Solidays "Solidays, deuxième jour"
La pluie aura à peine perturbé ce deuxième jour de festival. Le public a dansé sur le hip hop funkisant de Beat Assaillant, vibré sur les mélodies belles d’Asa et Yael Naim, hurlé pour le retour sur scène de MC Solaar.
Philippe, Marc, Antoine, Nathalie, Saïd, Marie-Rose, Alain, Jacques, Danielle, Yves, Isabelle, Sylvain, Laurent, Mathieu, Laure, etc.
L’une des moments forts de cette deuxième année fut le patchwork des noms, organisé par l’association du même nom. A 16h, tous les concerts se sont arrêtés pendant que, près d’une heure, différentes personnalités ont lu le nom des personnes disparues à cause de la maladie. Le rituel a lieu tous les ans, mais il est aujourd’hui un peu spécial : voilà 10 ans que l’association aide les familles de victimes à faire leur deuil. « Entendre le noms de tous ces gens morts à cause de cette saleté, c’est bouleversant », nous confie un festivalier aux longues dreads, visiblement ému. Il n’est pas le seul. Le président de l’association, à la voix tremblante d’émotion, en profite pour pousser aussi un coup de gueule contre le gouvernement et ses projets de réformes visant à réduire l’aide aux soins des malades longues durées.
La journée a commencé un peu plus tôt sur une note festive, du côté de la scène du Dôme. 15 heures: certains festivaliers ont encore les yeux collés de sommeil, le ciel se couvre d’un gris menaçant. Pas de quoi empêcher Cali de mettre le feu ! On en attendait pas moins du Montpelliérain, habitué des shows explosifs. Généreux et déchaîné, il finit de réveiller Longchamp. Le chapiteau est trop étroit pour accueillir le public, dont une bonne partie de fan. Cali saute, danse, il est couvert de sueur après 10 minutes de show seulement. Et son énergie diabolique est contagieuse – surtout auprès du public féminin. Il chante les titres de son nouvel album et bien sûr, ses tubes comme C’est quand le bonheur. Les girls reprennent en cœur et pogottent.
A 17 heures, Beat Assaillant met à son tour le feu à l’hippodrome. Accompagné de son groupe, le MC d’Atlanta qui a posé ses valises en France interprète une bonne partie de son dernier album, Imperial Pressure, un bijou de funk dynamisé au hip hop et au jazz-rock. Irrésistible. Leur flow ravageur joue avec plusieurs registres, démontrant qu’avec un peu d’audace (et de brio), on peut tout se permettre. Ça sonne soul, parfois blues et souvent funk, notamment grâce à l’explosive section cuivre. Les titres et orchestrations sont taillés pour la scène, et ça se sent. L’album a d’ailleurs été enregistré en prise directe, fait rare dans le hip hop. Le public lève les mains et reprend les refrains, avec l’intense sentiment de prendre part à quelque chose de grand.
A quelques centaines de mètre de là, Asa monte à son tour sur scène. Changement complet de registre. Une précision d’abord à ceux qui ne la connaissent pas encore : son nom se prononce «Asha », ce qui signifie « faucon » au Yoruba, un dialecte du Nigeria, où elle a grandi.
C’est d’ailleurs dans cette langue que la nouvelle coqueluche du label Naïve interprète en partie son premier album, un petit bijou de pop soul. Ses morceaux sont inspirés de son héritage musical. Elle y parle de son pays, des choses de la vie avec une ironie mordante planquée sous une jolie candeur.
Avec sa guitare et sa voix qui n’est pas sans rappelé celle d’Ayo, elle dessine des mélodies entre soul, folk et reggae. Il y a chez elle un peu de Nina Simone : les émotions qui animent son visage bouleversent autant que ses titres fins et inspirés.
Un peu plus tard, les spectateurs se pressent du côté de la scène Bagatelle. Pour les dix ans de Solidays, MC Solaar est là. Moment intense. Il nous avait manqué, le bougre ! Son rap doux et tranchant de poète des rues n’a pas changé. Il est accueilli sous des milliers de cris tandis qu’à l’autre bout de Longchamp, un autre poète entame lui aussi son show : Grand Corps Malade. Sa prestation avait déjà marqué le festival l’année dernière. Il revient avec de nouveaux titres tout aussi inspirés, portés par des mélodies subtiles. Sa voix grave et terrienne est calibrée pour le slam, cette poésie hip hop récitée venue des USA, qu’il a lancée en France.
Il y six mois, elle était encore inconnue. Aujourd’hui, Yael Naim est l’une des étoiles montantes de la scène française. Son cosmopolite et envoûtant New Soul, composé dans son minuscule appartement parisien avec David Donatien, dévoile un répertoire saisissant. Ses ritournelles folk sont interprétées en français, hébreu ou anglais. Peu importe la langue, on est toujours saisi par la grâce de sa voix et l’ingéniosité de ses mélodies. Dommage que le festival ne lui ai consacré que la petit chapiteau du Dôme, vraiment trop étroit pour accueillir tous ceux venus la voir.
Après l’hommage aux Bénévoles, à 23 heures, la soirée s’électrise avec Etienne de Crécy et son hallucinant dispositif visuel, les Dub Pistols et surtout Jennifer Cardini, devenue la chef de file des filles aux platines. Ambassadrice en France d’une techno allemande minimaliste, ses sets énervés et sonorités profondes plongent les festivaliers couche-tard dans un état second. Les yeux pétillants, planant quelques part au septième ciel électro, ils rentrent ensuite vers le camping près du champ, ou vers les navettes retournant à Paris. Quelques heures de repos avant que le soleil se lève…

Aena Léo
|
|
|