Oui, il accorde la même attention aux détails du quotidien. C’est la tendance « première gorgée de bière », qui rend fous les détracteurs de la chanson française, mais dans laquelle excellent les Bénabar, Delerm et autres Jeanne Cherhal. Comme eux, Ours écrit depuis sa tanière bretonne et parle de sa chambre aux odeurs d’ambre, ses collections de CD, Nina, sa petite amie aux penchants éthyliques et de la maison de ses parents, l’endroit où il se sent le mieux au monde. Son pire cauchemar : les carnavals, foires, 14 juillet, feux de la Saint Jean et autres événements où il doit se confronter aux autres membres de son espèce. Plutôt asocial, l’animal. Mais il le chante avec humour.
Côté son, il pèche parfois par facilité en tirant un peu trop sur le même schéma sonore. Certains titres tomberaient dans le fade s’ils n’étaient pas relevés par une guitare aux accents caribéens efficaces. Un exotisme qui contraste avec le quotidien mélancolique décrit par Ours.
Non, son sens des rimes légèrement acides se révèle bien plus contrasté à la deuxième écoute.
Mélancolique, mais pas déprimant l’Ours. Son sens du contraste nuancé fait de ces treize titres une galette plutôt prometteuse, mais moins accessible. Il y a d’abord sa voix, crémeuse comme un tiramisu, qui enveloppe les morceaux d’une douceur ouatée. Résultat : sur Il était temps, il déclame «Je vais hurler davantage, hurler davantage, hurler davantage » avec une délicatesse forcément comico-acide. C’est avec la même acidité pinçante qu’il décrit Nina. A priori, c’est la femme de sa vie : Nina est belle, un peu chipie, elle l’attendrit. N’empêche, quand il l’a décrit à moitié bourrée entrain d’allumer dans les bars, finissant étalée sur le carrelage qui s’imprime sur son visage, c’est rude. Et on adore.
Bilan
Ce premier album manque parfois de pêche. Ours reste dans le même filon «nouvelle chanson française» que Bénabar et compagnie. C’est déjà pas mal. Mais un peu trop confortable. En creusant un peu plus ses rimes légèrement acides, en insufflant plus d’audace à son accompagnement, il pourrait s’en détacher pour quelque chose de forcément mieux, car inédit.