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Nicolas Repac ""J'ai un côté obsédé textuel""

A l’occasion de la sortie de son album, La grande roue, le musicien connu pour ses arrangements léchés et son jeu de guitare unique sur les albums d’Arthur H, a reçu musiQualité dans son petit studio d’enregistrement à Montmartre, entre un PC, des guitares, quelques percus et un poster de Miles Davis. Jovial et prolixe, et avec des métaphores bien choisies, il raconte d’où il vient, socialement et musicalement.

propos recueillis par Gabriel Grésillon | le 18/07/2007

Nicolas Repac :

« Je viens d’un rapport viscéral, quasi sauvage, à la musique. Je crois que c’est la musique noire, celle qui privilégie la dimension rythmique, qui m’a toujours le plus parlé. »


Photo © Emmanuel Lagossid

Dix longues années se sont écoulées entre ton premier et ton deuxième album… Tu t’es perdu en chemin ou bien tu trouves qu’une décennie est nécessaire par opus ?
J’ai surtout été occupé. D’abord par des collaborations avec plusieurs artistes, comme Maurane, Arthur H évidemment, ou encore Mamani Keita. Mais aussi par un projet personnel qui n’a finalement pas abouti. Après la sortie de mon premier disque, chez Label Bleu, en 1997, j’ai reçu le prix « découverte » des Francofolies, et cela m’a mis le pied à l’étrier. En 2000, j’ai travaillé sur un deuxième album. Au dernier moment, quand le disque était finalisé, masterisé même, il ne m’a pas convaincu. Les choix artistiques, dont certains avaient été faits par d’autres, ne me convenaient pas. Je l’ai jeté et je ne l’ai plus jamais réécouté. En faisant ça, je savais que je me sabrais, que j’allais devoir galérer et tout reprendre à zéro.

C’était du panache, de la fierté, ou de la folie ?
Ce qui est certain, c’est que la fierté est une composante essentielle de ma personnalité, depuis toujours. Même pouilleux dans un ruisseau, je crois que je chercherais des pépites d’or. Pour revenir à ce disque que j’ai abandonné, la phase qui a suivi n’a pas été facile, bien-sûr : j’étais assez déprimé. Mais en même temps j’avais «la haine», et ça m’a donné une forte énergie créatrice, un sentiment d’urgence qui m’a décomplexé et m’a permis de trouver des solutions à mes problèmes. Et, au final, de faire mon deuxième disque tout seul, chez moi. Dont certaines chansons, d’ailleurs, existaient déjà, mais dans d’autres versions, sur l’album que j’ai jeté aux oubliettes.

La personnalité que tu dégages sur scène est plutôt celle de quelqu’un d’humble et réservé, voire mélancolique. Quand on te parle, on découvre cette « niaque ». D’où vient ce mélange ?
Je crois qu’il est lié au monde d’où je viens. Socialement, je suis issu d’un petit milieu. Des parents smicards, un niveau de vie assez faible, des vies entières à trimer humblement. Depuis toujours j’ai eu envie de connaître un autre monde. D’où ma volonté de m’en sortir et de manger de la vache enragée. Je suis passé par des années de galère, j’ai fait un peu tous les boulots mais je suis persuadé qu’au final, ceux qui rament sur leur petit bateau se musclent plus les bras que ceux qui ont toujours eu un moteur… Je crois aussi que ces origines modestes se retrouvent dans mes conceptions artistiques. Ma mythologie est celle de Robin des bois, j’ai envie de faire du Jérôme Bosch en musique : partir du prosaïsme, des affects les plus simples de la vie, éventuellement grossir le trait, mais faire en sorte que le monde d’en bas en soit honoré. Quant à l’aspect mélancolique, je le revendique. Je pense souvent à cette définition de Victor Hugo : « la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste ». Cela me convient parfaitement. Depuis longtemps, les questions métaphysiques m’animent (j’ai d’ailleurs fait une fac de philo). Et je dirais, comme Moustaki, qu’avec ma solitude je ne suis pas seul. Là aussi, c’est évidemment lié à mes origines : mon père est serbe ; il m’a transmis cette « âme slave », ce blues.


Nicolas Repac :

« La plupart du temps il me faut une seconde pour « voir » la chanson. Dès le premier mot, j’ai une idée précise de la direction que je vais prendre pour le rythme, la mélodie et même l’ambiance musicale. Ensuite, il me faut des centaines d̵ »


Photo © DR

Et musicalement, d’où viens-tu ?
Je viens d’un rapport viscéral, quasi sauvage, à la musique. Mes premiers souvenirs liés à la fascination pour la musique remontent à quand j’avais cinq ans. J’étais dans le bureau de mon père, et je me tapais la tête contre son fauteuil, au rythme de la musique qui passait à la radio. Ça me hérissait les poils, c’était absolument immédiat. Pour être plus précis, je crois que c’est la musique noire, celle qui privilégie la dimension rythmique, qui m’a toujours le plus parlé. Dans l’univers musical que je me suis créé, cet aspect rythmique est essentiel, ne serait-ce que dans l’usage très sonore que je fais des mots. J’ai un côté «obsédé textuel».

Parlons-en : cela t’agace-t-il si l’on dit que la proximité stylistique avec Arthur H est flagrante ?
Concernant Arthur, je dois dire que notre rencontre a été très forte, artistiquement et humainement. Nous avons le même âge, de fortes affinités et une grande connivence. Il y a dix ans, quand on m’interviewait, on me parlait toujours de lui, et parfois ça m’agaçait. Mais aujourd’hui les choses sont claires : c’est quelqu’un qui m’a décomplexé et a joué un rôle important dans mon parcours. Depuis très longtemps, j’avais deux « dieux » en musique : Gainsbourg et Tom Waits. J’adorais ce « talk-over » qu’ils ont inventé avant le rap, ces paroles parlées plus que chantées, qui mettent en avant la rythmique des mots. Mais je n’osais pas le pratiquer moi-même : c’était toujours pour les autres. Puis je suis tombé sur Arthur H. Avec ce minéral, ce granit unique qu’il a dans la voix, et son phrasé très théâtral, il m’a tout de suite séduit musicalement et ça m’a permis d’oser.

Comment écris-tu ?
La plupart du temps il me faut une seconde pour « voir » la chanson. Je procède par vision. Dès le premier mot, j’ai une idée précise de la direction que je vais prendre pour le rythme, la mélodie et même l’ambiance musicale. Ensuite, il me faut des centaines et des centaines d’heures pour retranscrire cette vision. Mais j’ai des projets basés sur d’autres modes de fonctionnement. J’ai un album tout prêt, composé en marmonnant et en partant de la mélodie, quitte à oser des textes plus « premier degré », ce qui est radicalement différent. J’aime cette idée de me donner des challenges pour chaque projet, de créer en fixant un cahier des charges et des contraintes précises. Je crois que ça peut être très utile sur le plan artistique. D’ailleurs, les plus grands, de Picasso à Miles Davis, ont souvent procédé de cette manière.


Propos recueillis par Gabriel Grésillon
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