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CD/Disque
Of Montreal "Hissing fauna, are you the destroyer?"
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Un huitième album complexe mais au plaisir immédiat, pour les Américains de Of Montreal et leur figure emblématique / tête pensante (aux structures mentales alambiquées, pour ne pas dire tordues), Kevin Barnes.

par Fanny Chiarello | le 19/09/2007 | genre: pop flamboyante

Of Montreal - Hissing fauna, are you the destroyer?
Cet été, je n’ai pas écrit une seule chronique de disque. Je ne suis pourtant pas partie en camping dans le sud ni rien de ce genre : j’ai bien acheté un maillot de bain, mais il est resté sec de juin à ce jour. Je n’ai rien écrit, parce qu’il n’y a pas des masses de sorties intéressantes en pop rock, l’été – si? Bon, je veux bien avouer que je culpabilisais un peu, mais je n’y pouvais rien si j’avais juste envie d’écouter les Beach Boys et leurs congénères californiens de l’époque où musique californienne ne rimait pas avec biatch ; j’essayais bien parfois de me concentrer un peu sur les Pigeon Detectives et leurs multiples congénères en supposé renouveau du rock, mais rien à faire : aussi fort que je pousse le volume, j’avais des échos de Smile plein la tête, qui me parasitaient toute la britpop et me la faisaient tomber des oreilles.
Un jour j’ai quand même eu le courage de me traîner dans le rayon Indé (comme ils disent) d’un disquaire, et la seule pochette de disque qui ait attiré mon attention était celle du dernier Of Montreal, Hissing fauna, are you the destroyer ? Of Montreal, alléluia ! Une fois de plus, je le pressentais, un disque québécois allait me restituer mon enthousiasme pour ce qui se fait ces jours-ci en matière de musique. Sauf que, bien sûr, Of Montreal a autant à voir avec le Québec qu’Architecture in Helsinki (sur le même label) avec la Finlande, Tokyo Sex Destruction avec le Japon, les Dresden Dolls avec l’Allemagne, Death in Vegas avec le Nevada ou I’m from Barcelona avec l’Espagne (pour ne citer que ces brouilleurs de pistes parmi bien d’autres) puisque Kevin Barnes a créé son groupe à Athens, Géorgie. Qu’il l’ait baptisé en hommage à une canadienne qui l’a fait souffrir, cela suffirait-il à faire sonner ses chansons sur le même genre de fréquence que les nombreux collectifs canadiens qui depuis quelques années ont créé une planète musicale à part entière? J’allais tâcher de le découvrir, d’autant que la pochette cartonnée rappelle un peu l’univers visuel des premiers Arcade Fire  : tentant… Et puis j’ai horreur de découvrir un groupe qui a déjà sorti huit albums – huit, merde : ne suis-je pas censée avoir une culture musicale? Comment ce nom a-t-il pu mettre dix ans à parvenir jusqu’à mes oreilles? Et comment cette pochette de disque a pu échapper à mon regard depuis le mois de mars?
Eh bien, pour être tout à fait honnête, ce huitième album n’a de commun avec la scène montréalaise que sa richesse instrumentale, son goût immodéré des chœurs, son lyrisme décomplexé, son mélange de noirceur et d’enthousiasme communicatifs. Ce qui fait pas mal d’éléments, certes, mais rien qui troue les oreilles non plus. En revanche, je ne sais pas si mes Beach Boys m’ont à ce point vicié le cerveau, mais il y a vraiment quelque chose dans ce disque de, hum (désolée), Brian Wilson. Smile. Mais si : les harmonies de voix masculines, souvent juvéniles, les constructions vertigineuses, à la fois baroques et raffinées, les mélodies enjouées tressant des nœuds coulants avant de plonger dans la franche mélancolie. Dès le deuxième titre, Sink the Seine, c’est flagrant. Comme Brian Wilson, Kevin Barnes est un démiurge malade – timbré, alcoolique à cachetons et mégalo, oscillant constamment entre euphorie et neurasthénie. A la différence de son aîné, il joue volontiers sur scène en porte-jarretelles et se maquille à outrance. Son comportement et son accoutrement quelque peu déplacés le rapprocheraient plutôt d’un Perry Farrell – « Un si beau garçon… Que fait-il en tutu ? »
Kevin Barnes nous livre dans ses chansons une introspection à consonances universelles, notamment dans le monumental The past is the grotesque animal, soit 11’53 d’une intensité qui jamais ne faiblit, déployant une poésie de la lucidité : « Sometimes I wonder if you're mythologizing me like I do you », « Things could be different but they are not ». Simple, évident, mais si juste – avec, en fond, des chœurs incessants, « Oooh-oooh-oooh », lancinants, obsédants. La grandiloquence de certaines chansons peut évoquer le rock psyché des Flaming Lips , tandis que d’autres, en apparence plus anodines, s’inscrivent de manière moins décalée dans le panorama du rock qui fait danser, à condition de négliger les paroles, jamais vraiment légères – Gronlandic edit, ce n’est pas Love today : ce que le Monsieur chante tandis que nous dansons, c’est quelque chose du genre « hope I'm not erasing myself ». Il est fou, n’oubliez jamais ça. Je suis heureuse de penser que, une fois ce disque usé, il m’en restera sept autres de ce fou à découvrir, et je me remercie d’avoir été à l’ouest d’Athens ces dix dernières années.

Fanny Chiarello
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Polyvinyl, sortie le 14 mars 2007


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The past is a grotesque animal (extrait)

Sink the Seine (extrait)

Grolandic edit (extrait)

Cato as a pun (extrait)

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