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Nosfell "Dans le grand bain"

Nosfell taille la route sur les festivals cet été. Notamment aux Eurockéennes, avec deux concerts, dont un en formation inédite avec Ez3kiel, pour une commande spéciale du festival. Rencontre avec Nosfell et son acolyte Pierre Le Bourgeois, venus pendant toute la durée des Eurockéennes, aussi bien en tant qu’artistes que spectateurs.

propos recueillis par Julien Cottineau

Nosfell :

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Photo © DR

Week-end plutôt chargé : vous avez joué hier avec Ez3kiel, vous êtes aujourd'hui sur scène... Premières impressions ?
Nosfell : C'est grand! (rires) C'est très grand, c'est vaste !
Pierre : C'est la première fois que je viens, c’est très bien, on a vu des bons concerts. Et on a donné beaucoup d’interviews, on est un peu fatigué, mais le plus dur est passé.
Nosfell: Pour ce qui est du concert d’aujourd’hui, c'était dur quand même. Il faisait jour, les gens étaient très nombreux, ça m'a fait très peur. Mais je crois qu'on a plutôt eu une bonne écoute. On a fait des choses improvisées, on s'est écouté. C’était un set d'après-midi !

Qu'est-ce qui a été le plus excitant entre le concert avec Ez3kiel et celui-là ?
Pierre: Avec Ez3kiel c'était un peu les vacances. On s'est lâché sur de l'amusement, on pouvait sauter partout. Pour Nosfell on est obligé d’être un peu plus appliqué parce c'est le projet qui nous tient à cœur. Enfin c'est un tout, il y a un vrai bonheur d'être ici et de pouvoir proposer à autant de gens notre musique. C'est une grande chance.

Vous appréciez de jouer en festival ?
Nosfell: C'est très étrange en fait. Les gens vont, viennent, papillonnent à droite à gauche, et voient cinq à dix concerts dans la journée. Je ne pensais pas qu'un jour on nous inviterait à jouer sur de grands plateaux comme ça. C'est une drôle d'expérience. Mais voilà, on voit du pays, on est content de proposer notre musique à des gens qui à priori ne seraient pas venus nous voir spontanément dans une salle. Mais en festival c’est difficile de tirer son épingle du jeu, de bien emmener les gens. Parfois ça ne fonctionne pas, ou moins bien. Il faut l’accepter. Et jouer devant 15000 personnes c'est quand même vraiment très impressionnant.

Vous êtes en pleine ascension. Est-ce que ça a changé votre façon de faire de la musique ou vos objectifs ?
Pierre: Au lieu d'avoir un futur de deux mois, on dispose d'une petite année, dans la tête, c'est autre chose. On est dans une continuité depuis six ou sept mois, on peut proposer, avancer, avec un planning jusqu'en décembre. Après, étant donné qu'on travaille toujours de la même façon, ça ne change pas énormément. On est juste plus fatigué, on voit moins nos femmes ! (rires) Mais c’est un bonheur d’être imprégné dans la musique, d’être toujours dedans, de se confronter à plein de publics.
Nosfell: On parvient aussi à mener à bien des choses qui nous trottaient dans la tête depuis des mois, on peut tester, travailler sur des matières différentes, c'est super.


Nosfell :

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Photo © DR

Nosfell, c'est tout un univers, musical et théâtral. Avez-vous peur parfois de vous sentir en décalage ?
Nosfell: Non, pas en décalage. Je fais ce que j'ai dans la tête et j'essaie de le faire sonner. Il y a un but, une idée, et il faut combler le trou entre l'idée et l'aboutissement. Après quand il y a l'aboutissement, il faut le remettre en question, savoir si vraiment ça marche, aller vers autre chose, voilà. Ensuite, si on me demande de le refaire plein de fois sur scène, je suis très content. On n’a pas envie d'être en marge ou dans une ligne spécifique. Ce qu'on fait, on le fait aussi spontanément que les autres et nous sommes fidèles à ce qui se trouve dans nos têtes. On essaie de le mener à bien et d’être satisfait. En même temps c'est une fausse satisfaction parce qu'on a l'impression qu'on arrive à quelque chose alors qu'en fait on rempli du vide, systématiquement. On avance et hop du vide se crée à nouveau et on essaie encore d'aller vers une autre matière sonore. La musique c'est ça tout le temps.

