CD/Disque
Oxmo Puccino & The Jazzbastards "Lipopette bar"
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   Evolution logique ou pari osé ? Le rappeur français sort son nouvel album sur l’un des plus célèbres label de jazz : Blue Note records.
C’était un vendredi d’avril. Un soir de concert au Bataclan, à Paris. Costume et chemise blanche, il n’était là que pour assurer une première partie du Blue Note jazz festival (en ouverture de Little Louie Vega ). Un peu intimidé, sans doute, Oxmo Puccino enregistrait alors en studio et il était venu rôder à l’improviste sur scène ses nouveaux morceaux. Une contrebasse, une batterie et un bassiste plutôt que des platines. Des morceaux réorchestrés et des textes qui claquent : tiens étrange, avait-on pensé… avant de se dire qu’en fait, ce n’était pas mal du tout et que son prochain album, annoncé pour la rentrée de septembre, risquait bien de surprendre même les oreilles les plus averties…
Cinq mois plus tard, nous y voici. Ce nouveau disque, Lipopette Bar, est dans les bacs, signé sur le prestigieux label de jazz Blue Note. Rien que pour cela, il y a de quoi jouer les étonnés : ce n’est pas tous les jours en effet qu’un rappeur se ballade sur les terres de John Coltrane ou Duke Ellington ! Et en effet, dans le paysage hip-hop hexagonal, Lipopette Bar a tout d’un OVNI. Côté instrus, tout d’abord. Oubliée la froideur d’un beat aseptisé, place à la chaleur des cuivres, au groove du jazz. Un travail d’orchestration pas évident. A l’origine, Oxmo avait d’abord pensé à s’appuyer sur le jazzman Eric Legnini . Et puis finalement, le déclic est venu de Vincent Segal (Bumcello) , qui l’a mis en contact avec une flopée de musiciens talentueux (Vincent Taurelle au piano, Vincent Taeger à la batterie, Marcello Giuliani à la basse, Ludovic Bruni à la guitare…). Entouré de ses "Jazzbastards", Oxmo Puccino donne ainsi un sérieux coup de neuf à sa musique. Et risque même quelques interludes qui n’ont plus rien à voir avec le hip-hop…
Mais c’est peut-être côté textes que la petite bande se distingue le plus. Quand Blue Note lui a proposé le projet, en juin 2005, c’était le contrat de départ : écrire un album-concept, racontant une histoire. A l’arrivée, cela donne une galerie de portraits, façon film noir. Billie la chanteuse, Yuri le petit escroc, Tookie le barman, Black Popaye le videur… autant de destins qui se croisent dans un lieu : le bar Lipopette. "J’aime le mot saperlipopette, confesse Oxmo, et comme les cafés ont souvent des noms farfelus genre ‘Chez Juju’, ça collait bien. J’ai imaginé l’histoire d’un mec qui prépare un voyage avec sa copine. Avant de partir, il fait une dernière petite arnaque qui ne se passe pas comme prévue". Contretemps, rebondissements, la suite est difficile à résumer. Mais comme souvent avec Oxmo, on en sort ravi, avec le sentiment d’avoir écouté des textes subtils qui ont un sens, loin, très loin du martelement un peu trop appuyé d’un hip-hop plus dur. Il y a quelques années déjà, un artiste électro, ignorant les sceptiques, avait lui aussi tenté le grand saut en allant signer chez Blue Note. Il s’appelait… St Germain. Vous connaissez la suite, le succès a été phénoménal. Il n’y a plus qu’à souhaiter la même chose à ce Lipopette Bar…
Olivier Sibille
Blue Note/Capitol (25 septembre 2006)
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