CD/Disque
Newpaulette orchestra "#3"
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    Riche mois de janvier : quand vous aurez usé votre premier exemplaire de 4, le deuxième album de Gomm, sortira enfin #3, le euh, premier album de Newpauletteorchestra tout collé, autre groupe de rock français qui fait ce que l’on appelle du rock même hors de France : zéro tentation variète. Accrochez-vous.
Au premier abord, Newpauletteorchestra m’a attiré à cause de son nom tout collé, qui est à mon avis un fabuleux nom de groupe ; si je n’avais pas appelé mon propre groupe autrement, je voudrais l’appeler Newpauletteorchestra ; c’est trop tard maintenant. D’autre part, la pochette avec ses gribouillis abstraits à connotations ésotérico-cosmiques évoque plus Steve Coleman ou Matthew Shipp que le dernier machin top pop avec jeans craqués, gueules pouponnes et arrogantes, et, à mes yeux, ça commence bien. Ensuite, que lis-je ? que les principales influences du groupe sont Sonic Youth , Pixies ou encore The Ex, soit le plus sonicyouthien des groupes européens. Et là je me dis, nous, on va être potes.
A la première écoute de #3, on pense à Gomm . Même pureté frigorifique du son, mêmes guitares au scalpel, sans fioritures ni esbroufe. Même sens de la mélodie minimale et accrocheuse portée en boucle jusqu’à l’hypnose, avec des fulgurances électriques. Newpauletteorchestra sculpte de délicats entrelacs dans le chaos. Le phrasé de la chanteuse (Emmanuelle de son prénom) évoque parfois celui de Marie Suel, mais elle cultive par ailleurs une certaine théâtralité, se fait tour à tour cajoleuse et pressante, ses intonations jouant à l’occasion avec le sens même des mots. A l’exception du refrain de Sex and love in Dallas (rien que le titre m’amuse), pas trace ici en revanche de bilinguisme. Pas non plus de chœurs ni de seconde voix.
La musique du quintet normand est très horizontale, avec une moyenne de six minutes par chanson, de longues plages atlantiques que l’on contemple quand soudain ça déferle et alors nous voilà emportés par les rouleaux, plaqués au fond, on reprend notre souffle et vlan de nouveau ça (mais qu’est-ce donc ?) s’écrase sur nos petites têtes ahuries, on ne sait pas d’où ça vient, si la plage est devant, derrière. Où regarder ? A quoi s’accrocher ?
Alors la voix nous rattrape. Exemptes de toute niaiserie et de tout maniérisme, les paroles préfèrent flirter avec l’universel plutôt que de raconter des histoires. Leur humour subtil, à base de dérision (et d’autodérision) est très bienvenu. Elles sont par endroits empreintes d’une certaine forme de militantisme, mais il s’agit d’un engagement tendant à la pureté morale, soit un engagement qui survivra aux élections, aux cent prochaines manifestations, et aux générations qui auront troqué leurs écussons anarchistes contre un Ipod.
« Si nous avons décidé de capituler / Au moins, soyons fiers / Si nous avons décidé de tout abandonner / Que ce soit avec plaisir / Nous irons jusqu’au bout / Nous ne capitulerons pas. »
Ecouter ici.
Fanny Chiarello
Noise Digger, sortie le 29 janvier 2007
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