Luc Barruet, fondateur de Solidarité Sida
"FFF s'est reformé pour Solidays"
Luc Barruet, directeur-fondateur de Solidarité Sida, a ouvert le festival avec quelques mots sur cette neuvième édition. Moins d’artistes francophones, plus de groupes internationaux, toujours autant de forums et tables rondes sur le sida… Si la programmation est aussi alléchante que celle des années précédentes, Luc Barruet se montre en revanche inquiet face aux finances du festival. Le bilan s’annonce moins bon que celui de l’édition 2006. Autant d’actions contre le Sida privées de financement.
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propos recueillis par Aena Léo | le 06/07/2007 |
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Luc Barruet, fondateur de Solidarité Sida
: « Quinze jours avant l’ouverture, nous avons eu une grosse frayeur : la billetterie était très en retard, avec un remplissage en manque de 45% ! Pour un festival comme Solidays, pas cher et lié à une cause, c’est très inquiétant. »
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Aena Léo |
Quels sont les objectifs de cette édition ?
D’abord, récolter des fonds qui aideront à financer la lutte contre le sida bien sûr. Nous voulons aussi saluer le travail des militants. Des associations du Bénin, du Togo, etc, seront présentes sur les forums : ils sont tellement contents d’être ici ! C’est l’occasion de soutenir leur travail là-bas.
Nous espérons également alerter le plus de monde possible sur le sujet. Avec un nouveau gouvernement, quelques institutionnels devraient venir se montrer, même si pour l’instant ils ne se précipitent pas. On attend Roselyne Bachelot, la nouvelle ministre qui cumule la santé et la culture.
Que pensez-vous de la couverture de Solidays par les médias ?
Ils sont présents. Quinze jours avant l’ouverture, nous avons eu une grosse frayeur : la billetterie était très en retard, avec un remplissage en manque de 45% ! Pour un festival comme Solidays, pas cher et lié à une cause, c’est très inquiétant. Ça n’augure rien de bon pour la culture dans les années à venir. Alors nous avons alerté tous les médias, envoyé des dizaines de mails… Tous se sont mobilisés et on a redressé la barre.
Les Solidays auront dix ans l’année prochaine. Avez-vous déjà prévu quelque chose de spécial ?
Nous avons des idées. Mais nous attendons d’abord le bilan de la neuvième édition, qui s’annonce moins bon qu’espéré. Au final, nous aurons probablement quelques centaines de milliers d’euros de moins que l’année dernière. Ce sont autant de projets en moins financés. Nous devons également renégocier notre contrat avec la régie Ile-de-France. Bref, il y a beaucoup de choses à régler avant de déterminer à quoi ressemblera le dixième anniversaire. La bonne nouvelle, c’est que beaucoup d’artistes se sont déjà manifestés pour y participer.
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Luc Barruet, fondateur de Solidarité Sida
: « Nous ne communiquons jamais les horaires de passage avant le début du festival. On nous le reproche parfois. Mais nous voulons qu’un maximum de monde vienne tôt pour profiter des animations et mobilisations autour du sida. »
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Comment choisissez-vous les artistes programmés ?
Nous regardons ceux qui sont sur la route, ceux qui sont faciles à convaincre et ceux qui nous ramènerons le plus de monde. Ce n’est pas toujours facile avec les promoteurs : pour eux, Solidays ramène moins d’argent que les autres festivals. Certains se font un peu tirer les oreilles quand ils acceptent. Du coup, on contacte certains artistes directement, même si on n’est pas censés le faire !
Cette année, il y avait beaucoup moins d’artistes francophones disponibles. L’année dernière, nous avons eu Dionysos, Cali, les Têtes Raides, Louise Attaque, Olivia Ruiz… Cette année, pour compenser, nous avons sollicité beaucoup plus de groupes internationaux. C’est moins facile : ils ont aussi des causes à défendre dans leur pays à eux. On a tout de même convaincu Lauryn Hill, Lili Allen, Sean Lennon…
Et puis il y a nos coups de cœur : Tokyo Ska Paradise Orchestra, des japonais complètement barrés mais géniaux, Les Motivés et FFF. Ces derniers se sont reformés spécialement pour nous, c’est énorme ! Diam’s, déjà présente en 2006, sera là aussi. Sa tournée est finie depuis plusieurs mois et elle n’acceptait plus de date. Mais Solidays est important à ses yeux. Ado, elle passait devant les affiches du festival en rêvant d’y participer un jour. Alors elle a accepté tout de suite !
Comment déterminez-vous l’ordre de passage ?
On s’arrange pour programmer les groupes festifs en début d’après-midi. Leur public est plutôt jeune, et nous voulons que les jeunes viennent le plus tôt possible ! C’est pour la même raison que nous ne communiquons jamais les horaires de passage avant le début du festival. On nous le reproche parfois. Mais nous voulons qu’un maximum de monde vienne tôt pour profiter des animations et mobilisations autour du sida. Et ça marche !
L’association Solidarité Sida a-t-elle de nouvelles idées pour maintenir la mobilisation autour de la cause ?
Avec La Nuit du Zapping et Solidays, on a frappé fort. C’est dur de se renouveler ! Nous planchons sur un projet d’émission télévisée. Elle n’aura rien à voir avec le Téléthon, je peux déjà vous le dire… Mais l’idée est aussi de poursuivre l’aventure Solidays. Je pense que la baisse de forme du festival cette année est conjoncturelle. Mais elle ne touche pas uniquement Solidays. La question est plus inquiétante pour les autres festivals et salles de concert. La musique se consomme différemment aujourd’hui. 25 euros pour une petite salle comme la Maroquinerie, c’est beaucoup trop ! Les gens sont de moins en moins prêts à payer pour ça. Le problème, c’est que dans la plupart des festivals, la billetterie joue un rôle déterminant dans l’équilibre financier et les recettes. A l’inverse, 80% du budget de Solidays est assuré en amont. Notre survie n’est donc pas du tout menacée. La question est plutôt : combien de temps encore pourront nous proposer des prix aussi bas, pour une programmation et des services de cette qualité ?
Comment les groupes contribuent-ils au festival ?
Chacun selon leur moyen, tous différemment. Aucun groupe ne nous coûte vraiment zéro euro. C’est normal : ils doivent aussi payer leurs techniciens, etc.
Y aura-t-il de nouveau une parade cette année ?
Non. Nous l’avons montée l’année dernière comme un acte politique. Mais cela coûte de l’argent et du temps. Nous ne l’avons donc pas renouvelée. On ne gagne pas toujours assez d’argent pour pouvoir être plus militant sur le plan politique.
Retrouvez dans les heures qui viennent d’autres interviews d’artistes présents à Solidays et des comptes-rendus.
Photo : Aena Léo

Propos recueillis par Aena Léo
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