CD/Disque
Para One "Epiphanie"
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   Après deux maxis et une carrière oscillant entre hip-hop, techno et vidéo, Para One nous livre son premier album. Purement électronique et très dancefloor, il fait l’économie de toutes les recettes éculées… Attention Objet Sonore Non Identifié !
Apprenons un nouveau mot avec musiqualite.net et Para One : épiphanie. Au delà de la fête chrétienne célébrant la venue des Rois Mages auprès de Jésus (et oui, c’est pour ça qu’on s’empiffre de galette tous les ans), l’épiphanie désigne un moment où le temps est en suspens, un instant où l’on sort de sa réalité quotidienne, poussé par la force magique ou mystique d’un événement qui pourrait être aussi bien un non-événement (une hirondelle dans le ciel, un silence dans une conversation, le sourire d’un(e) inconnu(e)…)
Le titre de l’album de Para one mériterait bien un « s » tant il est composé de ce genre de petits moments délicieux et déroutants. Avec Clubbhopn, on se croit dans un pur morceau techno, quand au détour d’un beat, arrivent des sonorités à la Reflex avec des sons aspirés avant même d’être produits et des machines poussées au bout de leur capacité… A chaque titre il faut ainsi s’attendre à être surpris, dans F.U.D.G.E, on part sur un rythme puissant genre nouvelle techno barrée avant qu’une voix improbable fasse tourner la chose à l’électro-pop gentille, quasi enfantine, le tout ayant une grande fluidité en décalage complet avec le beat martial du morceau. Chez Para One, rien n’est noir ni blanc, tout est dans le mélange, détonant, étonnant, comme avec Midnight swim, où une grande sensibilité apparaît entre une voix dub et des éléments plus dancefloor. Quel contraste avec le brutal mais si efficace Turtle trouble, aux sons acides, râpeux, un titre tout en cuts et en montées old school, qui accueille même un clavier totalement inattendu. La moitié de l’album est résolument tournée vers la piste de danse, avec Les soleils artificiels, plein de petites boucles saccadées, de claquements de mains et de percus parfaitement ajustées, Dudun-dun et son côté Detroit surboosté alternant nappes mélodieuses et passages musclés, ou encore Ski lesson blues.
Mais les influences de Para one tout comme son parcours musical et personnel dépassent largement la piste de danse. De ses aventures de rappeur, il nous livre Nobody cares, ou comment passer du funk à la moulinette électronique avec une bonne voix voccodée. Mais surtout Musclor avec TTC, dont il a produit une bonne partie des morceaux de leurs deux premiers albums. Là, sa musique s’efface derrière les voix des trois brailleurs iconoclastes, un beat ralenti, des sons distordus de-ci de-là, pour un résultat brillant du moment qu’on aime encore entendre TTC se la raconter…
Pour ceux qui auraient encore pu douter de la sensibilité de l’artiste, un petit détour par l’électronica de l’intermède Def Tea Machine ou encore l’orgue de Bobble, saura achever de les convaincre.
Epiphanie est à l’image de son créateur : riche, déroutant, original, pleins de paradoxes… Tiens, tiens, le tout premier nom de scène de Jean-Baptiste de Laubier à l’époque où il s’adonnait au hip-hop était… Paradoxal H…
Emmanuel Raoul
Instibutes/Naïve (juin 2006)
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