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Mell "Peau d'rock"
C’est une boule d’énergie punk, drôle et attachante. Avec son rock à fleur de peau, ses mots pas comme il faut et son gros cœur, Mell débarque sur la scène française en lui fichant un franc coup de pied. Et ça, on adore. Portait de la gagnante de la deuxième édition du prix Olivier Chappe.
Mell, c’est un peu la copine qu’on rêve d’avoir. Celle avec qui on est prêt à s’embarquer dans n’importe quel plan, parce qu’on est sûr de se marrer. Celle à qui on aime balancer des vannes pour profiter de sa répartie croustillante – mais pas trop quand même. Mell, faut pas la chercher. «OK, je fais un peu peur. Mais quand on a trouvé la clé, je suis un bisounours», rassure-t-elle. Mais c’est encore sur scène qu’on la préfère : ça part dans tous les sens, ça rime sec et ça pagaille rond. Bienvenue dans l’univers décoiffé de Mell.
On pourrait dire qu’elle fait du punk-rock. Sur son deuxième album, les mots crus fusent et les guitares grincent, au point que certains l'ont catalogué «chanson vulgaire». C’est pourtant loin de résumer l’univers de la Lorraine. «Je ne dis pas de gros mots pour le plaisir, mais pour servir un propos» explique-t-elle. Pour le prouver, elle explore, sur son troisième et dernier album, « C’est quand qu’on rigole », une veine plus sensible, évoquant notamment ses peines de cœur.
Il révèle une musicienne à fleur de peau qui, sous le cuir et les cris, cache un cœur gros comme ça. Mell, fleur bleue ? «Un peu, j’pars souvent en live mais j’suis une fille quand même». Mais une fille qui balance des rimes en forme de coups de poing, l’humour au coin de la bouche et la langue qui claque. Exemple avec « J’écris des mots crus » :
« J’écris des mots crus, pour palier les moqueries
J’écris des mots crades, ça me sert de parade.
J’écris des mots crus, pour la démocratie
Pour cramer les bandits
Qui croient que je crie pour rien ».
Ses premières chansons, elle les monte à 16 ans, dans sa chambre d’internat. Des textes écrits comme ça, d’une traite. Des musiciens se joignent ensuite à elle, rencontrés dans des soirées ou même, dans la rue. Le premier disque, puis le deuxième, arrivent très vite, sur un label lorrain indépendant. Puis, c’est la rencontre avec les Têtes Raides. Le groupe écoute Mell en boucle dans leur camion de tournée et à leur retour, propose à la musicienne de signer sur leur label, Mon Slip.
«Avec eux, j'ai senti un avant et un après. Ils m'ont fait profiter de leur aura, on est passé à quelque chose de national». Pour la compil de leur label, il lui demande d’écrire une chanson sur le KO Social. Elle accepte, et signe son texte le plus ouvertement politique.
Mell engagée? «Non, je préfère dire que je fais de la chanson engageante. Je ne suis pas sûre qu’une chanson puisse changer le monde, je n’ai pas cette prétention. Mon temps, je l'utilise d’abord pour la création.»
Et de ce côté, ça dépote. Mell vit à tout allure, brûle son temps pour ne pas le perdre – se reposer, pour quoi faire ? «J’ai longtemps écrit comme je vis : d’un jet. C’était de l’écriture automatique, alors forcément, ça parlait de moi. Mais le problème, quand tu parles que de ta poire, c’est que tu finis par tourner en rond». Peut-être parce qu’elle sort de l’adolescence – ou parce que quand elle ne court pas, elle cogite beaucoup : la musicienne commence à réviser sa conception de l’écriture. A sortir de la veine autobiographique et à retravailler des textes que jusque-là, elle mettait en musique sans se poser plus de questions. Début octobre, elle sort en librairie un recueil de poèmes, «Qultures suivi de l’amour avec un gros tas» (www.entre2.fr). Les mots y claquent comme des fouets, y crissent sous la dent et se font parfois trashy.
On y retrouve son écriture à vif et l’humour grivois de ses chansons. On y découvre une Mell plus sombre aussi, posant des mots sur la solitude qui ronge salement les os et grignote doucement le crâne.
«J’y dit ce que je ne peux pas dire dans mes chansons, les jeux de mots qui ne fonctionnent pas à l’oral. A l’écrit, on peut être plus fin et plus libre». A musiQualité, on prend les paris : cette fille-là écrira un jour un roman, et ce sera du brillant.
Juste avant la sortie du livre, Mell se produira avec Mano Solo sur la scène du théâtre Dejazet, à l’occasion de la remise du prix Olivier Chappe. « Les Eurocks, les Francos… j’avais arrêté de participer à des concours. C’est trop déprimant quand tu perds ! Mais là, ce n’est pas une compétition : on peut servir à quelque chose. L’histoire d’Olivier m’a touchée. Ce prix est sain est sans prétention : c’est une aventure humaine. »
Concert du Prix Olivier Chappe, en concert contre le cancer, avec, Mell, Mano Solo et invités, 22 septembre au théâtre Dejazet.
Prix : 15 € + participation libre
22 septembre– 20 heures
41, boulevard du Temple,
75003 Paris (métro : République)
Mell, C'est quand qu'on rigole ?, Mon Slip.
Livre : Qultures suivi de L'amour avec un gros tas, éditions Vivrelivre.

Aena Léo
En savoir plus :
Le site de l'association Olivier Chappe
Le site de Mell
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