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CD/Disque
Nosfell "Kämit bla lemsnit dünfel labyanit"
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   De Nosfell, il y a tant à dire et décrire que l’on oublierait presque d’évoquer sa musique. Et ce serait un sacré gâchis, car là est bien tout l’intérêt de cet artiste atypique, au-delà des poses et du pur spectacle.
| par Fanny Chiarello | le 20/11/2006 | genre: musique traditionnelle de klokochazia |
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Il peut agacer, avec ces maniérismes dont sa promo nous affirme qu’ils n’en sont pas, non pas du tout, Nosfell vient vraiment de son pays Machin (attendez que je copie-colle: Klokochazia) et c’est un authentique allumé. On peut aussi trouver rigolo que V2 s’étende sur la finesse de ce songwriter qui a inventé une langue (le Klokobetz, graphie incluse) et qui chante la plupart du temps dans cette langue. Ces facettes-là de Nosfell peuvent fasciner ou exaspérer, en tout cas ils ne sont pas pour rien dans la renommée que l’artiste a réussi à se forger au fil de ses nombreux concerts – lui dont le premier album, Pomaïe Klokochazia balek, était autoproduit.
En concert, l’ampleur du phénomène Nosfell prend en effet toute son ampleur ; sa virtuosité ne peut laisser personne de marbre : avec une guitare et une pédale loop, avec sa bouche et ses cordes vocales, Nosfell produit un magma sonore qui semble déborder de son petit corps maladif et tatoué, volontiers torse nu, comme une matraque géante ou un train enragé d’un sac à main de dessin animé. Uniquement accompagné par Pierre Le Bourgeois au violoncelle, Nosfell superpose les boucles sonores, mêle le beatboxing aux vocalises et bruitages divers, devenant un homme orchestre de l’ère technologique. Il incarne tour à tour les divers personnages aux noms imprononçables qu’évoquent ses chansons, glissant pour ce faire des aigus aux graves avec une maîtrise telle qu’on imaginerait presque Asha Bhonsle cohabitant avec Tom Waits dans son corps fluet ; on peut imaginer pire casting.
Le nouvel album, Kämit bla lemsnit dünfel labyanit (pardonnez-moi si j’ai oublié une majuscule, j’ai du mal à repérer les noms propres) propose une formule un peu différente du premier, où les chansons mêlaient anglais et klokobetz (c’est embêtant à copier-coller, ça, klokobetz, Word – l’inculte – proposant une correction orthographique quand on clique droit) ; ici, chaque chanson se développe dans son langage propre, sept d’entre elles en klokobetz, cinq en anglais et deux en français. L’occasion pour Nosfell de rappeler que l’univers singulier qu’il a créé prend place dans une tradition musicale, où sont possibles les rassurantes références. Références à Tim Buckley ou Robert Wyatt, certes, mais aussi à des groupes de moindre envergure, voire à un courant musical, que l’on désigne comme pop-rock, et qui serait ici enrichi de multiples instruments traditionnels, violoncelle ou saxophone, et d’harmonies vocales au lyrisme décomplexé.
Peu importe au fond la langue dans laquelle chante Nosfell : en subjuguant, avec des mots qu’elles ne peuvent comprendre, les foules toujours plus nombreuses attirées par ses concerts, l’homme d’ailleurs (CtrlC-CtrlV Klokochazia) nous rappelle aussi l’universalité de la musique. Après tout, faut-il comprendre l’arabe pour frissonner en écoutant Abdelli, le wolof pour se déhancher sur le rap de Daara J ? Quand on l’interroge sur les sources du Klokobetz, Nosfell dit qu’il aime donner aux choses un nom qui ressemble au bruit qu’elles font. C’est quoi, le cri de la fleur ?
Ecouter ici
Fanny Chiarello
V2, sortie le 23 octobre 2006.
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- Site officiel
- V2 |
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