CD/Disque
Pop Levi "The return to form black magick party"
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    Quand son agence de promo vous promet que Pop Levi va devenir une star, vous êtes bien obligé de la croire. Parce que telle est la ferme intention de ladite agence, et ça ne se ressent que trop. Mais alors, trop. Aussi, on peut aborder le disque avec méfiance, voire une certaine défiance, « Allez, Pop Levi future star, montre-nous ce que tu as dans le ventre ». Mais bon, je rengaine mon couplet anti-marketing, maintenant, pour vous parler d’un bon disque.
En 2005, le groupe français The Film nous avait offert, dans un premier album éponyme, un glam rock sans naphtaline, d’une telle efficacité que, pour triste mémoire, une publicité pour voiture en avait rendu très populaire l’un des refrains (oups, j’avais dit « fin de l’anti-marketing »). Ce disque nous rappelait à quel point le glam, terreau de T-Rex, Roxy Music ou du Bowie période Ziggy Stardust, pour ne citer qu’eux, a sous toutes ces paillettes, ce maquillage et ces haut-de-forme, préparé le terrain pour l’imminent punk. Le jeu est nerveux, le rythme, très soutenu, et la voix haut perchée ne minaude pas sur les hurlements. The Film nous offrait un glam rock d’aujourd’hui, et même si l’on croyait par instant entendre Marc Bolan, le son nous ramenait bien vite dans les années 2000.
Pop Levi, lui, semble avoir repris les mêmes ingrédients que les dandys des années 70 pour en arriver au glam. Etonnant de la part de ce multi-instrumentiste familier de l’écurie Ninja Tune, au sein duquel il incarnait plus l’avant-garde musicale que la nostalgie – à noter que le célèbre label inaugure avec ce disque sa nouvelle subdivision, Counter Records. Si Pop Levi devait évoquer l’un de ses contemporains, ce serait le splendide Howl de Black Rebel Motorcycle Club . Mais pour le reste, appuyez sur la touche REWIND.
Mélange de soul et de rock, la musique de Pop Levi a le son granuleux typique glam, les guitares bourdonnent et un vocoder (à moins que ce ne soit un pince-nez) assure le maniérisme de la voix. Dès le premier titre de l’album, un Sugar assault me now anti-escarres, voici venir T-Rex. Au fil du disque, vous reconnaîtrez des bribes de Canned Heat (Blue honey), de Led Zeppelin (Mournin’ light), entre tant d’autres, tandis que quelques revenants majeurs planent de manière diffuse sur l’ensemble. Ainsi, Hendrix ou Syd Barrett. Et d’autres. Et d’autres encore. Vous vivez soudain le blind test le plus effréné de votre vie : à peine avez-vous reconnu le bout du nez de Marvin que déjà Van Dyke pointe le lobe de l’oreille droite. Toutes ces ombres bruissent derrière chaque grésillement électrique, chaque intonation de chaque syllabe, derrière chaque accord, chaque rythme syncopé de ce disque.
The return to form black magick party porte vraiment bien son titre : d’abord parce qu’il s’agit bien d’un retour, aussi époustouflant soit-il. Un tissage très serré de réminiscences issues d’une période musicale aussi riche en imagerie décadente qu’en tubes increvables. Lors des premières écoutes, il est difficile de ne pas se perdre dans ce labyrinthe de références habilement emmêlées... quitte à oublier l’essentiel : la party promise par le titre. A quelques pauses près (séquence émotion de Skip ghetto ou divagation aux échos free jazz de See my Lord), vous tenez là l’album idéal pour faire danser vos amis disons, exigeants, et couper court aux discussions du type « Oui, je suis d’accord avec toi, Captain Beefheart est un génie, mais merde, c’est une pendaison de crémaillère ici » en glissant discrètement le Toxic de Britney Spears hors de votre playlist. En plus, le disque s’achève sur un slow : impeccable, non ?
Fanny Chiarello
Counter Records / Pias , sortie le 12 février 2007
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