CD/Disque
Paranoid Park "BO"
|
|
    Presque plus expérimentale que le film lui-même, cette BOF est une vraie mine d'or...
On ne dira jamais assez combien on aime les réalisateurs perfectionnistes, qui mettent un point d'honneur à saupoudrer, superviser, choisir, équilibrer et agencer leurs bandes originales...Presque impies à Holywoodland, en butte à l'instinct grégaire consistant à confier le score à l'immortelle brochette des Shore-Goldsmith-Newton Howard-Zimmer, ils se nomment Martin Scorsese, Spike Lee, Rob Zombie, Tarantino, pour ne citer que les plus connus. Et Gus Van Sant. Le roi de l'arty a encore frappé pour illustrer son nouveau film made in Portland. Soit dit en passant, le film n'est vraiment pas terrible, oeuvre d'un génie prisonnier d'une démonstration de ses propres redites. Mais, n'ayant aucunement l'intention et surtout la prétention de déborder du "cadre" de ce site, restons concentrés sur l'accompagnement sonore. Car le film est une prodigieuse divagation sensorielle, comme en attestent les derniers morceaux du disque : panachés de bruits plus ou moins stridents, peu identifiables, lugubres, qui ne sont pas sans rappeler les vieux vinyls dits "de bruitages" (qui proposaient par exemple des choses aussi réjouissantes que Les plus beaux cris d'oiseaux de l'hémisphère Nord ou Bris de vitres à Vesoul). Et c'est d'ailleurs une des principales bonnes idées de la bande à Gus, avoir réuni les morceaux non selon la marche du film, mais par style. Ainsi, le disque s'ouvre sur un thème classique et à certains égards "cartoonesque", tiré de la BO d'Amarcord (Fellini), La gradisca e Il Principe, composé par Nino Rota. Ce fidèle du grand Federico revient d'ailleurs à plusieurs reprises, avec des échantillons de son travail pour Juliette des esprits. Et au beau milieu de ces captations d'un héritage cinéphile, dansent des choix aussi superbes qu'hétéroclites. Faire cohabiter le spectre d'Elliot Smith avec le punk carabiné des Revolts, il fallait y penser. Le premier est présent avec le très connu Angeles (déjà dans Will Hunting), et le (trop) méconnu et merveilleux The white lady loves you more. Ensuite, selon la traditionnelle démarche du "juke-box perso", on passe du rock pour les potes de Billy Swan (I can help) au hip-hop smoothy de Cool Nutz (I heard that), au jazz pur d'Henry Davies et au timbre fatal du "countryman" Cast King. Avec en cerise sur le gâteau des choeurs extraits de la 9e symphonie d'un petit jeune prometteur, un certain Ludwig quelque chose...Autrement dit, ce disque est presque un achat urgent, à posséder, prêter, échanger. Pour confirmer, découvrir, rêver, pleurer, ou tout à la fois. Attention tout de même à la fin de l'album, les trips branques et instrumentaux placés en conclusion peuvent bigrement surprendre à la première écoute.
Matteu Maestracci
|