Soirée rock au 22 "D'Est en Ouest"
Electriques. Les quartiers de la salle du 22 ont accueilli jusqu'à trois heures du matin une palanquée de formations rock. Des jeunes, surtout, des espoirs, pas tous, et quelques-uns à suivre de très près.
Le buzz était là. Deux formations parisiennes, du style 17 ans de moyenne d'âge. Nos Arctic Monkeys bien à nous. Un tel buzz, en début d'année, que Les Brats et les Second Sex foulent directement les planches de la programmation officielle du Printemps. Surprenant. D'autant que tant de groupes n'arrivent même pas à se caser dans le off.
Le 22 Ouest est bondé. Les Brats montent sur scène. Certains gigotent. D'autres soufflent. Et quittent la salle. Ce sera un peu le même scénario pour les Second Sex, même si ces derniers tenaient quand même mieux la scène sur le fond et la forme. Aux divers bars du 22, on a le droit à plusieurs commentaires. Encourageants : "C'est pas mal, ils envoient bien". Mitigés: "Il faut laisser la chance aux jeunes! Il ont de la marge!". Lapidaires: "Il ferait mieux de garder leurs jeunes groupes Parisiens chez eux!". Certains ont une analyse plus fine: "Ces jeunes-là ont grandi avec les critiques rock. Izia, elle, a baigné dans la musique toute sa vie. Elle est là, la différence."
Et là, on acquiesce. Car au 22 Est, à la même heure, Izia (photo ci-dessus) est impeccable. Elle démarre seule sur scène avec sa guitare, chant doux, arpèges tranquilles. Avant de doubler les temps, de pousser sa voix. Ses trois musiciens déboulent dans l'ombre et envoient la patate en un éclair! Très propre mais incisif, carré mais pas monolithique, du vrai indie rock qui secoue les tripes. On a presque envie d'aller chercher les deux jeunes groupes d'à côté pour qu'ils en prennent de la graine. D'autant qu'Izia n'a même pas 17 ans. Mais nous propose, sans révolution, un set dense et ciselé, avec de petits airs de PJ Harvey. Dans la salle, son papa Jacques Higelin a de quoi être fier.
Les bières coulent à flot, les salles débordent, la chaleur est parfois étouffante, le détroit entre Est et Ouest un parcours du combattant. Et comme tout s'enchaîne, on en perd la tête et le souffle. A l'Est, Les jeunes Américains de The Spinto Band s'agitent comme des malades. La vingtaine, huit albums au compteur! C'est énervé, un peu décalé, plus Beatles que Rolling Stones mais ça sonne et ça envoie nickel. A l'Ouest, Asyl, la toute aussi jeune formation rochelaise, qui en revanche n'en est qu'à sa première longue galette, explose les watts, dans un style plus musclé. Plutôt pas mal. Alors qu'Art Brut remet le feu à l'Est juste après le Spinto Band, on approche des deux heures, et la tension ne cesse de monter.
Car le dessert arrive dans les deux salles. Est/Ouest : Champion et ses G-Strings/Buzzcocks! Quatres guitares, une basse, une chanteuse et un DJ surexcité en maître de cérémonie (photo ci-contre). Contre le quatuor mythique punk-rock qui dépasse large les quarante printemps. A l'Est, le dancefloor ondule en tout sens, se trémoussant sur des beats électro et des guitares qui s'emmêlent. A l'Ouest, c'est du rock'n'roll pur jus, avec quelques bouteilles qui volent, un chanteur qui se vautre avec sa guitare, des hymnes punk-rock imparables et une vieille bonne chaleur d'un passé glorieux et toujours (mais c'est ça qu'on aime) un peu crade. Achevé, mais heureux, d'un bord à l'autre.
Crédits photos: Frédéric Loridant (Izia) / Olivier Sibille (Champion).

Julien Cottineau
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