour qui finalement la convivialité dans l’équipe et dans le public prime. Cette année, les concerts se déroulent sur une seule scène, contre deux ou trois les années précédentes. Résultat ? « Une meilleure lisibilité pour le public et surtout plus d’écoute » souligne Nathalie Natiembe. Ici y’a un public de connaisseurs ou de curieux.

Les Nuits Atypiques de Langon L’avantage lorsqu’il y a moins de monde et de têtes d’affiche, c’est qu’il peut se passer des choses plus intimes avec le public. Et puis cela donne davantage la parole aux artistes moins connus, ils sont moins noyés dans le flot ». Patrick Lavaud, fondateur des Nuits souligne en effet, que « même si ce n’est pas le but, les têtes d’affiche sont forcément l’arbre qui cachent la forêt pour les médias d’abord et pour le public. Les artistes moins connus passent en second, de fait. C’est dommage mais c’est comme ça. Cette année, on a pas ce problème : le public écoute la proposition sonore des artistes ». Des propositions souvent consommées durant le week-end avec le brésilien Celso Machado, l’ivoirienne Dobet Gnahoré, la réunionnaise Nathalie Natiembe, le malgache Régis Gizavo ou les Béninois du Gangbé Brass Band.
Sous le signe de la découverte et de l’écoute, les Nuits Atypiques ont rempli leurs objectifs d’entrées, Patrick Lavaud semble plutôt content. Mais il souligne, « l’année prochaine, on changera encore la formule. Il ne faut pas s’endormir. La programmation artistique d’un festival, c’est un peu comme le travail d’un artiste. Si tous les ans, il propose le même disque, au bout d’un moment, on ne l’écoute plus. On veut réinventer les Nuits Atypiques chaque année… ». Rendez vous en 2006 !


Interviews


Patrick Lavaud : « Cette année, il nous a fallu réinventer les Nuits… »

Interview de Patrick Lavaud, fondateur des Nuits Atypiques de Langon, une demi heure avant la clôture du festival. Ravi du fonctionnement de cette édition, il revient avec nous sur ce qui fait la force de cette 14ème édition…


Est ce qu’on peut dire que les Nuits Atypiques 2005 sont atypiques par rapport aux éditions précédentes ?
On peut le dire et en même temps, non car on a gardé le concept des Nuits intact. En fait, on peut dire que cette année était attendue au coin du bois. Suite à différents facteurs, il nous a fallu réinventer le festival cette année. Alors on a fait des travaux de rénovation des lieux, on a rebâti le festival sur une scène (au lieu de trois les autres années ndr), on a choisi un parti pris artistique différent : celui de conserver une certaine densité, mais avec une forme plus légère et d’autres formes d’expressions artistiques. Cela nous renvoie finalement à une époque où les Nuits avaient moins de volume, et on revient finalement à quelque chose de très convivial. Cette édition se laisse approcher plus facilement, il n’y a pas de trop plein. C’est un festival plus économe, mais qu’on peut déguster davantage.

Vendredi, le public avait l’ait en attente, faisait souvent référence à d’autres éditions avec de grosses têtes d’affiche, dès le samedi, il avait l’air sous le charme…
Oui, j’ai eu la même impression. Nous on a construit l’édition 2005 sans référence, on voulait oser une démarche artistique dans la programmation. Cette édition est placé sous le signe de la découverte : la programmation n’est pas grand public mais elle est de qualité. C’était un enjeu artistique fort de se dire : on veut que les Nuits Atypiques soient un lieu où chaque année quelle que soit l’affiche, on puisse être sûr de trouver des musiques de qualité. En rajoutant du théâtre, du cinéma documentaire, de la parole, on a décidé de quitter le champ quantitatif pour asseoir un champ qualitatif fort, conforme avec le concept des Nuits. Ce qui est en gros une articulation de l’artistique, du politique, de la prise de parole et un certain état d’esprit convivial.

