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Raul Paz "Quand j’ai quitté Cuba, je l’ai retrouvé à Paris"

En guise d'entrée en matière, Raul Paz a squatté la scène de l'Européen pendant cinq soirées avant de démarrer sa tournée européenne. Le public parisien visiblement ravi de découvrir son nouvel opus live n'a pas boudé son plaisir. Mélangeant savamment ses origines cubaines et ses propres références Raul Paz souffle un vent de fraîcheur, nous prouvant ainsi que le pur « son cubain » n'existe pas. Mais qu'il est bien le fruit de mélanges et d'influences diverses et variées. Celui qui est devenu la nouvelle coqueluche des amateurs de musiques latines nous a accordé un moment. Rencontre.

propos recueillis par Caroline d'Avout | le 20/03/2007

Raul Paz :

« Ce dernier album n’est pas un retour aux sources ni un retour à mes racines. D’ailleurs au lieu de racines, je préfère parler d’origine. »


Photo © Bernard Benant

Vous venez de faire une série de concerts à Paris, comment a réagi le public pour ces premières scènes qui étrennent votre tournée ?
Nous avons eu un très bon accueil, le public était chaleureux, il y avait beaucoup d’ambiance. C'était magique de démarrer la tournée avec le public parisien. On l’a senti intrigué et impatient de découvrir l’album en live. Les commentaires étaient enthousiastes, apparemment ça leur a plu. En plus on a bien joué donc on était très contents.

Votre dernier album est acoustique, peut-être plus tourné vers la musique traditionnelle. En tout cas il crée une rupture avec ce que vous aviez fait sur vos deux précédentes productions qui sonnaient plus pop. Pourquoi ce tournant ?
Je ne crois pas que les deux précédents albums étaient pop et, surtout, il y a un amalgame avec le traditionnel et l’acoustique. En fait, mes trois albums ont les mêmes racines mais pas le même habillement. Cette fois-ci on a joué en acoustique, l’ambiance est plus intimiste mais acoustique ne veut pas dire traditionnel. Si on va par là, finalement le plus traditionnel de mes albums est Mulata (son premier album sorti en 2003, ndlr). Ce dernier album n’est pas un retour aux sources ni un retour à mes racines. D’ailleurs au lieu de racines, je préfère parler d’origine. Après tout, la musique est avant tout un réflexe de ce que l’on est et d’où l'on vient. C’est avant tout un album de rencontre avec moi et Cuba et puis surtout avec d’autres musiciens. J’avais quitté mon pays depuis dix ans et je n’étais pas revenu plus d’une semaine ou dix jours. J’ai donc décidé de passer quatre mois là-bas en vacances. Je n’étais absolument pas venu pour faire un album. J’avais besoin de retrouver non pas l’ancien Cuba mais le nouveau, celui que je ne connais pas. J’étais invité par Gabriel Garcia Marquez, on a beaucoup discuté de musique et un jour il me suggère que je devrais peut-être essayer de faire quelque chose de plus dépouillé. Et tout s’est mis en place très naturellement.


Raul Paz :

« J ‘habite à Paris, et un musicien appartient d’abord au monde dans lequel il vit. »


Photo © Bernard Benant

Comment s’est déroulé l’enregistrement et le travail avec les autres musiciens ?
Comme je disais, ce séjour a surtout été un moment de rencontre personnel avec mon peuple et mon pays. J’ai rencontré une nouvelle génération de musiciens très jeunes et on a tout de suite eu une complicité très forte. Tous ont entre 20 et 25 ans, ils ne représentent pas le patrimoine, au contraire, ils veulent communiquer avec l’extérieur. On a enregistré en quatre jours au studio Egrem à la Havane qui est le studio mythique, quasiment le seul qui a existé pendant longtemps. Il a vraiment une sonorité particulière. Une fois l’enregistrement fini on a presque rien modifié pour garder ce dépouillement, préserver la grâce qu’on avait trouvé en jouant tous ensemble et surtout cette sonorité « comme à la maison ».

Cette fois-ci vous avez passé le cap de chanter en français. Qu’est-ce qui vous a donné le déclic ?
Ca faisait longtemps qu’on me demandait de chanter en français mais je ne voulais pas, je n’avais pas envie de faire un effort supplémentaire. Et puis paradoxalement c’est en étant à Cuba que c’est venu. J ‘habite à Paris, et un musicien appartient d’abord au monde dans lequel il vit. Au début j’ai hésité à faire écouter cette chanson à la maison de disques, j’avais un peu honte, mais ils ont aimé et on l’a gardée.


Raul Paz :

« C’est parfois la distance qui nous fait découvrir notre vraie essence car quand on est loin il faut savoir d’où l'on vient. »


Photo © DR

Vous vivez donc depuis plus de dix ans à Paris et vous continuez pourtant de jouer de la musique d’inspiration cubaine. Comment fait-on pour entretenir le lien musical avec sa terre quand on est loin de chez soi?
Chacun à sa manière de l’entretenir. Quand j’ai quitté Cuba, je l’ai retrouvé ici. C’est parfois la distance qui nous fait découvrir notre vraie essence car quand on est loin il faut savoir d’où l'on vient. On fait beaucoup d’effort à apprendre de l’autre, du coup on apprend beaucoup de soi. C’est peut-être dans la distance qu’on apprend à se connaître le mieux. A cause de problèmes administratifs je n’ai pas pu y retourner pendant cinq ans, j’ai essayé de garder le lien en écoutant de la musique de mon enfance par exemple. Et puis on est musicien ou ne l’est pas. Et dans ce cas on essaye de faire la musique qui nous ressemble.

Vous avez eu une expérience aux États-Unis où vous avez enregistré un album. Finalement c’est à Paris que vous vous êtes installé. Pourquoi ce choix ?
Je suis d’abord venu en France pour faire des études et puis par la suite j’ai fait découvrir ma musique qui n’a pas reçu un très bon accueil… C’était pendant la vague du Buena Vista Social Club, or je n’étais ni noir ni vieux et j’aimais mélanger les genres. Ma musique ne correspondait pas à l’image qu’on se faisait à l’époque de la musique cubaine. A ce moment j’ai eu une proposition pour faire un album aux États-Unis, j’y suis allé et il s’est d’ailleurs bien vendu. Et puis à ce moment là on a commencé, en France, à s’intéresser à ma musique et comme je préfère vivre ici le choix c’est vite fait.

Vous pensez parfois au retour ?
Pour l’instant je suis là et ce n’est pas le genre de question que j’ai l’habitude me poser. Mais je crois qu’on finit toujours pas revenir.

Dernier disque paru: En Casa, Naïve, lire la chronique ici.


Propos recueillis par Caroline d'Avout
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