   Moins d’un an après Movimento, le duo franco-brésilien revient avec un album electronica plein d’images, de voyages et d’hommages.
Elle est brésilienne, il est français. Elle chante, il met en musique. Mais tous deux composent ensemble… En digne couple mixte, Leticia Maura et Thomas Ferrière, alias Sao Paris, additionnent leurs identités, leurs influences et leurs origines pour accoucher d’un enfant métis, fruit de la multi-culturalité et de l’ouverture d’esprit. Le résultat : un voyage aux sonorités variées et aux accents cinématographiques, dans des pays réels ou imaginaires. Le premier morceau, qui donne son titre à l’album (Là veut dire "là-bas" en brésilien) nous emmène en Chine, pour un duo onirique entre Leticia et Ly Quian. Honk Kong est aussi au programme de la ballade avec un hommage poétique plein de "blips and glits" au réalisateur Wong Kar Wai. Impossible bien sûr de faire l’impasse sur le Brésil, à travers la voix et les textes de Leticia, mais aussi la participation de Chico Cesar dans Last dream, un titre que l’on pourrait qualifier d’« electro saudad », tant sa lenteur et la nostalgie qu’il dégage s’inscrivent dans la droite ligne du fado portugais. Plus étonnant et surtout totalement déroutant, ce crochet par la Roumanie francophone et surréaliste de Ghérasim Luca, avec son poème ¼ d’heure de culture métaphysique. Une leçon de vie ou plutôt une recette barrée pour trouver sa position dans un univers qui ne l’est pas moins, le tout sur une electronica parfaitement adaptée au propos de cet avant-gardiste du surréalisme.
Mais il n’y a pas que des contrées inconnues à découvrir, il y a aussi des mariages de sons originaux comme la guitare de Sambaleias qui ne cesse de subir des modifications électroniques au fil du morceau. Le son se densifie, les notes se superposent pour donner vie à des instruments hybrides. Autre exemple, Acqua, titre le plus speed, où une sorte de broken beat contraste avec la voix douce de Leticia, on en arrive presque à du « drill’n bass » à la mode d’Aphex Twin.
Pas de doute, cette union franco-brésilienne est bénie, et cette fois France-brésil ne fait pas "un, et deux et trois zéro" mais plutôt "un, et deux et trois : heureux !"
Emmanuel Raoul
F Com (Juin 2006)
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