En effet, on ressent immédiatement cet état d’esprit que ce soit chez l’équipe, les bénévoles, les artistes ou le public…
Si je peux me permettre une petite métaphore : c’est comme en cuisine, tout est dans la finesse, dans la petite épice qui fait la différence. Le musicien, c’est celui qui nous emporte au delà de la technique. Là, l’accueil, c’est le petit plus qui fait que le festival bascule dans autre chose de l’ordre du généreux, de l’humanité. Enracinés dans notre pays, dans nos familles et dans nos mémoires, mais ouverts à écouter les propositions, les convictions et l’originalité des autres et notamment des artistes. C’est un peu ça, les Nuits Atypiques. Il s’agit d’une communauté de valeurs, à travers la musique, la parole, les échanges, on cultive et on réinvente un autre monde.

Propos recueillis par Eglantine Chabasseur.



Cinq minutes au bar avec Nathalie Natiembe.
Artiste pluri influences réunionaise, Nathalie Natiembe chante des « musiques légères qui parlent de choses lourdes » sur des airs ouverts sur l’océan Indien et ses multiples sonorités…


Quel est votre meilleur souvenir de festival ?
En 2003, aux Nuits Atypiques, il y avait deux vieilles femmes cubaines je crois, je me rappelle plus leur nom. Dans l’avion, pour venir, je vois le clip : elles sont assises à une table avec une bouteille et elles boivent en chantant. J’arrive à Langon, et hop sur la scène je vois ces deux femmes à table avec leur bouteille, qui chantaient en buvant. C’était un moment magique. J’ai une vraie fascination sur les anciens qui chantent comme Tito Puente ou Cesaria Evora, les vieux qui nous laissent un héritage musical.
Et puis en tant qu’artiste, c’est sans aucun doute ma première performance à capella au Théâtre Molière de Bordeaux. Pour moi c’était une première (c’est maintenant une performance qu’elle a reproduit à plusieurs reprises ndr), pour le public aussi. A la fin, j’ai lâché le micro, j’ai fait la dernière chanson sans micro. C’était un moment quasi religieux, un moment précieux. J’adore ce face à face avec le public, quand les émotions passent.

Quel est votre pire souvenir de festival ?
Ah, je sais, j’en ai un beau !! En 2001, j’ai été sélectionnée pour représenter la Réunion au Printemps de Bourges.C’était dans un pub, pour un cocktail où tout était gratuit. Le public était venu pour boire et manger, les gens discutaient entre eux. Je ne m’entendais pas moi même, c’était horrible. A un moment j’ai arrêté et j’ai dit : « soit vous écoutez, soit on arrête ». On m’a conseillé de faire une pause : ça grignotait toujours. Pour la deuxième partie, j’ai repris, mais les plateaux étaient vides : du coup plus de public !!

Cinq Minutes au bar avec l’Acousteel band : Steel band bordelais, l’Acousteel a rôdé aux Nuits Atypiques son nouveau spectacle drôle et péchu « l’Acousteel fait son intéressant ».

Quel est votre meilleur souvenir de festival ?
(Chacun y va de sa petite anecdote, marrant mais long à retranscrire, ils sont un steel band, donc nombreux !!) Un souvenir commun : La sarabande des Bouchots à Rouillac, à côté de Cognac. C’est une déambulation nocturne dans une forêt les publics suivent en tracteur, et à chaque escale, y’a de la musique. Nous on était passés à 5 heures du matin, en plein champs, ambiance café cognac croissant, c’était assez bon. Et puis sinon, le Paléo festival 2002, en quelques jours, tu peux rattrapper ton retard de concert des dix dernières années, c’est assez incroyable. Et puis bien sûr les Nuits Atypiques, c’est pas pour faire de la lèche, on vient depuis huit ans, d’abvord comme bénévoles, puis comme artistes…

Le pire ?
En chœur : Le carnaval de Nice !! C’est un festival connu, réputé internationalement même, mais c’est le règne du fric : tout est payant !! Nous on avait fait une déambulation dans la rue et la pauvre musique de variét’ qui passait dans les hauts parleurs n’avaient pas été coupée !! Horrible ! Et en plus fallait faire plusieurs fois une parade parce que les gens avaient payée (pour une parade de rue !!!)

Eglantine Chabasseur
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