CD/Disque
Maestro "Un film de Josell Ramos"
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    Clubs, djs, house-music : un documentaire exceptionnel sur les pionniers de la dance-music des années 70.
Voilà un film que l’on attendait depuis longtemps. Annoncé, puis reporté, Maestro, documentaire consacré à la naissance de la club-culture à New-York, sort enfin en version française avec près d’un an de retard. Pour tous les fans de house ou de disco underground, c’est un petit événement. Pour la première fois, en effet, un réalisateur – Josell Ramos – s’est replongé dans l’ambiance des années 70-80. Dj’s, clubbers, producteurs, musiciens : il a rencontré et fait parler tous ces pionniers de la dance-music.
Tout commence au milieu des années 70 autours de deux clubs fondateurs de Manhattan: le Paradise Garage et le Loft. Installé dans un ancien parking de King Street, le premier est le royaume du légendaire Larry Levan. Le second est un lieu beaucoup plus intimiste. Ultra-privé, appartenant à David Mancuso, on n’y accède que sur carte de membre. Pourtant, aucune discrimination dans ces lieux. Leur point commun ? On n’y vient pas pour s’y montrer, mais par amour de la musique. Pour la première fois, le dj y est mis en avant. Riches ou pauvres, gay ou hétéro, blanc ou noir : on s’y mélange, on y fait même crédit aux plus fauchés. A l’époque, dans le monde très policé des boites de nuit, c’est une révolution. Côté musique, on y joue un mélange inédit de disco, de funk, de soul et d’électro, ce qui sera bientôt appelé house music. Ce qui est nouveau, surtout, c’est que derrière leurs platines, les djs ne se contentent plus d’enchainer les morceaux… mais les mélangent entre-eux. Et cela, grâce à l’invention du 12 inch, le 33 tours, qui permet de graver sur le vinyle des morceaux plus longs.
Au total, il a fallu quatre ans de travail à Josell Ramos pour recoller les morceaux de ces années fondatrices. Devant la caméra, Franckie Knuckles, Little Louie Vega , Tony Humphries, Danny Tenaglia ou François K racontent l’influence que Larry Levan ou David Mancuso ont eu sur leur carrière. Mais le plus touchant est surtout d’avoir fait témoigner des anonymes. Vingt ans après, certains ont encore des étoiles dans les yeux en évoquant cette période qui a changé leur vie. Comme ce jeune homme, chassé de chez lui par son père, à la rue et qui, pendant des mois, a trouvé refuge au Paradise Garage, « une deuxième maison ou chacun se retrouvait à égalité ».
Quête du plaisir, de la liberté, attitude militante par rapport à la vie, la fête : ces années ont ainsi une dimension sociale évidente. Parfois joyeuse, quand la transe s’empare de 2000 danseurs sur la piste de danse. Parfois beaucoup plus triste, quand les amis disparaissent les uns après les autres, à cause du Sida ou de la drogue, comme Larry Levan lui-même, décédé en 1992, cinq ans après la fermeture du Paradise Garage.
En 2006, cette histoire, illustrée par des images d’époques parfois inédites, reste en tout cas profondément touchante. Loin du documentaire ennuyeux, on vibre sur les morceaux de Ten City ou de Marshall Jefferson. En se disant parfois qu’on aurait bien aimé vivre, même juste un soir, ces années mythiques.
Olivier Sibille
Arturtion/Uwe (septembre 2006)
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