CD/Disque
Shannon Wright "Let in the light"
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   Déjà le septième album de l’Américaine, et le premier depuis sa collaboration, en 2004, avec notre Yann Tiersen national – qui, tout comme elle, n’est pas le musicien le plus solaire que l’on connaisse.
J’aurais dû écrire ma chronique du dernier Shannon Wright hier, au lieu de boire des verres. Ces verres auront vraiment été ma pire idée de la semaine. Ils m’ont laissé un goût d’apocalypse et maintenant c’est très douloureux d’écouter le dernier Shannon Wright pour en parler ici, parce que Shannon Wright ne fait pas du rock festif. Par ailleurs, je n’aime pas le rock festif alors pourquoi pas Shannon Wright? Ce n’est pas elle, le problème, au fond, ce sont ces verres stupides.
La première fois que j’ai entendu parler de Shannon Wright, c’est parce qu’elle jouait dans le cadre du festival Les femmes s’en mêlent ; j’étais venue écouter Feist. Les autres femmes programmées ce soir-là, je n’avais pas eu la curiosité de m’attarder préventivement sur ce qu’elles faisaient au juste. Shannon Wright m’est apparue comme une grande prêtresse sombre ; quand elle a joué I’ll be the death, j’étais tétanisée. Depuis je l’ai toujours perçue comme une grande dame située quelque part entre PJ Harvey et Cat Power . Et ceci, sans vraiment écouter ses disques, parce que je dois bien avouer qu’ils sont un peu frustrants quand on a eu ce premier contact avec sa musique lors d’un concert, exercice dans lequel la dame fait des merveilles. Je ne retrouvais pas la puissance folle de ses chansons sur cd.
J’espère que le passage très prochain de Shannon Wright près de chez moi ne va pas me rendre ce dernier album moins savoureux. Ce serait bien dommage. Celui-ci s’avère plus Cat Power que PJ Harvey, avec peu de fulgurances rock, beaucoup de douceur et de mélancolie.
Il s’avère que Shannon Wright est de ces rares chanteuses dont l’exigence esthétique ne faiblit jamais, qui jamais ne tombe dans la tentation de l’un-peu-variété-quand-même, de la mélodie sautillante ou de la ballade molle. Ou qui, quand elle le fait, le fait avec une telle excellence que pas un instant elle ne frôle la mièvrerie. C’est le cas, une fois encore, de PJ Harvey, de Cat Power, de Beth Gibbons, et puis? Et puis de Shannon Wright. Je dois en oublier quand même, non? Ajoutez-les en commentaire, tiens, participez un peu. Je parlais de Feist : son faux premier album, Let it die, bien qu’enthousiasmant, n’était pas égal. Et ne parlons même pas du vrai premier album, vite renié : la maison de disques a toussé très fort pour que jamais plus personne ne l’entende. A l’inverse, Shannon Wright fait dans le sans faute, le droit au ventre, le concis 0% de matière grasse – les 34’33 de Let in the light passent très vite mais laissent dans votre salon une atmosphère persistante.
La piano claque, la guitare envoie des coups de tronçonneuse à l’occasion, comme ça quand ça lui prend, la voix fait de la géométrie dans l’espace. Du doux et envoûtant You baffle me au tube Everybody’s got their own part to play en passant par l’éthéré When the light shone down, on assiste aux variations de la lumière sur le même paysage mélancolique. C’est beau comme un Sofia Coppolla, quand il ne se passe rien de spécial, et qu’on regarde, simplement, quand on apprend à regarder.
Fanny Chiarello
Touch & Go / Quaterstick, sortie le 26 mars 2007
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