Monika Heidemann aime la poésie. Non pas parce que sur Bright elle met en musique des poèmes d’Herman Melville, de Brian Gysin ou d'Allen Ginsburg mais plutôt parce que ses scansions vocales proposent une autre vision de la mélodie et de l’harmonie.
Cet attachement au chant lui est venu assez tardivement. Après des débuts au saxophone dans des groupes de ska et de reggae, cette native du nord des Etats-Unis découvre le chant à l’âge de 19 ans. Un voyage en immersion au Brésil dans les rues colorées de Salvador l’initiera à une nouvelle manière d’apprendre la musique. Au contact du terrain. Une expérience qui complète sa formation plus académique au New England Conservatory où elle a appris le jazz vocal et l’improvisation.
Pour cette première production sonore, Monika H. Band développe un style original, avec une voix élancée et étirée non sans rappeler un peu l’opéra. Cette voix si particulière nappe avec douceur de folles phrases jouées par le vibraphoniste Matt Moran. Expressive voire torturée, l’approche de Monika Heidemann emprunte à Steve Lacy qui signe d’ailleurs deux morceaux sur l’album. La guitare de Khabu Doug Young et la batterie de Take Toriyama jouent à plusieurs reprises les troubles fêtes dans une débâcle de notes qui se veut faussement calme. Monika déclare entendre tout ce qu’elle aime quand elle écoute Bright. Un album de synthèse, un accès à son jardin secret musical. Le jazz qui en émane, lui, semble avoir été rédigé sur le mode de l’écriture automatique. A découvrir.