CD/Disque
Lionel Loueke "Virgin Forest"
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   C’est l’un des albums les plus intéressants de l’année. A la première écoute, on tend l’oreille et s’interroge : mais qui peut bien manier avec une telle fluidité les rythmes traditionnels ouest africains et la rythmique jazz ? Lionel Loueke, guitariste, chanteur et compositeur béninois affirme dans Virgin Forest, sa capacité à relier Afriques et Amériques...
Lionel Loueke, jeune virtuose de la guitare, de la compostion et du chant, vient du Bénin, a fait ses études à Paris, Boston puis Los Angeles et fait ses classes de jazz à New York. A lui seul ce parcours peut résumer sa musique, entre inspiration traditionnelle, phrasé jazz impeccable, groove aérien et belles audaces rythmiques.
Enfant, Lionel Loueke a baigné dans les rythmes métisses béninois. Au carrefour entre l’Afrique de l’Ouest et le géant nigérian, le Bénin possède en effet un terreau musical unique dans la sous région, dû en grande partie à son histoire. Le Dahomey et notamment Ouidah, fut au temps de la Traite l’un des lieux de départ majeur des esclaves vers les Etats-Unis. Identifié ainsi comme le point de départ de nombreux esclaves des pays du Golfe de Guinée, le Bénin a été duè coup, l’un des lieux de retour majeur des esclaves affranchis, qu’ils soient des Etats-Unis, du Brésil ou d’Haiti. Les rythmes vaudou pimentés de percussions brésiliennes tels que lebourian ou le tchinkoumé du sud Bénin, dans lesquels a grandi Lionel Loueke racontent déjà cet aller-retour culturel entre Amériques et Afriques. Le jeune guitariste reçoit cet héritage avec subtilité, et écoute aussi Féla, Wes Montgomery ou George Benson...Puis en 1990, il part pour Abidjan, véritable laboratoire des musiques d’Afrique de l’Ouest dans les années 80/90. Ensuite, sur la route des Etats-Unis, il fait une halte à Paris à l’Americain School of Modern Music. Quatre ans plus tard et des diplômes plein les poches, il s’envole pour Boston et la prestigieuse Berklee, avant d’intégrer le Thelonious Monk Institute of Jazz, à Los Angeles...Une fois ses études terminées, Lionel Loueke passe à une pratique assidue de sa musique, dans tous les clubs jazzs les plus prestigieux de New York. Et ce parcours sans faute lui vaut l’admiration de grands noms du jazz. Herbie Hancok, par exemple, loue son « humanité » et sa « créativité », de son côté Terence Blanchard insiste sur « sa voix innovante ».
Pour ce troisième album Virgin Forest, ce qui séduit, au delà du timbre de voix, c’est la capacité de Lionel Loueke à réconcilier l’histoire du peuple Noir à travers un jazz qui serait revenu à ses racines africaines, aurait vu du pays, et regardé le monde avec une belle sérénité, en lorgnant du côté des clubs de jazz de New York, des cérémonies vaudoues du sud Bénin, ou de la forêt vierge, du Congo, du Cameroun ou d’ailleurs...
Eglantine Chabasseur
Obliqsound/ Abeille Musique
Sortie le 26 octobre 2006
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