Votre musique est assez évolutive, avec beaucoup de textures. Hors les problèmes logistiques que ça pourrait représenter, ce ne serait pas plus facile d’être plus nombreux sur scène pour jouer ?
Nosfell: Non, le problème n’est pas la difficulté. On s'auto-sample sur scène, on met en boucle nos instruments respectifs, directement devant les gens, il n'y a pas de pré-enregistrement. Nous sommes fascinés par les musiques répétitives, par le fait de faire tourner quelque chose systématiquement et de proposer ensuite une écoute à chaque fois différente d'une même boucle, de mettre un premier temps là où on ne l'attend pas forcément etc… On essaie d'avoir une dimension acoustique qui soit beaucoup plus épurée. Toujours une forte amplitude dynamique, pouvoir aller vers des vrais pianissimo, couper les amplis, jusqu'à des choses qui peuvent être très fortes. On aime bien évoquer, évoquer les rythmes, sans faire référence directement à une batterie ou une basse.
Pierre: Le sampling est vraiment une fin en soi. Ce n'est pas un moyen de substitution. Cela fait partie de l'écriture, de l'arrangement. On ne se dit pas : « mince, si j'avais un batteur je lui aurais demandé de faire ci ou ça ». D'ailleurs quand on se retrouve à travailler avec un batteur, on ne veut surtout pas qu'il reproduise ce que l’on sample, c’est une autre façon de travailler. On peut toujours jouer avec d'autres mais ça n'empêchera pas que ce sampler sera toujours là car il fait partie de nos instruments.


Quand vous jouez comme avec Ez3kiel hier, vous appréciez de jouer à plusieurs, éventuellement de déléguer ?
Nosfell: On délègue un peu forcément, donc on en profite pour s'amuser. Après la commande des Eurockéennes on a rencontré Ez3ekiel et on a réfléchi. On a beaucoup parlé et écouté de musique avant de se lancer. Et nous avons décidé de partir sur quelques chose de simple et de spontané. Le temps qui nous était imparti était assez restreint donc on a tenté d'aller vers quelque chose d'efficace. On a tranché dans le vif, en se faisant confiance. Mais il n’y a pas eu de réelle volonté de déléguer parce qu'on ne voulait pas un backing band derrière nous, et eux ne voulaient pas un featuring. Je suis assez content qu'on ai quand même réussi à faire un groupe pour ce concert. Bon, on est jamais totalement satisfait, on aurait aimé avoir plus de temps, mais ça reste super sympa. Je n’ai pas l'habitude de travailler avec d'autres musiciens, contrairement à Pierre, qui arrive très bien à faire des arrangements, des compositions. Moi j'ai du mal à faire quelque chose pour les autres, c'est pas méchant mais c'est la vérité.

On va terminer par le questionnaire « 5 minutes au bar ». Si vous avez le temps, qui irez-vous voir jouer?
Nosfell: On attend Sonic Youth avec très grande impatience, j'ai peur qu'on les loupe. Sinon, on est allé applaudir Queens of the Stone Age, et puis Nine Inch Nails. Je suis fan. Et Cake aussi, hier, mais il était triste le chanteur parce qu'on lui a perdu sa guitare et son ampli. On a pourtant trouvé que les arrangements sans la guitare folk étaient vraiment sympa, ça créait des creux, c'était dépouillé, très agréable.

Votre meilleur souvenir en festival ?
Nosfell: Rock en Seine, l’an dernier, c'était marrant. C’était la première fois que Pierre jouait de la basse !
Pierre: Ah ouais ! J’avais acheté une basse la semaine d’avant mais je ne l'avais pas encore travaillée.
Nosfell: Du coup, le concert était un peu spécial, mais on était content de tester la basse de Pierre sur scène !
Pierre: Quelques arrangements qu'on a vite jeter à la poubelle ! (rires)


Votre meilleur souvenir en festival en tant que spectateur ?
Nosfell: Je ne vais pas en festival, j'ai peur des foules.
Pierre: J'avais vu John Zorn Massada et le Barkokhba au festival de jazz du Hot Brass à Paris, qui est maintenant le Trabendo. C’était en 98, un truc comme ça. John Zorn a fait des choses assez larges. Il est allé dans le jazz, le free jazz et puis à un moment il a arrêté les trucs très violents, et il a repris beaucoup de thèmes juifs traditionnels qu'il a réarrangé. Mon meilleur souvenir, c'est ça.

Votre plus grosse galère en festival ?
En chœur : Les transmusicales de Rennes ! ! ! (rires).
Nosfell: En 2004. Un rumble dans les basses ! C'est une fréquence basse qui s'installe comme ça sur le plateau et qui se met à tourner, systématiquement, et tant qu'on n’a pas trouvé de quelle fréquence il s'agit afin de la couper et de l'annuler, elle continue de tourner. Donc toutes les basses étaient avalées par ce rumble et seules sortaient les attaques aigües à la guitare. La voix était comme un canard ! On jouait dans un hall pour ranger des hélicoptères, vraiment pas adapté, et on a manqué de pertinence. On aurait pu rebondir sur ce problème, on aurait peut-être dû mieux communiquer avec les techniciens de plateau aussi. Mais on manquait d'expérience, c'était très difficile, très dur.

Nosfell : "pomaïe Klokochazia balek", un CD autoproduit.

En concert :
Le 21/07 au Paléo Festival, à Nyon (Suisse)
Le 23/07 au Chant de foire festival, à Bournezeau (Vendée)
Le 24/07 aux Vieilles Charrues, à Carhaix
Le 27/07 au Nice Jazz Festival


Propos recueillis par Julien Cottineau
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