CD/Disque
Scalde "Poperetta"
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    Il existe en France un Robert Wyatt sain d’esprit. Ne passez pas à côté comme j’ai failli le faire. A vrai dire, la pochette de Poperetta ne me donnait pas très envie d’entendre le disque, mais comme je sais toujours me rappeler opportunément la (surprenante) non-universalité de mes goûts et que par ailleurs je suis consciencieuse, j’ai glissé le disque dans le lecteur cd de la cuisine. J’essuyais la vaisselle, je me le rappelle très bien ; j’ai posé le torchon alors qu’on n’était encore qu’à une petite minute de musique et j’ai dit un gros mot, suivi de « c’est vachement beau, ce truc ». Les chats ont bâillé.
Quand on parcourt la liste impressionnante des influences revendiquées par Scalde, on imagine quel genre de DJ il doit être lors des soirées lyonnaises Panorama Pop dont il est le pape. Scalde brasse très large, de Nina Simone au Velvet Underground, de Björk à Françoise Hardy , de Jean-Sebastien Bach à Margo Guryan. A la fois exigent et soucieux que vos corps se trémoussent, d’après ceux qui ont eu la chance de goûter à ces soirées, il peut vous lancer une perle rare, le truc que personne ne se rappelle même avoir un jour édité, et enchaîner sur la dernière tuerie des Neptunes et hop, tout le monde de sauter partout.
De tout cela, que reste-t-il sur Poperetta, dont (comme son nom veut l’indiquer) le concept d’origine est celui d’un mini opéra pop ? Heureusement, peu de traces audibles. Scalde semble juste avoir tiré, pour son travail personnel, deux qualités très précieuses de son expérience derrière les platines : un sens de la mélodie et des structures, et l’art de les habiller. D’après ce grand bonhomme (deux mètres de haut et une mèche rousse en travers du front sont ses caractéristiques physiques de cet étonnant personnage, qu’on ne peut décidément pas oublier une fois qu’on a croisé sa route ou son album), toute chanson est en effet réductible à un squelette, et les arrangements, qui en sont la chair, eh bien on peut jouer avec eux à l’infini – selon le principe du remix, auquel tâte aussi l’hyperactif et multitâche Lyonnais.
Multitâche, il l’est particulièrement sur cet album, où il se révèle un véritable homme-orchestre, assurant seul les voix, guitares électriques et acoustiques, harmonium, basse, ukulélé, flûtes, sitar, piano, harmonium, cithare, glockenspiel, batterie, percussions et programmations – sans compter des trucs jusqu’alors entendus uniquement dans Star Trek, tels que Teisco SP 60, Gem Sprinter 49, Elgam Beat 44 (aïe). Il invite bien, par ci par là, une personne de plus petite taille à ajouter des touches de synthé, basse, violon ou violoncelle mais ce Poperetta, il faut bien le reconnaître, est son œuvre.
La liste vertigineuse des instruments cités plus haut annonce aussi un habilleur de squelette musical très généreux. Cependant, une telle richesse ne nuit en rien à l’unité de l’album, sa maîtrise est indiscutable et le résultat, envoûtant. Il n’est pas jusqu’à la voix de M. Scalde* qui ne convainque totalement, sauf sur l’unique chanson en français, auquel son timbre se prête moins. Je me méfie souvent des virtuoses, persuadée (chacun son truc) que la technique et l’émotion ne se recoupent pas si souvent. Scalde est une exception à ma règle.
* Il eût été utile ici, pour éviter les répétitions, que je connaisse son vrai nom, mais je dois bien avouer que je ne l’ai trouvé nulle part : j’offre un Mars en Colissimo au premier d’entre vous qui saura combler cette lacune (concours fermé aux originaires de la région lyonnaise). Je pourrais jouer sur la définition du scalde, puisqu’il s’agit aussi d’un nom commun, mais vous avouerez qu’on ne saurait se satisfaire d’une phrase telle que « Il n’est pas jusqu’à la voix de ce poète scandinave (ce que n’est pas notre Monsieur) du Moyen-Age (non plus) composant sur la base de l’allitération, du décompte des syllabes et de l’accentuation (à vérifier) une poésie strophique volontairement sans lyrisme (alors je ne vois pas ce qu’il vous faut) à la formulation stéréotypée (voulez un coton-tige ?) louant des personnages, récapitulant un lignage (ah bon ? j’ai encore rien capté) ou décrivant un bel objet (t’as vu mon nouvel ipod ?) qui ne convainque totalement (rappelez-vous le début de la phrase) ».
Ecouter ici .
Fanny Chiarello
Artotal / Discograph, 2006.
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