Respect is burning
"Regarder le soleil qui se lève..."
C’est reparti ! Tout l’été, du 14 juin au 20 septembre, les soirées Respect Eté d’Amour réinvestissent les quais de Seine, sur le bateau Concorde-Atlantique. Au programme : djs de légende, sons inédits et couchers de soleil.
En ce mercredi 14 juin pourtant, après trois jours de météo magnifique, le temps s’est brusquement couvert sur Paris. Pas de chance. D’autant plus que Josh Wink, dj américain, vient de se décommander. Mais il en faudrait plus pour décontenancer David Blot, Jérôme Viger-Kohler et Fred Agostini. En 10 d’activisme, entre le Queen, New York, Miami ou Kuala Lumpur, la petite équipe des soirées Respect en a des choses à raconter…
|
Respect is burning
: « On propose une antithèse du clubbing classique. Ici, c’est possible de boire un verre dehors, sans musique. Et en 2 minutes, de replonger dans la soute. »
Photo ©
O.S. |
Bon, pour une première, on aurait pu rêver de circonstances un peu plus favorables… ?
Jérôme : C’est clair. Pour cette première soirée de l’été, on était contents de démarrer avec Josh Wink. Et puis on a appris hier qu’il était à l’hôpital. Il a annulé toute sa tournée.
Justement, vous en avez eu d’autres, des plans comme celui-ci?
Jérôme : Et bien justement, en 10 ans, pas tant que ça. C’est d’autant plus énervant quand ça arrive !
Fred : C’est vrai, je vois pas trop… Ah si, Stretch Amstrong. Il y a prescription maintenant, vas-y raconte !
David : C’était du temps du Queen, à Paris. On avait booké ce dj, il arrivait de New-York. Il nous a planté 2 heures avant la soirée. Impossible de l’annoncer, on risquait de perdre le contrat avec notre sponsor. Résultat : on a appelé un copain, il est venu jouer à sa place. Et le sponsor n’a rien vu ! Et sur le dancefloor, de toute façon, tout le monde s’en foutait. En France, il était inconnu à l’époque (rires).
|
Respect is burning
: « un jeune de 18 ans qui commence à sortir aujourd’hui, le Queen et Respect ça n’évoque absolument rien pour lui ! Alors que c’est une période qui a marqué beaucoup de gens de notre génération. »
Photo ©
DR |
Pour ceux qui ne connaitraient pas encore, comment est-ce qu’on pourrait résumer l’esprit des soirées Eté d’amour?
D : Olschool/Nuschool. C’est le mélange du live, des dj’s. Une programmation pointue, qui accorde une place de choix à la house. C’est aussi et surtout un lieu : un bateau, sur la Seine, près du Pont de l’Alma, transformé en club sur 3 niveaux. Une soute avec le dancefloor, un étage intermédiaire et une grande terrasse. Tous les mercredi, du 14 juin au 20 septembre, l’entrée est libre de 18h à 22h pour l’apéro. Ensuite, c’est 10 euros pour la soirée « club » proprement dite. Difficile de trouver un équivalent à Paris !
J : La terrasse, en été, c’est vraiment un plus. Ca permet de rester plus longtemps. De quitter la soute et la piste. De s’aérer, de profiter d’une vue magnifique sur la Seine et sur Paris. C’est un bateau un peu unique en son genre…
F : Maintenant, si la mairie de Paris nous avait proposé de réinvestir la Gaité Lyrique ou le Palace, on y serait peut-être allé ! Tous ces lieux mythiques de la nuit, qui ne servent plus à rien et qui tombent en ruines (rires).
D : Pour résumer, on propose une antithèse du clubbing classique. Ici, c’est possible de boire un verre dehors, sans musique. Et en 2 minutes, de replonger dans la soute.
C’est aussi un moyen de mélanger les publics ?
F : Avec ce concept, on a toute une génération de trentenaires qui nous suivent depuis le début et qui continuent. Ils viennent en sortant du boulot. Ça n’aurait peut-être pas été le cas si on était resté dans une configuration club plus classique.
D : Ce mélange des publics, c’est amusant. Cela fait 10 ans qu’on fait des soirées. Et quand on voit un jeune de 18 ans qui commence à sortir aujourd’hui, le Queen et Respect ça n’évoque absolument rien pour lui ! Alors que c’est une période qui a marqué beaucoup de parisiens de notre génération.
|
Respect is burning
:
« On a toujours joué sur le contre-pied. En 1996, on bookait St Etienne en sélector pour faire le contrepoids des dj’s qui nous faisaient chier à l’époque. »
Photo ©
DR |
Beaucoup d’habitués et quelques nouveautés : c’est comme ça qu’on peut résumer la programmation cette année ?
