CD/Disque
Senor Coconut "Yellow Fever"
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    Après Kraftwerk et des hits pops de Sade ou Michael Jackson, Senor Coconut, expert germanique en reprises latinos improbables, s’attaque à Yellow Magic Orchestra, groupe asiatique pionnier de l’electropop. Dépaysement assuré!
Sans tarder, plantons le décor : un Allemand de Francfort qui a roulé sa bosse pendant quinze ans dans la musique électronique et vit désormais à Santiago du Chili, reprend à la sauce salsa, cha-cha-cha, merengue, cumbia, les morceaux de trois Japonais (dont Haruomi Hosono et Ryuichi Sakamoto) qui, à la fin des années 70, ont monté l’un des premiers groupes de musique électronique (tendance exotique de surcroît). Autre manière de résumer: un groupe contemporain de musiciens latin jazz danois et allemands accompagnés d’un chanteur vénézuélien interprètent les titres composés et joués sur des claviers et synthés de la fin des 70’s… On a compris: le télescopage d’époques, de styles, d’instruments donne cette fièvre jaune, caractérisée toutes fois par un seul et même amour de la musique bien faite…
Pour ceux qui avaient déjà suivi et apprécié les deux précédents albums de Senor Coconut (Uwe Schmidt pour l’état civil) El Baile Aleman et Fiesta Songs, aucun risque d’être déçu : la formule est parfaitement rodée, quel que soit le morceau original, la reprise constitue une création artistique à part entière. Mais en s’attelant à l’œuvre de Yellow Magic Orchestra, moins célèbre que Kraftwerk, Mickael Jackson, Jean-Michel Jarre et consort repris jusque là, Senor Coconut nous donne aussi à (re-) découvrir un groupe au son exceptionnellement moderne et avant-gardiste. Plus qu’un hommage, c’est un voyage initiatique ! En écoutant les originaux, on réalise encore une fois le subtil mélange de fidélité et de liberté qui caractérise ses productions. Dans une interview accordée à musiQualité (voir lien ci-dessous), Uwe Schmidt comparait le travail de reprise à une fleur à laquelle on ôte tous ses pétales pour n’en garder que le centre, autour duquel on ajoute de nouveaux pétales… Avec cet album, il nous compose un bouquet coloré, exotique, avec mille senteurs différentes et un charme légèrement suranné. Comme le maestro germanique dirige avec autant de talent ses musiciens que ses machines à une autre époque, l’album a une vraie qualité musicale qui fait qu’on l’écoute et le ré-écoute sans s’en lasser. Signalons encore un fait assez exceptionnel : les membres de Yellow Magic Orchestra ont participé à l’album, au chant ou sur leurs instruments, et en plus, devinez quoi, ils ont adoré !!!
Enfin, si Senor Coconut reste pour vous un « Objet Musical Non Identifié », cet album permet de mieux définir les contours de ce personnage fictif, et ce à travers les 10 intermèdes. Uwe Schmidt, aux machines s’entoure de signatures électro comme Mouse on Mars, Akufen, Schneider TM ou encore Towa Tei, pour des petits bijoux de collages sonores « hyper-éclectiques », qui fonctionnent comme des indices nous aiguillant vers une meilleure connaissance encore du personnage… Alors, pas un mot de plus, le seul moyen de se vacciner contre la fièvre jaune, c’est d’y goûter, un peu, beaucoup, passionnément !
Emmanuel Raoul
Essay recordings (juillet 2006)
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