Senor Coconut
"Jouer les morceaux des autres est tout à fait normal"
Sous ses 80 pseudonymes (Atom Heart, Atom TM, Flanger, XXX, Geez’nGosh, etc…) il a signé plus de 300 singles et albums. Mais le plus célèbre est sans doutes celui de « Senor Coconut », personnage improbable à la recherche des ponts entre musique latine et électronique. Egalement patron du label Rather Interesting, Uwe Schmidt était à Paris ce jeudi 6 juillet. Rencontre, à quelques minutes d’un concert enfiévré au Nouveau Casino...
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Senor Coconut
: « Senor Coconut, c’est un personnage fictif que j’ai inventé. Quelqu’un que je voulais rencontrer dans la vraie vie, mais que je n’ai jamais trouvé. »
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Plus de 80 pseudos : est-ce que tu as un problème avec les noms ou bien peur d’être connu ou reconnu ?
Uwe Schmidt: Non, pas du tout. Les noms correspondent à des idées musicales, certaines sont plus fortes que d’autres et parfois des idées en entraînent de nouvelles, qui vont se développer tandis que d’autres vont tout simplement mourir après le premier album ou le premier morceau. C’est seulement un moyen pour moi de rester créatif.
C’est pour la même raison que tu as exploré des genres très différents de la musique électronique (trance, ambient, techno, hip-hop…) ?
Oui exactement, pour moi la musique est une aventure, j’ai beaucoup d’idées différentes, et j’ai besoin de les exprimer de différentes manières. Mais à la fin, tout cela reste le même voyage. Parfois, un nom ou une image se transforme en quelque chose de nouveau et une chose que j’ai appris dans un projet va se retrouver dans un autre projet avec un nouveau nom.
Dans ton parcours musical et personnel, comment es-tu devenu Senor Coconut ?
En fait, je refuse d’être Senor Coconut. Senor Coconut c’est Senor Coconut ! Je ne m’identifie pas à lui. Moi, je me vois plutôt comme son guide spirituel. C’est un personnage fictif que j’ai inventé. Il est quelqu’un que je voulais rencontrer dans la vraie vie, mais que je n’ai jamais trouvé. Je voulais vraiment trouver quelqu’un qui soit plongé dans la musique électronique, mais qui ait aussi une très bonne connaissance de la musique latino-américaine. J’ai dû l’inventer et cela donne Senor Coconut, la fusion entre la musique electro et la musique latino.
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Senor Coconut
: « Quand un musicien comme Tito Puente faisait un album, il y avait forcément des reprises, il n’y avait même rien de plus normal pour les musiciens ou les arrangeurs. Fiesta Songs s’inspire de cette période. »
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Pourquoi as-tu choisi de reprendre Kraftwerk à la sauce latino dans le 1er album ?
Je n’ai jamais été un fan de Kraftwerk, mais quand j’ai commencé à m’intéresser à l’idée de faire des reprises (et pas uniquement latino), beaucoup de gens m’ont dit « et pourquoi pas Kraftwerk? ». Cela paraissait tellement important, que j’ai commencé à y réfléchir, mais au début c’était presque comme une blague… C’était juste une idée un peu stupide, mais un matin je me suis réveillé et dans ma tête j’avais du Kraftwerk en version cha-cha-cha. C’était un bon signe pour mener à bien une idée musicale. J’ai donc travaillé pour la concrétiser.
T’attendais-tu à un tel succès?
Pas du tout ! Depuis que je vis au Chili (Ndr : depuis la fin des années 90), j’ai été complètement déconnecté des modes, de ce qui est tendance ou pas, de ce qui se fait sur le marché ou sur scène. Je ne m’attendais pas du tout à ça !
Après cet album de reprises de Kraftwerk, tu as fait Fiesta Songs, où tu t’es attaqué à des hits pop. Pourquoi ?
Je voulais faire un album qui s’inspire de la période de musique latino-américaine des années 50 et 60. A l’époque, quand un musicien comme Tito Puente faisait un album, il y avait forcément des reprises, il n’y avait même rien de plus normal pour les musiciens ou les arrangeurs que de faire des reprises. Fiesta Songs s’inspire de cette période, je voulais juste en faire un album populaire et j’ai choisi ces titres car ils me paraissaient intéressants à reprendre.
