| Reportage - |
Public Enemy au Zénith |
Public Enemy au Zénith "Légendes urbaines"
Les vétérans mythiques de Long Island sont en tournée en France. A Paris, ce mardi 4 avril, ils ont prouvé qu'il gardaient une belle patate et leur poing levé!
25 ans après sa création et 20 ans tout juste après son arrivée fracassante chez les disquaires, Public Enemy est venu faire un petit coucou à ses fans parisiens. Pour l'occasion, le Zénith avait été configuré avec sa seule partie basse, ce qui permettait les meilleurs échanges entre le groupe et le public, mais aussi une rare intensité dans les gradins. Raconter Public Enemy en concert, c'est déjà s'attarder sur le dispositif de mise en scène, presque immuable depuis les origines. En introduction, les deux guitaristes s'avancent en tendant le poing, pendant que derrière trois mastards en tenue paramilitaire s'emploient à des mouvements stricts. Les mêmes resteront d'ailleurs sur scène jusqu'au bout, raides commes les bobbies de Buckingham. Le "ministre de l'information" Professor Griff arbore toujours son uniforme des Black Panthers, le leader Chuck D porte sa jambe de survet' relevée au genou et un embonpoint satisfait. Enfin, pour décrire Flavor Flav, "le plus vieil adolescent du monde" selon Chuck D, il faudrait presque un article de plus. La voix la plus samplée du hip-hop cultive d'ailleurs son statut de légende en se permettant de nombreuses facéties. Comme arriver après deux morceaux, avec des lunettes cerclées de nénuphars et l'indispensable réveil blanc autour du cou. S'offrir un solo de batterie à l'intérieur des vingt minutes où il est seul en scène, ou encore stimuler le public avec de longs hululements à la ODB et des "Yeaaah boyyyyy" scandés jusqu'à épuisement.
Vétérans, activistes, les membres du groupe n'en gardent pas moins le sens du spectacle, et débarquent sur scène portés par trois de leurs meilleurs titres, Night of the living baseheads, Bring the noise et Welcome to the terrordome. Une fois Chuck D et Flav réunis, le jeu avec le public peut commencer. La fosse concassée recouvre à peine bras et jambes que déjà les deux compères lèvent haut leur troisième doigt pour introduire deux morceaux très politiques : Black steel in the hour of chaos, brûlot anti-guerre et Son of a bush, récent manifeste jeté à la face du président des Etats-Unis. Et le concert se poursuit dans une belle débauche d'énergie hypra-sincère, s'appuyant en majorité sur des titres plus anciens comme Can't truss it ou Shut'em down, avec un clin d'oeil rapide au tube He got game, qui les avait relancés auprès du grand public en 1998. Dans la salle, on trouve surtout des plus de 25 ans, qui ont suivi le phénomène à l'époque où il suscitait engouement et polémiques, des jeunes désireux de juger sur pièces, et des spectateurs branchés rock qui apprécient la force de percussion des groupes hip-hop plus anciens, tels Cypress Hill ou les Beastie Boys.
Le spectacle continue, avec l'inévitable hommage aux autres légendes du rap, et une reprise de Run DMC. Puis vient le "Flavor Flav show", entre harangues à la foule, monologues, et succession des morceaux solos de l'agitateur, 911 is a joke, Can't do nothin for ya man et Cold lampin', à la grande joie du public qui reprend à tue-tête " So get up, get get down...911's a joke in yo town". Le rythme se maintient lorsque Professor Griff demande au guitariste de lancer des riffs rock célèbres, parmi lesquels Whole lotta love ou Back in black. Pour amorcer la fin du concert, le groupe revient sur scène en compagnie d'un des rois du free jazz, Archie Shepp, très classe avec son saxo. En phase quasi orchestrale, Public Enemy dégaine alors ses dernières cartouches, Give it up, Don't believe the hype, PE #1. Et le show s'achève sur l'indispensable Fight the power, long d'une dizaine de minutes, avec un glissement final vers la version originale des Isley Brothers. En guise d'adieu, Flav restera seul sur scène pour délivrer au public ses messages de paix et d'unité. Yeaaaaaaaaaaaah boyyyyyyyyyyy !!!
Photos: M.M

Matteu Maestracci
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