CD/Disque
Sayem "Phonogénique"
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   Le jeune DJ toulousain livre un premier album bluffant, et souvent porté par la grâce
D'emblée, avec l'onirique et sucré World of flowers en introduction, on sait qu'on flirte avec du lourd. On s'attend à juste titre à un OVNI qui renverra dans les cordes des brouettes de disques à inspiration electronique, on se prend à rêver d'un autre monde sonore qui serait possible. Et comme il est bien souvent difficile d'éviter comparaisons et/ou étiquettes, impossible de ne pas mentionner des artistes qui auraient volontiers signé des deux mains pour le track suivant, Superficiel. Une pérégrination moite et ethérée, où l'on entend si on se penche un peu des semblants de Kraftwerk, rejoignant Moby (désolé mais si) sur les traces de l'empereur-pionnier Brian Eno. Et quel plus beau régal, lorsqu'on est très fort et insolent comme Sayem, de bousculer la pesanteur ensuite avec un Orchestra qui convonque des grandes orgues que DJ Shadow lui-même n'aurait pas reniées. Bon, d'accord, promis j'arrête, d'autant que parfois les artistes se vexent lorsque notre profession souhaite à tout prix leur asséner des maîtres à mixer, ou des pères de substitution. Alors que fichtre à la fin, Sayem il peut vraiment faire ce qu'il veut tout seul, nourri qu'il a été à ses précieux contacts dans le "milieu" (Miss Kittin, Cassius, Jeff Dominguez), et rodé aux concerts et tournées...Sans oublier les pubs pour un téléphone ou la Coupe du Monde de rugby (pour un gars de la "ville rose" c'est bien le moins). Et comme l'artiste se considère membre de la Génération plugins, il ne se prive pas pour varier les plaisirs et les styles. Pour la touche hip-hop, de nombreux cuts gardent l'oreille en alerte, tandis que les deux compères de La Caution participent à contre-courant au titre La culture, dans lequel leurs flows sont avalés par la machine infernale mise en place par le producteur...Même traitement cynique et subversif pour le conte urbain Il était une fois, balisé par la belle voix de Lilouh. Suivent de nouveaux morceaux flottants et délicats, avec notamment l'entêtant Derrière toi. A boire et à manger, à flotter et à rêver, et au final suffisamment pour laisser au repos un temps ses disques de Pink Floyd, et faire un saut décisif dans le son de l'avenir.
Matteu Maestracci
Pôle nord/Differ'ant/Ping Pong (mai 2007)
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