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Les Nuits de l‘Alligator, 21-27 fevrier |
Les Nuits de l‘Alligator, 21-27 fevrier "Alligator blues explosion"
Toute la musique qu’ils aiment, elle vient de là, elle vient du blues. La Maroquinerie organisait fin février les premières Nuits de l’Alligator. Un festival tellement sélect que même Johnny n’était pas invité.
Ca se passe juste devant l’entrée de la Maroquinerie. Vous traînez en regardant passer les filles quand Oklahoma Gérard manque de vous renverser en garant sa Harley. Il descend de son engin et ses santiags font clac clac sur le pavé. Il porte la moustache et un pantalon moule-burnes et vous vous demandez si la soirée va être longue, mais tout rentre dans l’ordre une fois les escaliers et trois demis descendus et vous continuez de regarder les filles en pensant à des jours meilleurs. Vous décidez de gagner la salle de concert proprement dite, toujours histoire de regarder les filles, quand une femme d’une quarantaine d’année vous aborde. Vous coupez court. En sortant des toilettes, il y a toujours des filles et c’est à ce moment que le premier concert du premier festival des Nuits de l’Alligator débute.
Ca commence mollement avec Dick Annegarn. Un Suisse coulant qui cause beaucoup entre les morceaux pour dire des trucs à peu près aussi subversifs que « Bush est un con ». Il chante parfois comme John Lee Hooker et ça n’est pas sa plus mauvaise idée, vous pensez. Puis c’est au tour des Baptist General. Et vous trouvez attachant ce chanteur gros et moche qui miaule d’une voix douce et cause de cette fille qui le « prenait pour un roi » ou quelque chose dans ce goût-là. Il parle de VOUS, ça ne fait aucun doute. Le clou de la soirée, c’est quand même Louisiana Red (photo ci-dessus), qui ne vient pas de Louisiane, mais ça ne vous pose aucun problème. Louisiana Red constitue à l’évidence la preuve que les aveugles ne sont pas moins superficiels que les voyants. Il se confond en mimiques, bouches en cul de poule, minauderies d’adolescentes. Il est juste merveilleux et commence le concert tout seul, accompagné de sa simple guitare Fender, modèle Stratocaster. Louisiana fait taire tout le monde. Il parle d’autorité. Se permet de chuchoter. Il joue avec plein de silence au milieu et vous trouvez ça passionnant et vous vous demandez à quand remonte le dernier concert où vous avez pu écouter un type mettre autant de suspense, de doutes et de tâtonnements dans sa musique. Les aveugles sont lumineux, vous osez, pensant à Roland Kirk. Par chance, personne n’est là pour vous entendre.
Deux jours plus tard, c’est rebelote, et la soirée débute hyper mal avec un concert totalement navrant de Mathias Malzieu, le leader de Dyonisos, et du dessinateur Joann Sfar. A un moment, Mathias Malzieu vous demande d’applaudir le tout premier solo d’harmonica de Joann Sfar, mais vous ne lui obéissez pas. Les autres spectateurs, si. Par chance, les Black Diamond Heavies montent sur scène. Orgue, batterie, chant, guitariste absent. Batteur incroyable, puissant et souple, avec un feeling de jazzman. Derrière les claviers le type à la silhouette de camionneur famélique chante comme un vrai dur. Tous les deux font monter la sauce et vous vous calmez tout doucement. Fin du set. Rappel impeccable. Arrivée de Scott H . Biram. Seul. Guitare, harmonica, chant. L’homme-orchestre assure le show, aligne des chansons sorties de nulle part, braille. Des spectateurs lui ramènent sur scène de quoi picoler. Bière et whisky. C’est parfait, vous pensez. Pour finir, Kenny Brown, le fils spirituel de RL Burnside, dixit RL Burnside lui-même, déboule sur scène. Pantalon en cuir, chemise de cow-boy. La même dégaine qu’Oklahoma Gérard. Et si c’était Oklahoma Gérard ? Il branche sa guitare. Ca fait des larsens de partout et il pousse la disto encore un peu. Et ça débute. C’est bien. Il envoie les chansons. C’est pas aussi barré que Scott H. Biram, mais il déroule tout seul comme un grand jusqu’à la fin du concert.
Vendredi, dernière nuit de l’Alligator à Paris, ça se passe au même endroit. Cette fois, c’est sans Oklahoma Gérard. Power Solo (photo ci-dessus) et Langhorn Slim ouvrent la soirée. Slim le New-Yorkais vient juste de débarquer en Europe, avec un pote pour l'accompagner sur scène. Les deux sont heureux comme des gamins, excités par une petite dizaine de dates à venir aux Pays-Bas et en Angleterre. Démarrer à Paris, c'est pas mal. Même si l'évocation d'Amsterdam illumine leurs yeux. Pas trop le temps de boire des coups: Paulo Furtado, alias The Legendary Tiger Man (photo ci-contre) a mis les watts dans la salle. Au milieu d'un charleston et d'une boîte à rythme, le Portugais démarre doucement derrière ses grosses lunettes fumées et sa chouette grosse guitare qui ne se prive pas d'envoyer quand c'est le moment. Seul, sans ses Wraygunn, le Legendary Tiger Man se la joue faussement brut de décoffrage. Il vous fait comprendre qu'il se trompe de morceau, que ce n'est pas grave. D’ailleurs, ce n’est pas grave. Ce qu'on voit, ce qu'on entend, c'est un type qui joue visiblement avec beaucoup de plaisir un blues-rock énervé et direct, parfois un brin saignant. Avec sa dégaine de latin lover défroqué, le Tiger Man vous emmène où il veut sans jamais vous emmerder. C’est un luxe que vous êtes prêt à payer.
Derrière, les White Hassle peinent à relancer la soirée. Visiblement crevés (ils achèvent une longue tournée européenne), les trois New-Yorkais parviennent tout de même à faire swinguer leur rock aux accents bien plus rythm'n'blues qu'indie-rock. Vous restez sur votre faim. Ca joue, mais ça ne sonne pas. Trois soirs plus tard, et toujours à la Maroquinerie, les White Hassle délivrent une prestation bien plus à la hauteur de leur talent, à l’occasion de la soirée anniversaire du label Fargo. On ne peut pas toujours avoir la peau de l’Alligator.
Photos: Louisiana Red par Alain Chassaing, Power Solo et Legendary Tiger Man par Jacques Hivelin. Droits exclusifs. Un grand merci à eux.
Julien Cottineau et Etienne Lorettu

Etienne Lorettu
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Les Nuits de l'Alligator
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