CD/Disque
Matt Harding "Expectations"
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   Troisième album signé sur Moshi Moshi de Matt Harding. De la pop ligne claire ou électronique à la folk douce-amère, jusqu’au blues ultra classique, l’artiste britannique fait montre d’une érudition impressionnante et délivre, sur une large palette, un sympathique pot-pourri musical…
Matt Harding a travaillé dur. A la manière d’un artisan qui a longtemps étudié son sujet et qui laisse à ses idées le temps d’éclore avant de les réaliser. Le résultat est là : quatorze titres, autant de morceaux joliment ciselés, tous différents mais tous unis par une patte commune. Excellent songwriter indûment méconnu, Matt Harding revisite de nombreux styles et fait figure de « bricolo » touche à tout, réinventeur d’un certain classicisme musical. Evidemment, ici, le but n’est pas tant de rechercher à tout prix l’originalité que d’offrir un mélange atypique qui n’a de cesse de surprendre au fil des morceaux.
Premier titre, première fausse route. AvecListen , introduction en demi-teinte à la voix sussurée et aux harmoniques de guitare hypnotisants, on pourrait croire qu’Expectationn’est qu’un banal disque de pop d’ambiance qui vise, avec sa monotonie évanescente, à calmer les nerfs le soir avant de dormir.
Heureusement, ce n’est qu’un leurre puisque, dès le morceau suivant, nous est offert une démonstration de pop-folk ligne claire quasi parfaite. Arpèges cristallins, thème simplissime et tout en finesse, tambourin comme seul rythmique. Avec l’instrumental October et, plus loin, Basic Pain, on se croirait revenu au temps des galettes de Sarah Records. Et là, on pense avoir tout compris : Matt Harding veut remettre au goût du jour la musique faussement maladroite des Field Mice ou de leurs amis The Orchids. Pourquoi pas ? Sarah Records, c’était la belle époque de la pop britannique artisanale.
Sauf que non : Matt Harding aime aussi la musique électronique. Sur Close, il se lance, en duo avec une femme, dans une jolie ballade amoureuse electropop, avec sample et boîte à rythme à l’appui. Première apparition relativement timide de l’électronique que l’on retrouve, largement employée, sur Arriving. Là, on bascule soudainement de l’autre côté de l’Atlantique et l’on retrouve le psychédélisme un peu perché des slackers de Grandaddy . C’est drôle et dramatique en même temps mais, ô miracle, ça se danserait presque.
Evidemment, poursuivre sur cette lancée serait trop simple. Notre honorable ménestrel, bien installé du côté des Etats-Unis, se pique de rendre hommage, dans deux manifestes folk, au regretté Elliott Smith . Et là, c’est l’extase. Disparate thoughts et Signs… Deux instants de noirceur aérienne, de sombre panache et de gloire taciturne, avec sur le premier, un violon, arme absolue pour déprimer les jours de pluie. C’est dur mais c’est tellement beau.
A ce stade, on se dit que le gars Harding est un petit malin résolu à nous faire visiter l’ensemble de sa discothèque idéale. Et une fois de plus, ça ne loupe pas : il nous sert sur Arc une figure de style blues, épure terriblement sexy, histoire de faire remarquer que ça aussi, il sait le faire. Bravo et merci pour tout Matt !
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Laurent Deschamps
Moshi Moshi / Cooperative Music / V2, sortie le 19 septembre 2006.
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