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Quinzième anniversaire de la disparition de Miles

Quinzième anniversaire de la disparition de Miles "Miles Extract..."


Miles Davis, un des jazzman les plus facétieux mais également un des plus talentueux du 20ème siècle, est disparu il y a 15 ans. Ce quinzième anniversaire est l’occasion de revenir sur le fabuleux parcours de ce trompettiste, incroyable génie avant-gardiste, et de naviguer entre les styles, les virtuoses et les utopies qui l’ont accompagné pendant trente années de sa foisonnante carrière.

par Mathieu Ramspacher | le 28/11/2006

Quinzième anniversaire de la disparition de Miles Du bop au funk, du jazz cool à l’électro, l’œuvre musicale de Miles Davis constitue un panorama complet de ce qu’a été la richesse du jazz durant la seconde partie du 20ème siècle. Son profond charisme ainsi que son originalité artistique ont suscité la curiosité de grands musiciens comme John Coltrane, Gil Evans, Billy Strayhorn, Max Horn, Ron Carter, Bill Evans ou encore Herbie Hancock. Il a également lancé de jeunes talents (Cannonball Adderley, Tony Williams, …) pour qui une telle collaboration a marqué le début d’une grande carrière.

L’aventure commence en 1945 lorsque Miles intègre le quartet de l’altiste Charlie Parker, figure emblématique du jazz be bop. Pour Miles, c’est là une excellente école pour apprendre l’art de manier la double croche. Il a de commun avec Bird le phrasé langoureux mais ne le suit pas dans sa fureur bop. Les sons de Miles Davis s’apparentent alors au jeu de Dizzy Gillespie : limiter les notes tout en en tirant le meilleur parti. La rencontre avec Gil Evans oriente le travail de Miles vers le souci de l’orchestration. C’est ainsi que naît l’album Birth of the cool en 1948. La combinaison novatrice des instruments (tuba, sax alto, sax baryton, trompette) et la richesse des arrangements posent les bases de son quintet. Le succès du mouvement cool ne profite pas réellement à Miles qui travaille déjà à ce qui va suivre. Il inaugure alors une valse des maisons de disques que l’on connaît bien aujourd’hui. C’est au Festival de Newport en 1955 que Miles enregistre son premier live retentissant Round Midnight : ses solos interminables mettent en lumière une tessiture sobre et appuyée, une profondeur des sons transportant l’auditeur dans un voyage lointain. Les enregistrements en studio qui suivent pour Prestige constituent aujourd’hui, avec du recul, une des avancées les plus importantes du jazz contemporain : On se souvient de Miles Davis and the Modern Jazz Giants qui scelle la rencontre au sommet avec Thelonious Monk. La célèbre version de Round Midnight est issue de cette session puis maintes fois reprise par le saxophoniste John Coltrane ou le batteur Kenny Clarke.

Quinzième anniversaire de la disparition de Miles Changement de cap
A la fin des années 50, Miles se lance alors dans une musique plus incisive où les notes et les soupirs cohabitent avec élégance et force. Miles Ahead en 1957 et l’hypnotique Kind Of Blue enregistré en 1959 marquent une transition entre deux maisons de disques (Columbia et Capitol) mais également entre deux sextet (arrivée de Cannonball Adderley). Miles Ahead met en avant la qualité et la richesse des orchestrations. Un véritable hommage à Duke Ellington. Les cuivres qui composent la section rythmique sont issus de la formation présente sur Birth Of The Cool et est enrichi de cors, de anches basses et de trombones. Miles est alors le seul soliste. Kind Of Blue se situe dans un autre démarche. Cet album traduit plutôt l’indépendance de chaque musicien et la capacité de Miles à motiver ses troupes à se surpasser. D’ailleurs pour l’enregistrement de l’album, une seule prise suffira. Le son résultant de cette période est finalement le reflet de la compréhension immédiate qui existait entre Miles et John Coltrane.
Cette phase se clôture en 1958 avec la sortie de la bande originale du film Ascenseur pour l’échafaud, premier film de Louis Malle qui fait connaître Miles au public français. Cette BO s’est enregistré en totale improvisation en 1957, en une nuit, alors que le jeune réalisateur passait à Miles et à ses musiciens les scènes qu’il voulait musicales...

Un des dilemmes de Miles sera de remplacer Coltrane, parti former son ensemble en 1961. Pas facile... Miles ne veut pas céder au mouvement free jazz qu’il n’a pour une fois pas initié et s’ingénie d’ailleurs à critiquer de manière particulièrement caustique et bruyante ce style emmené par Ornette Coleman. Il préfèrera se consacrer à l'enrichissement du jazz "modal", découvert lors d’un concert du ballet de Guinée aux côtés de Georges Russell. Cette direction se confirme avec l'arrivée d'un jeune prodige, Tony Williams mais l'ombre de Coltrane plane encore. L'essai avec Georges Coleman ne convainc pas vraiment et la collaboration avec Hank Mobley ne fut pas beaucoup plus longue. Le live de Berlin en 1964 marquera l'avènement du nouveau quintet avec le très attendu Wayne Shorter riche de ses expériences chez Art Blakey. Sa présence aux côtés de Herbie Hancock (dans la droite lignée des Headhunters) marquera le renouveau de la section rythmique et scellera la rupture avec la période Milestones des années 40-50. L’ensemble du groupe avait accès à la composition, le tout produit par leur leader. Une véritable communion s’opérait entre tous. L'album Nefertiti (1967) résume assez bien le travail de ce quintette avec pour sommet Miles Smiles. S'enchaînent alors quantité de sessions historiques telles que l’excellente In A Silent Way (1969) ainsi que des live d'anthologie au Plugged Nickel enrichi de la contrebasse de Ron Carter qui soulignera la longueur des notes de Miles.