Et pourquoi Yellow Magic Orchestra (groupe pionnier de la techno pop asiatique fondé en 1978 par Haruomi Hosono, avec aux claviers Ryuichi Sakamoto) pour ton dernier album?
Eux, je les aimais vraiment beaucoup, ils ont compté pour moi. Mais l’idée est venue pendant que j’étais en tournée ces deux dernières années avec Senor Coconut. Beaucoup de gens me parlaient de leurs idées le concept et c’était très intéressant car chacun pensait des choses très différentes et me disait « tu devrais faire ci ou ça, une reprise de tel morceau ou bien quelque chose de radicalement différent ». Et il y avait vraiment de très bonnes idées, et parmi celles-ci cette histoire de Yellow Magic Orchestra. J’ai laissé l’idée se développer et voila le résultat, mais j’ai encore plein d’autres bonnes idées que je mettrai en œuvre plus tard.
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Senor Coconut
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« Quand on passe trois mois en tournée, il faut s’amuser sur scène. J’ai eu cette idée de concert avec un orchestre… mais ça paraissait étrange pour beaucoup de monde à l’époque »
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Olivier Sibille |
Qu’est-ce qui fait que, dans ton parcours, tu sois passé de la programmation pure sur des machines à la direction d’un véritable orchestre de musiciens ?
Ces quinze dernières années, j’ai fait beaucoup de choses, j’ai joué beaucoup de musique électronique tout seul : tu voyages tout seul, tu joues avec tes machines, tu es seul sur scène et tu quittes le pays tout seul… C’est une expérience particulière, je l’ai vécue pendant un peu plus de dix ans. Donc quand j’en suis arrivé à Senor Coconut, je savais que je voulais faire quelque chose de différent, en particulier sur scène. Quelque chose que je n’avais jamais fait avant et aussi m’éclater !
Quand on passe trois mois en tournée, il faut s’amuser sur scène. Je ne voulais pas me retrouver à faire quelque chose qui m’embête. Donc j’ai eu cette idée de concert avec un orchestre… mais ça paraissait étrange pour beaucoup de monde à l’époque. En particulier pour la maison de disque qui m’a dit que c’était impossible à financer. Je leur ai répondu : « Ok, si ce n’est pas possible, je ne fais pas de tournée et je reste à la maison ». Et ça a marché ! J’ai trouvé les bons musiciens et ça été vraiment fascinant de se lancer là-dedans.
Pour moi, faire de la musique n’est pas une profession, ce n’est pas comme conduire une voiture ou bosser dans un supermarché. J’ai passé ma vie à faire ça et je ne veux pas le faire si ça ne m’éclate pas.
Mais est-ce que diriger des musiciens n’est pas plus difficile que diriger des machines ?
Il suffit de trouver les bonnes personnes. C’est différent, ce n’est pas plus ou moins facile.
Sur un plan strictement artistique, est-ce que tu places à un même niveau le fait de composer des morceaux et celui de faire des reprises ?
Ce sont deux choses différentes. C’est comme regarder la musique sous différentes perspectives. Si tu composes un morceau, tu pars du centre et ça devient comme une fleur qui éclot, ça pousse de l’intérieur vers l’extérieur. Quand tu fais une reprise, tu dois d’abord enlever tous les pétales de la fleur pour ne garder que le centre. Et une fois que tu n’as plus que le centre, tu rajoutes des choses autour. Je pense que faire une bonne reprise est une forme d’art, tout comme l’est une bonne interprétation d’un morceau. En principe, les reprises sont passées de mode depuis longtemps, mais si tu regardes le jazz par exemple, jouer les morceaux des autres est tout à fait normal. Un musicien de jazz ne dirait pas à un autre : « quoi tu fais une reprise ? »
Pourquoi définis-tu ta musique comme « hyper-éclectique » ?
En particulier dans Yellow Fever! , je ne voulais pas créer une simulation d’homogénéité. Ce qui m’intéressait était de pouvoir faire des allers-retours entre les sons, les périodes musicales, les textures, les styles. Je ne veux pas de quelque chose de trop homogène. Mais hyper-éclectique est une expression qui reste en évolution permanente, j’y travaille chaque jour.
Pour finir, quels sont tes projets ?
Finir cette tournée, après on verra. 
Propos recueillis par Emmanuel Raoul
Aller plus loin (liens) :
Site officiel
Récit du Concert au Nouveau Casino
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