Louis
"Voyage au bout de la nuit"
Il est passé du punk au glam-rock avant d’abandonner les pantalons moulants et de se lancer en solo. Après un premier album piano voix, «D’apparence en apparence», Louis revient avec «La nuit m’attend», un disque qui sent bon les divans de velours, les talons-aiguille et la moiteur des boîtes de nuit. Histoire d’en savoir un peu plus sur ce drôle d’oiseau de nuit, MusiQualité est allé le rencontrer près de son nid, dans un café parisien des Abbesses.
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propos recueillis par Aena Léo | le 22/08/2006 |
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Louis
: « L’atmosphère de la nuit m’a inspiré cet album. »
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Tu es passé par de nombreux genres, très différents. Au départ, qu’est ce qui t’a décidé à te lancer dans la musique ?
J’ai commencé tôt à jouer avec quelques potes. On était fans des Doors, de Bowie. A l’époque, on répétait surtout pour le délire, ce n’était pas sérieux. Puis on a acheté une batterie, une basse, je me suis mis au chant : ça commençait à ressembler à quelque chose.
J’ai également formé plusieurs groupes de rock, punk, et enfin de « glam rock », avec Ika. On se fringuait avec des T-shirts moulant et on jouait dans des boîtes comme le Queen. C’était il a dix ans : on nageait en plein vague du grunge : tout le monde s’affichait en T-shirt troué. On a voulu prendre le contre-pied de cette mode. Alors on a fait l’inverse !
Qu’est-ce qui t’a décidé à te lancer en solo ?
C’est une rencontre. Avec Dorian Chaillou, qui était le producteur d’Ika. Avec ce groupe, je venais de jouer 300 concerts. Les sets fonctionnaient bien mais on arrivait en bout de course. Tout le monde avait envie de faire autre chose. Alors, j’ai commencé à écrire des chansons plus personnelles au piano-voix, inspirées de ma vie, de l’adolescence. Tout ce qui n’est pas possible d’écrire avec un groupe. J’avais besoin de me vider. J’ai également changé ma façon de chanter. Avec Ika, je hurlais pour couvrir les guitares. J’ai beaucoup travaillé avec un dictaphone pour rendre ma voix plus douce, plus accessible.
Ce passage en solo, c’est la maturité après ton adolescence glam rock, ou c’est juste une nouvelle étape dans ta carrière ?
C’est une nouvelle étape. En écoutant Léonard Cohen, j’ai compris que les mots n’ont pas besoin de la voix pour sonner. Il faut avant tout les tirer de ses tripes. Dans ce cas, une voix, même si elle n’est pas parfaite, suffit à donner une émotion, à marquer.
Qu’est ce qui a changé entre ton premier et ton deuxième album ?
Essentiellement moi ! Sur La nuit m’attend, il y a plus d’humour et de dérision. De déraison même. J’ai plus de recul sur la vie. Le premier parle de mort, d’amour, de solitude. Il y a un grand mal de vivre. Tout cela est moins présent sur le deuxième.
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Louis
: « En écoutant Léonard Cohen (ci-contre), j’ai compris que les mots n’ont pas besoin de la voix pour sonner. »
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Quel état d’esprit voulais-tu donner à La nuit m’attend ?
Mon but était de faire voyager ceux qui l’écoute. C’est un voyage nocturne.
On retrouve beaucoup de glam sur tes titres. Tu y joues les dandys parisiens. Un retour aux habitudes de ton ancien groupe Ika ?
C’est vrai, j’enfile à nouveau mon costume de personnage glam. Mais je le joue avec beaucoup moins de caricature qu’au temps d’Ika ! C’est une facette de ma personnalité qui est ressortie pendant l’écriture, car je sortais beaucoup à ce moment-là. L’atmosphère de la nuit m’a inspiré cet album.
C’est-à-dire ?
Je voulais donner une direction plus pop à ce nouveau disque. J’avais déjà une quarantaine de chansons en stock, assez proches du premier album. Mais ça ne collait pas. Je voulais écrire autre chose. Le déclic m’est venu un soir, en rentrant de boîte de nuit. J’avais bu et j’ai commencé à écrire. Dans cet état second, les paroles sont venues. J’ai profité de ce laisser-aller pour libérer mon écriture, faire quelque chose de différent. J’ai retrouvé le plaisir d’écrire, alors que les quatre mois précédents, c’était devenu presque une contrainte. Je n’étais pas en condition ! En boîte, je m’imprégnais de l’atmosphère, de la moiteur, je repérais une fille. Puis, rentré, je traduisais tout ça ensuite en mélodies et en paroles.
Et les quarante chansons que tu avais écrites auparavant ?
Je les ai encore ! Seulement deux ont fini sur l’album.
Tu as donc déjà trois fois la matière pour un prochain disque !
Oui et non. Car là encore, j’aimerais que mon troisième album soit très différent. Un disque est un état des lieux, il reflète ce qu’on est à un moment précis. C’est une photographie d’un bout de vie.
A quel rythme écris-tu ?
Ça dépend. Je ponds parfois trois chansons pas semaine, parfois plus, ou moins. L’inspiration me prend souvent sans prévenir, n’importe où, alors j’ai toujours une feuille de papier sous la main. Au cas où. De cette façon, je me constitue une petite banque de données de mélodies.
