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Prince au Montreux Jazz |
Prince au Montreux Jazz "La surprise du Kid"
4000 places vendues en 10 minutes, le festival de jazz de Montreux tient ici son record absolu. L’événement était de taille ce 16 juillet. Aucun photographe ni journaliste accrédité, un concert sous haute surveillance et une performance hallucinante. Alors qu'il n'avait prévu que 21 dates à Londres, d'août à septembre, en guise de tournée européenne, le "Kid de Minneapolis" a surpris son monde en ajoutant un unique concert au Montreux Jazz.
Il en aura fallu des coups de téléphone pour décrocher ces fameux tickets d’or. A force de se casser le nez sur les plateformes de vente internet, on finit par revenir aux bonnes vieilles méthodes. Restaient 100 places pour ceux qui avaient pris le temps de bivouaquer devant la salle. Restait aussi ce bon vieux pote, en plein cœur du festival, qui connaissait untel, susceptible de répondre à notre demande. La semaine avait été longue, pleine de doutes, d’espoirs pailletés et de forfaits grillés entre la France et la Suisse.
Et puis le coup de fil de 17 heures, nous annonçant la mise au frais de notre inespérée requête. Ni une, ni deux, le convoi décolle, direction les bords du Léman, la sono à fond et l’excitation à son comble.
Montreux, ville de jazz et de francs suisses par millions. Plein soleil, la croisette romande est gavée de monde, de belles cylindrées et de quelques vendeurs à la sauvette. Prix moyen du ticket sur le marché noir : 300 €. Les nôtres nous en coûteront 85 (le prix officiel) et de grosses bises à notre tendre et éternel ami.
Une heure de queue, le bracelet scellé au poignet, l’auditorium Stravinsky semble être à des kilomètres. Planet earth, dernier album du Kid, est diffusé en boucle dans le hall, la bière se fait attendre.
Un peu plus haut, 4000 personnes sont massées devant la scène. Les écrans géants sont éteints, caméra en berne. Aucune image n’est autorisée. 21h30, les lumières s’éteignent. Une ribambelle de cuivres traverse la salle sur When the saints. Ils s’installent sur scène et se mettent à caresser les notes bleues avec classe. Trois solos plus loin, le "Kid de Minneapolis" apparaît, feutre et lunettes noires, costume violet, la salle hurle.
Prince va alors prendre le public à revers avec une démonstration de free jazz qui va foisonner durant 45 minutes. Il excelle, jubile, dirige son groupe avec poigne et commence à faire monter la température en greffant quelques accents funk à cette longue et jouissive introduction. Le sourire en coin, il accélère sa guitare et envoie Boys and girls contre toute attente. Les frissons grimpent, la sueur commence à couler le long du dos. La boîte de Pandore une fois ouverte, il enchaîne sur Purple rain. C’est à chialer tellement c’est beau. Thank you and welcome for this long night…, le mot de passe est lancé pour 2h30 d’un show que Claude Nobs va devoir inscrire dans les légendaires nuits de son festival.
Derrière, ce n’est que du bonheur. Trois cuivres, deux claviers, une basse et une sublime plante aux fûts. Ca envoie grave. Vont suivre, Controversy, Musicology, I feel for you, Nothing compares 2 U, le fantasque Come together de Lennon/McCartney et encore Little red Corvette. Le tout, bien sûr, réarrangé pour la circonstance et le lieu. Durant le show, Prince ira même jusqu’à faire monter quelques spectateurs à ses côtés pour partager micro et pas de danses. La grande classe, l’homme est un seigneur et met constamment son groupe en valeur. Le son est énorme, réglé, comme il se doit, au diapason helvétique. Le voir dans de telles conditions est un pur bonheur, un moment de grâce.
Minuit, Nobs est aux anges, le public comblé et la bière fraîche à notre merci. Difficile de reprendre le souffle et de sécher ses yeux après un tel événement. Une semaine auparavant, on y aurait même pas cru une seconde. Le compte rendu va bon train au-dessus d’un plat nippon et les pieds presque dans l’eau. D’un commun accord, ce concert fera partie du top five, juste à côté de celui de Yes à l’Olympia en 2000.
Photos: DR.

Yannick Perrin
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