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CD/Disque
Mardi Gras BB"The exile itch"
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Mardi Gras BB dans la rubrique pop/rock, ce n’est pas très pertinent, vous direz-vous peut-être. Mais le serait-ce plus, à ce stade de leur discographie, dans la rubrique jazz? La synthèse longtemps opérée par le groupe des musiques noires qu’il aime tant s’est encore compliquée de pop et de quelques autres éléments qui rendent assez difficile la catégorisation de sa musique, et finalement, tant mieux…
Longtemps j’ai classé mes disques par genre puis, à l’intérieur de chaque catégorie, par ordre alphabétique. Récemment j’ai décidé de m’en tenir à un simple classement alphabétique ; Leonard Cohen et Steve Coleman sont devenus voisins, ils s’entendent plutôt bien. C’est une époque musicalement excitante, qui voit les barrières des genres exploser par endroits, ailleurs s’éroder tout doucement, et je suis contente de recevoir tant de disques qui n’entrent pas dans feues mes catégories au cordeau. Je pense à ça en écoutant The exile itch, le septième album de Mardi Gras BB ; je me dis que si j’avais conservé mon ancien classement, j’aurais dû réfléchir très longuement à la catégorie la plus appropriée pour lui, au risque de changer d’avis à chaque titre, voire de séparer ce petit dernier de ses grands frères. Je n’en possède pourtant que deux, de ces grands frères : Alligator soup, le tout premier, sorti en 1999, et le célèbre troisième album, Zen rodeo, sorti en 2001. Je pensais à vrai dire que deux albums suffisaient et j’ai négligé de suivre la carrière des Allemands. Pendant ce temps, le groupe à géométrie variable mené par le « docteur » Wenz et le « révérend » Krug multipliait les formules, jusqu’à épouser la forme du trio en 2005 avec Introducing the magnificient three. Il revient ici à une formation plus riche, avec pas moins de dix compagnons de jeu, aux cuivres, platines, basse, batterie et percussions.
Il n’est plus possible aujourd’hui de considérer Mardi Gras BB comme une simple (mais efficace) fanfare dans la tradition de la Nouvelle-Orléans, considérée comme un phénomène parce que sous le sousaphone souffle un teuton. D’ailleurs, existe-t-il encore une chose telle qu’une fanfare traditionnelle? Des interpolations pop et des MC tant prisés par le Youngblood Brass Band aux marches funèbres du Dirty Dozen Brass Band, la fanfare ne cesse de se renouveler depuis un certain nombre d’années. C’est encore plus frappant chez nos Allemands, qui ont appris, au fil des disques et des tournées, que l’on dit particulièrement épicées, à faire de tous ces cuivres bien plus qu’un élément de décoration. D’ailleurs il paraît que le BB de leur nom ne signifie plus désormais Brass Band mais Bold Bold. Ce qui ne traduit aucunement une disparition de l’aspect Brass de l’affaire. Simplement, le groupe a quitté les purs sentiers du jazz et du funk pour s’ouvrir au rock, au blues. On arrive parfois à la même alchimie de pop et de cuivres que l’on trouve chez Calexico , bien que ces derniers sentent plus le Mexique que la Nouvelle-Orléans.
Si la première partie de The exile itch ne surprend pas vraiment, dès le cinquième titre (My soul) on peut penser à autre chose qu’à danser, et c’est quand même bien d’avoir les deux à portée d’oreille. Le terrible Who sent the rain, déjà présent sur Zen rodeo, évoque un Tom Waits en fin de soirée, fatigué, une fanfare coincée sous ses essuie-glaces (pas bien de prendre le volant dans ton état, Tom), tandis que My heart flies back to you met les deux pieds dans le blues et que l’on croit presque entendre Curtis Mayfield sur Hungry like the sun. Sans être révolutionnaire, ce disque sera un bonbon pour les amoureux de Louisiane et de pop à cuivres. Et un incontournable pour les fans désormais nombreux de Mardi Gras BB, avec en bonus un DVD de 90’ présentant les plus grands succès du groupe à ce jour en concert.