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Louis
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« Cet album respire le divan de velours, le bas de soie et le talon aiguille. »
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On croise beaucoup de filles dans ton album. Toutes sont issues de souvenirs de boîtes ?
Certaines oui. D’autres sont inspirées de films qui m’ont marqué. Dans le premier album, il y a une chanson sur Romi Schneider. Dans tous les cas, la même ambiance flotte sur les titres : ils respirent le divan de velours, le bas de soie et le talon aiguille. Je prends des filles pour personnaliser des émotions. J’en fais des héroïnes. C’est une façon d’illustrer. Pour moi comme pour l’auditeur, c’est plus léger qu’un morceau chanté à la première personne.
Qu’écoutes-tu en ce moment ?
Beaucoup d’éléctro, de groupes US, mais très peu de chanson française.
Dans ce qu’on écrit sur toi dans la presse, les mêmes références reviennent toujours : Gainsbourg, Cohen… Tu te sens flatté ?
Oui, mais c’est trop ! Gainsbourg à écrit plus de 150 chansons, je n’en suis pas là. La comparaison est un peu rapide.
L’actrice Virginie Ledoyen chante en duo avec toi sur le titre Opium. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Je bossais sur Opium. Je voulais lui donner une ambiance très cinéma, et nous avons pensé à elle : sa voix grave est super sexy, ça collait bien à l’esprit de la chanson. Je l’avais entendu dans la comédie musicale Huit femmes de François Ozon et j’ai craqué. Une de mes relations la connaissait: nous lui avons envoyé la maquette et elle a accroché. Elle apporte une touche tout simplement terrible à Opium. Sur ce titre, un homme et une femme parlent de solitude, de besoin d’évasion. Le fait qu’ils soient ensemble, mais seuls, donne une profondeur supplémentaire à la chanson.
Virginie Ledoyen chante sur scène avec toi ?
En ce moment non, elle beaucoup de projets de son côté. Mais j’espère qu’elle pourra me rejoindre certains soirs. Ce sera peut-être le cas en octobre, où j’entamerai une tournée dans toute la France. Adapter l’album – où jouent une cinquantaine de musiciens- pour la scène m’a d’ailleurs valu quelques sueurs froides. Pour s’en sortir, on a samplé pas mal de sons que l’on passe en concert. Résultat : le show est un mélange de samples et d’instruments, il y a un DJ, une guitare, un clavier… Ce mélange donne une touche high tech aux morceaux, j’aime beaucoup.
Pour toi, la musique c’est une évasion ou un exutoire ?
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Louis
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« Je suis passionné de physique quantique. Ces théories expliquent que le monde est fonction du regard qu'on pose dessus. »
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Les deux. Il y a un côté jouissif à écrire ses émotions. Mais je me bas pour que ça ne devienne pas pesant : c’est le risque. La musique reste ludique, pour moi comme pour les auditeurs.
Pour conclure, MusiQualité.net va te soumettre à un petit questionnaire pour mieux te connaître, piqué à l’Actor Studio de New-York, qui l’a lui-même emprunté à Bernard Pivot…
… Quel métier aurais-tu exercé si tu n’avais pas été musicien ?
J’aurais aimé faire de la physique quantique. Ces théories sont fascinantes. Dans les grandes lignes, elles expliquent que le monde est fonction du regard qu’on pose dessus. Quelque part, on est donc le créateur de tout ce qui nous entoure. Un jour, un ami m’a prêté un livre, l’Univers élégant. C’était bien après mes études. Il explique les bases de cette matière. Pour moi, ce fut une révélation.
A l’inverse, quel métier tu ne pourrais pas faire ?
Commercial. Je suis un raté pour la vente !
Quel est ton mot ou ton expression préférée ?
En ce moment, c’est ziguigui. En musique, le ziguigui, c’est l’onde sonore qui, à partir du clavier, vient troubler les autres sons. Il met un peu le désordre et j’adore ça. Alors mes musiciens me surnomment ziguigui. Le désordre, le chaos et les imperfections, c’est la vie.
Le mot ou l’expression que tu détestes ?
Pas mal. Pour moi, ça veut dire médiocre.
La personne que tu admires le plus, où que tu aimerais être dans une autre vie ?
Rimbaud. D’ailleurs, je reprends l’un de ces textes dans mon album. Ses mots attaquent plus le corps et les sens que l’intellect. Sa poésie se ressent plus qu’elle se comprend. C’est ce que j’essaie de faire aussi, à mon échelle.
Le livre qui t’a le plus influencé ?
Voyage au bout de la nuit de Céline. Car il se montre tel qu’il est, c’est très courageux. C’est une lutte contre la vanité et les faux-semblants. Peu de nous en sont capables.
Si, après ta mort, tu arrives aux portes du Paradis et que Dieu existe et t’y attend, que lui dirais-tu ?
Je lui dirais d’abord : belle aventure. Puis je lui demanderais : pourquoi tout ça ? Je pense qu’il devait s’embêter, tout seul. Alors il s’est lancé dans la création du monde. Pour s’occuper.
La nuit m’attend, sortie en 2006 chez Sony-BMG. 
Propos recueillis par Aena Léo
Aller plus loin (liens) :
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