Le duo cagoulé sort un premier disque déjanté et tonitruant. Avec Souvenirs Spleen Vs Ideal explore de tortueuses voies du rock où peu se sont aventurés, loin des canons actuels. Une curiosité explosive qui tient la route.
Ce serait un "diptyque elliptique épileptique mastoc"! Une jolie formule qu'aucun expert en marketing désireux de faire carrière n'oserait même imaginer. Sauf que Spleen Vs Ideal est une formation hexagonale qui n'a justement pas peur de prendre des risques et d'exposer son franc-parler musical sans se préoccuper visiblement des tendances actuelles. Le duo Jeff "Leppard" Guastalla (basse, saxophone, chant) et Nico "Glen or Glenda" Goussot (excellent batteur) ne s'embarrasse guère des conventions. Bien plus étoffée et dense qu'elle ne pourrait le sembler sur le papier, leur formule minimaliste regorge de possibilités qu'ils exploitent sans se fixer de barrières. Rock avec quelques accents metal, douée d'un groove expert, déstructurée ou rock'n'roll pur jus selon les tempos et les ambiances, leur musique se "caméléonise" et jalonne leurs morceaux de chausse-trappes. Entre onomatopées, vocalises et textes débridés en français ou en anglais, le chant aussi se démarque largement. Ces deux fous furieux, dignes rejetons (un peu plus sages) de Mike Patton et de toutes ses frasques sonores, de Mr Bungle à Fantomas, ne font pourtant pas dans la gaudriole. Derrière leur fantaisie sans limite, ces deux-là semblent particulièrement sincères dans leur approche et investis dans leur amour de la musique. Car tout cela tient la route d'une manière relativement épatante. Notamment sur scène, où Spleen Vs Ideal dégage une atmosphère étrange et euphorique derrière leurs cagoules et leur scénographie (en face-à-face et tous deux assis). Enregistré par leurs soins dans l'Hexagone et mixé par Billy Anderson (que l'on a vu s'occuper des Melvins ou d'Unsane) à San Francisco, ce Souvenirs est une grosse claque derrière l'oreille. D'un excellent et percutant Chien boomerang à un Signus aux accents des Angevins de Hint à leur grande époque, leur galette s'écoute d'un trait. Peu de disques claquent autant que ce fulgurant premier album aussi surprenant que déjanté.
En concert le 12 septembre avec les Américains de The Locust au Nouveau Casino à Paris.