Quinzième anniversaire de la disparition de Miles Aspirations électriques
Cette fusion se retrouve sur l’album Sorcerer qui se caractérise par sa vive cohésion …Une véritable rupture. Les compositions sont audacieuses (aucun solo) et évitent de tomber dans l’écueil du free trop vite porté aux nues. On trouve également ici les prémices de ses aspirations électriques... Le rock débridé de Jimmy Hendrix et le funk multicolore de Sly incitent Miles aux mix les plus audacieux. L’engagement pour la cause noire porté par le boxeur Jack Johnson ne le laisse par ailleurs pas indifférent : le magique Tribute To Jack Johnson illustre sa maîtrise des rythmes et des influences.

L’arrivée massive de claviers tels Joe Zawinul et Chick Corea fait glisser Miles Davis définitivement dans l’ère électrique. En 1969, le cultissime Bitches Brew met en évidence le talent de tous à fusionner leurs influences personnelles. Le résultat donne six improvisations d’une étonnante richesse rythmique qui flirte en permanence, sans y basculer, avec le free jazz. John Mac Laughlin, riche de son expérience Shakti, niche avec délicatesse ses riffs de guitare tandis que la clarinette de Benny Maupin donne l’exacte réplique à la trompette de Miles. L’arrivée de cet enregistrement aux sonorités nouvelles provoque stupeur et fascination chez les boppers et adeptes du free jazz d’Ornette Coleman.

Les sessions suivantes divisent encore la critique : l’expérimental On The Corner (1972) fût accueilli de façon très inégale. Que tout le monde se rassure, les appréhensions sont aujourd’hui dissipées puisque cette période et en particulier le Live Evil a été redécouvert et réhabilité. Ces disques ont en effet anticipé de manière saisissante les évolutions de la musique électronique contemporaine.

C’est à cette période que s’écrivent également les grandes pages de Miles in Montreux. La musique profonde et silencieuse de Miles transcende la scène du Palace et permet de marier définitivement les termes jazz et rock. Les frasques du trompettiste ont quelquefois terni la qualité de ces sessions dont certaines n’ont jamais été enregistrés en studio.

Le début des années 80 a vu l’enregistrement d’albums jazz-rock fusion très remarqués et qui permettront le lancement d’artistes funk prometteurs tels que le bassiste virtuose Marcus Miller. Cette période restera sûrement celle qui a rendu le jazz accessible aux amateurs de rock « la beauté d'un silence, d'une respiration au sein d'une harmonie gorgée d'émotions et d'énergie ». Cette collaboration d'égal à égal aboutit à Tutu (1986) qui enthousiasma la critique. La suite fut moins riche : des reprises de Cindy Lauper ainsi que des collaborations très orientée pop ne furent pas à la hauteur. Ces mixages et dosages sonores se poursuivent jusqu’à l’enregistrement de Doo-Bop. Ce disque, malheureusement inachevé, enregistré avec le rappeur Easy Mo Bee est une fascinante prédiction de ce que sera le jazz des 10 prochaines années. Ecouter le morceau Mystery scotche l’auditeur sur sa chaise tant il est surpris par l’actualité des rythmes.

Quinzième anniversaire de la disparition de Miles Rétrospectives
L’anniversaire de la disparition de Miles Davis a bien entendu été célébré avec la sortie d’une rétrospective Cool and Collected, un ensemble de morceaux choisis. La sélection des titres est bien menée. On y retrouve les grands classiques tels que So What, Milestones ou encore ESP et Human Nature. On pourra reprocher à ce disque d’être relativement hétérogène. Mais il est difficile de trouver une bonne « compilation » du répertoire de Miles Davis. On pourra plutôt se tourner vers les disques édités par chacune de ses maisons de disques retraçant leurs catalogues respectifs : Savoy, Columbia, Capitol/Blue Note.


De nombreux live permettent de se rendre compte de la dimension unique du son chez Miles Davis: les live enregistrés au Plugged Nickel (1965 par exemple), We Want Miles qui retrace deux ans de concerts-fusions entre les Etats-Unis et le Japon ou ces diverses apparitions à Montreux tout au long de sa carrière.

De nombreux coffrets richement documentés et illustrés ont été édités. In a Silent way éclaire l’évolution des compositions et des rythmes au fur et à mesure de la session. Notons que de nombreux albums vont êtres réédités fin 2006 et début 2007 sous forme de digipack cartonné comme Porgy and Bess, ESP, Nefertiti
De nombreux enregistrements restent rares en Europe sauf sous forme de vinyls collectors. Ces enregistrements (Pangea, Agharta, Walkin), Hornsont en effet été publiés au Japon et sont disponibles en import. Une source fort enrichissante puisque ces albums témoignent de la dynamique qui a poussé de nombreux jazzmen à aller présenter leur travail sur l’archipel dans les années 1965-1975 au moment même où l’Europe et les Etats-Unis lorgnaient vers l’ailleurs.


Une sélection parmis tant d’autres :
1949 : Birth of the Cool
1957 : Miles Ahead
1959 : Kind of Blue
1965 : E.S.P.
1967 : Nefertiti
1968 : Water Babies
1969 : Bitches Brew
1970 : A Tribute to Jack Johnson
1986 : Tutu

Mathieu Ramspacher
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excel le 02/12/2006 à 01:28:50
excellent article

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