D : Il y aura encore des dj’s qu’on est les seuls à faire venir, comme David Mancuso (voir programmation ci-dessous). Il sera là pour la troisième année. Comme chaque année, on fait aussi jouer Dimitri from Paris, une valeur sûre, un vrai dj. Sinon, on retrouvera aussi Dj Deep, Romain BNO, Kevin Saunderson, Pepe Bradock, Sven Love, Justice, Dj Medhi…
F : Des nouveautés aussi : Para-One, Tekel… et un live à ne pas manquer, les Cuban Brothers, fin août !
D : D’une année sur l’autre, il y a une gradation. Il y a des artistes que l’on fait jouer une année pendant l’apéro, en début de soirée. Et qui, l’année suivante, sont bookés dans la partie club.
J : On veut continuer à faire découvrir des dj’s : « We are on a mission » ! (rires)
Justement, vous y croyez encore au clubbing ? A la house ?
D : C’est sûr, ce n’est plus comme en 1999. C’est plus difficile. Mais il faut prendre du recul. Nous, on a une théorie des vagues : si on regarde bien, toutes ces tendances, ça va, ça vient…
F : Et justement, de toutes façons, nous avons toujours maintenu une programmation très hétéroclite, mélangeant plusieurs styles.
D : Aucune musique ne nous fait peur ! On a toujours joué sur le contre-pied. En 1996, on bookait St Etienne en sélector pour faire le contrepoids des dj’s qui nous faisaient chier à l’époque. A l’époque, ça jouait techno-trance/hardhouse, fallait arrêter tout ça. Et aujourd’hui, c’est un peu l’inverse : les sélectors, l’électro-clash sont à la mode ; et nous on booke Dj Deep ou Derrick May…
|
Respect is burning
:
« Parfois, les promoteurs des soirées nous payaient 2 nuits d’hôtel, mais, nous, forcément, nous voulions en profiter et rester sur place un peu plus longtemps. Donc on complétait de notre poche »
Photo ©
DR |
Mais quand même, si on regarde votre parcours ces 10 dernières années, il y a de quoi être nostalgique. Après l’énorme succès du Queen, les soirées Respect se sont exportées dans le monde entier, de New York à Miami, de Tokyo à Kuala Lumpur… Voyages, hôtels, luxe : vous n’avez pas de regrets de cette période trépidante ?
D : C’était une période dingue, c’est vrai. Mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, financièrement, ce n’a pas vraiment été pour nous la plus rentable (rires) ! On voyageait beaucoup, mais c’était une vie au dessus de nos moyens. Parfois, les promoteurs des soirées nous payaient 2 nuits d’hôtel, mais, nous, forcément, nous voulions en profiter et rester sur place un peu plus longtemps. Donc on complétait de notre poche 2 nuits supplémentaires. Et puis forcément, tu fais du shopping, c’est pas donné… Parfois, nous n’étions pas encore payés qu’il fallait déjà avancer l’argent ou les billets d’avion aux dj’s.
J : Et là tu te pointes au distributeur avec ta carte bleue, ton compte est à sec, ça passe pas…
D : On était la « jet set en crise »… Avec un compte en banque souvent bien encastré. Mais on ne regrette pas, c’était une bonne leçon de vie.
Pour finir, quels souvenirs marquant vous gardez de ces 4 dernières années à Paris pour l’été d’amour?
F : Moi, c’est le live de Mocky, il y a 2 ans. Une emprise totalement folle sur le public. C’était blindé. Le bateau n’est pas vraiment équipé pour les concerts. Il était sur une toute petite scène. Mais il est vite descendu, il a dansé avec les gens.
J : On pourrait aussi dire la première soirée avec David Mancuso. Dj disco du Loft, à New-York, il n’avait à l’époque encore jamais joué en France. On savait pas du tout ce que ça allait donner. C’était un peu une légende. Il a débarqué avec ses cheveux longs et ses disques. Il ne les mixait pas, il se contentait de les enchainer, sans casque avec sa petite lampe de poche… Et pourtant il a tenu le dancefloor pendant des heures !
D : Mais tu sais, un bon souvenir, c’est aussi tout simplement se retrouver sur la terrasse du bateau. A 5 heures du matin, être enfin au calme. Et regarder le soleil qui se lève sur Paris… 
Propos recueillis par Olivier Sibille
Aller plus loin (liens) :
Respect is Burning
Chronique du disque Eté d'amour 2005
La programmation 2006
|